L'aumône à l'enfant pauvre : un petit pain.  Meditatione de la vita di Nostro Signore, Italie (région siennoise), vers 1330-1340 Paris, BnF, département des Manuscrits, Italien 115, fol. 8v.
L'aumône à l'enfant pauvre : un petit pain. Meditatione de la vita di Nostro Signore, Italie (région siennoise), vers 1330-1340 Paris, BnF, département des Manuscrits, Italien 115, fol. 8v.
L'aumône à l'enfant pauvre : un petit pain.  Meditatione de la vita di Nostro Signore, Italie (région siennoise), vers 1330-1340 Paris, BnF, département des Manuscrits, Italien 115, fol. 8v.
L'aumône à l'enfant pauvre : un petit pain. Meditatione de la vita di Nostro Signore, Italie (région siennoise), vers 1330-1340 Paris, BnF, département des Manuscrits, Italien 115, fol. 8v.
L'aumône à l'enfant pauvre : un petit pain. Meditatione de la vita di Nostro Signore, Italie (région siennoise), vers 1330-1340 Paris, BnF, département des Manuscrits, Italien 115, fol. 8v.
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Résumé

Comment l'Église au Moyen Âge s’est peu à peu délestée de sa compassion pour en venir à distinguer le pauvre mécréant et le pauvre vertueux ? Une conception qui rejaillit encore aujourd’hui dans les débats sur l’assistance aux plus démunis.

avec :

Giacomo Todeschini (professeur à l’université de Trieste et historien de la pensée économique médiévale), Valérie Hannin (Directrice de la rédaction du magazine L'Histoire).

En savoir plus

Existe-t-il des bons et des mauvais pauvres ? Regardons les sens que peut prendre le mot « gueux ». Le gueux ou la gueuse est celui, ou celle, qui en réduit à mendier pour subsister. Il est alors question de va-nu-pieds, d’indigents, de miséreux, de nécessiteux. Le gueux n’est pas que cela. Il désigne une personne de mauvaise apparence, à la conduite vile et méprisable. Il est alors un coquin, un filou, un fripon, un misérable. Alors, existe-t-il de bon et de mauvais gueux ? Xavier Mauduit

De quand date l’opposition entre le pauvre méritant et le pauvre paresseux ?  Il faut se tourner vers les Pères de l’Église pour comprendre comment deux sortes de misère ont été mises dos à dos : l’indigence vertueuse contre la pauvreté ordinaire. Dès les origines de la chrétienté, le langage religieux est imprégné de conceptions économiques : par le péché originel, l’homme a hypothéqué son âme au diable et Jésus a donné sa vie pour la racheter. 

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L'Église médiévale ne se tient pas à l’écart de la vie économique et sociale, au contraire, elle s’y implique et juge les différents acteurs qui y gravitent à l’aune de ses propres critères. À partir du XIe siècle la vie économique se structure autour des corps de métiers de plus en plus spécifiques : les artisans, les marchands, les usuriers…. Si le marchand est considéré comme utile et vertueux, puisqu’il se déleste de ses biens et permet aux richesses de circuler au sein de la communauté, l’usurier par exemple est “un infâme”. Ce terme désigne une catégorie juridique toute particulière dont font notamment partie les prostituées, les bourreaux mais aussi les pauvres. Déchus de droits civiques, ces individus sont jugés indignes de la fides qui lie les différents membres de la communauté chrétienne. Il n’est pas question de commercer avec un pauvre : puisqu'il ne possède rien, il est, par conséquent, cupide et envieux. Le pauvre ordinaire est le reflet de tous les vices, et n’apporte rien à la société. Contrairement au pauvre ordinaire, le bon pauvre, représenté par saint François d’Assise ou par les frères des ordres mendiants, a choisi de se défaire de ses biens et de son pouvoir, imitant le Christ dans un mouvement d’humilité. 

L’inégalité subie n’est pas seulement économique, elle est aussi symbolique et sociale. Le pauvre ordinaire est marginalisé, critiqué et il n’a aucune chance de se sortir de sa condition. La charité et les hôpitaux aident surtout les pauvres invalides, les orphelins ou les vieillards, qui sont pardonnés : s’ils ne travaillent pas, c’est parce qu’ils ne le peuvent pas. Comment cette “infamie des pauvres” creuse-t-elle encore les inégalités subies par les plus misérables ? La société laïque est-elle aussi sévère que l’Église ou des solidarités envers les indigents existent-elles ? Comment espérer devenir un pauvre vertueux et éviter d’être perçu comme un misérable ordinaire ? 

Avec Giacomo Todeschini, historien et professeur à l’Université de Trieste. Spécialiste d’histoire économique médiévale, il est l’auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels Au pays des sans-nom. Gens de mauvaise vie, personnes suspectes ou ordinaires du Moyen Âge à l'époque moderne (Verdier, 2015) ou encore Les Marchands et le Temple. La société chrétienne et le cercle vertueux de la richesse, du Moyen Âge à l’Époque moderne (Albin Michel, 2017).

Dans le cadre de notre partenariat avec le magazine L'Histoire, nous recevons aussi Valérie Hannin, sa directrice de rédaction, pour nous parler du dossier du numéro de février 2021, Les riches et les pauvres. Dossier dans lequel Giacomo Todeschini a donné un entretien qui paraît sous le titre de “Moyen Âge. La pauvreté a-t-elle un sens ?”.

Au Moyen Âge le bon pauvre et quelqu'un qui a choisi d'être pauvre. On pourrait donc dire qu'au Moyen Âge, pour être un bon pauvre, il faut être un riche qui a choisi d'abandonner ses richesses pour devenir pauvre à l'imitation du Christ. Giacomo Todeschini

Ce que nous savons de la pauvreté au Moyen Âge est toujours le résultat d'une interprétation formulée par les riches, par la minuscule minorité de ceux qui étaient alphabétisés. Les pauvres n'ont pas laissé de trace de leur perception de la réalité. Nous avons surtout des représentations de la pauvreté formulées par le riche et le puissant. Giacomo Todeschini

Le mauvais pauvre, c'est celui qui ne travaille pas ou même qui ne veut pas travailler. On retrouve cela avec la valorisation du travail et de l'utilité sociale dès la fin du Moyen Âge. Calvin a renforcé cette idée et tout le protestantisme, avec la valorisation du travail qui fait de celui qui s'enrichit celui qui mérite sa richesse. Le grand débat sera celui de l'explication de ces inégalités entre ceux qui considèrent depuis le XIXe siècle que ces inégalités sont des injustices qu'il faut combattre et, ceux qui considèrent qu'elles sont méritées et que le mauvais pauvre c'est le dégénéré, c'est l'alcoolique du XIXe siècle, c'est peut-être celui aussi dont on dit aujourd'hui qu'il ne veut pas travailler. Valérie Hannin

Sons diffusés :

  • Archive - 1974 - ORTF - Georges Duby à propos de la vie quotidienne de l'an mil. 
  • Lecture par Philippe Forcioli d'un extrait de François d'Assise, texte de Joseph Delteil. 
  • Archive - 1976 - FR3 Grand Est - Reportage sur l'ordre des Clarisses. 
  • Archive - 06/1957 - La chaîne parisienne - Extrait de la fiction radiophonique Notre dame de Paris
  • Lecture par Olivier Martinaud d'un extrait des Sermons de Jean Gerson (1406)au sujet de l'Hôtel-Dieu.
  • Musique - Edith Piaf, La goualante du pauvre Jean.

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Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Eric Lancien
Réalisation
Odile Joëssel
Collaboration
Marion Dupont
Collaboration
Valentine Lauwereins
Collaboration
Milena Aellig
Réalisation
Maïwenn Guiziou
Production déléguée