L'ascension de George Biggin dans le ballon de Lunardi, toile de Julius Ibbetson, 1785
L'ascension de George Biggin dans le ballon de Lunardi, toile de Julius Ibbetson, 1785 ©Getty - Science & Society Picture Library
L'ascension de George Biggin dans le ballon de Lunardi, toile de Julius Ibbetson, 1785 ©Getty - Science & Society Picture Library
L'ascension de George Biggin dans le ballon de Lunardi, toile de Julius Ibbetson, 1785 ©Getty - Science & Society Picture Library
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Presqu'île devenue île, la Grande-Bretagne a une histoire étroitement liée au continent européen. De la Britannia romaine aux actes d'Union, entre migrations, échanges et isolement, les Britanniques sont-ils des Européens comme les autres ?

Avec
  • Jean-François Dunyach Historien, maître de conférences à Sorbonne Université, spécialiste de la Grande-Bretagne au 18e siècle

La Grande-Bretagne face à l’Europe serait-elle la longue histoire d’un splendide isolement ? Angleterre, Pays de Galles, Écosse, Irlande, Grande-Bretagne, Royaume-Uni, et pourquoi par Albion, Alba, blanc, comme les Falaises de Douvres ? Les Français ont ajouté un adjectif : perfide, ce qui change tout. De la Britannia romaine au "Brexit", avec la Perfide Albion, les Britanniques sont-ils des Européens comme les autres ?

Des îles tournées vers le continent

Depuis le 31 janvier 2020, le Royaume-Uni ne fait plus partie de l’Union européenne. Les débats autour du référendum ayant abouti au "Brexit", comme est appelé familièrement ce retrait, ont été et sont toujours des plus vifs, de ce côté de la Manche comme de l’autre. Si ces débats sont nombreux, ils tournent autour d’une question centrale : les Britanniques sont-ils européens ? Et si oui, sont-ils des Européens comme les autres ?

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Politistes, sociologues et géographes se sont penchés sur la question - tout comme les historiennes et historiens. Ceux-ci nous expliquent que, tout d’abord, la Grande-Bretagne n’a pas toujours été une île ; et que même séparée du continent par la Manche, ses habitants n’ont jamais été isolés de l’Europe.

"Il faut attendre toute une série d'accidents géologiques vers moins 130 000 avant J.-C. pour qu'une première séparation se produise. À peine vingt mille ans (plus tard), une glaciation fait baisser le niveau des mers et lie à nouveau la presqu'île au continent jusqu'à 7000 avant J.-C.", explique l'historien Jean-François Dunyach.

Même séparée du continent par la Manche, ses habitants n’ont jamais été isolés de l’Europe. Bien au contraire, de l’Antiquité à la Renaissance, Celtes, Romains, Angles, Saxes, Vikings, Normands vont et viennent d’une rive à l’autre, liant le destin de l’île à celui du continent.

"Le XVIe siècle, avec sa Réforme, a montré le besoin des communautés protestantes naissantes de se soutenir mutuellement. Avec le retour au catholicisme sous Marie Ire, il y a eu énormément d'émigrés vers le continent. La Hollande et la France ont été des lieux d'accueil des calvinistes", raconte l'historienne Sabrina Juillet Garzon"Avec l'accession d'Élisabeth au trône, les calvinistes, désormais assez virulents, sont revenus sur l'île. Ils sont fondateurs du mouvement que l'on appellera le puritanisme à partir des années 1560-1570."

Construire une identité britannique

Les liens tissés avec l’Europe sont parfois plus forts que ceux unissant les habitants de l’île, divisés entre identités anglaise, écossaise, galloise ou irlandaise… Comment, dès lors, expliquer la complexité des relations entre Britannia et Europe ?

"La guerre de Cent Ans, entre 1337 et 1453, constitue un premier élément de cristallisation d'une identité anglaise. C'est le moment où l'on voit les souverains commencer à prêter serment en anglais, parce que jusqu'alors, ils parlaient français", souligne Jean-François Dunyach. "Il faut attendre la fin du XVIe siècle pour commencer à voir une volonté de distinction."

51 min

Pour en parler

Jean-François Dunyach est maître de conférences HDR en histoire moderne à Sorbonne Université et directeur du groupement de recherches CNRS "Mondes britanniques". Il a notamment publié :

Sabrina Juillet Garzon est maîtresse de conférences en civilisation britannique à l’Université Sorbonne Paris Nord. Elle a co-dirigé avec Pierre Fournier et Arnaud Fiasson l'ouvrage L’Écosse, la différence / Scotland, the Difference (Presses universitaires de Franche Comté, 2021).

Sons diffusés dans l'émission

  • Archive sur Rollon, le fier viking d'après Charles de Quinel et Adhémar de Montgon lu par Jean-Laurent Cochet sur l'ORTF le 13 novembre 1968
  • Extrait de La Grande Vadrouille de Gérard Oury, 1966
  • Lecture par Vanda Benes de "La Vieille Alliance" / "The Auld Alliance", traité du 23 octobre 1295 entre Philippe Le Bel, roi de France, et John Baillol, roi d’Écosse, traduction abrégée de Michel Duchein
  • Chanson Allez donc en Angleterre par Robert Darthez
  • Archive sur le projet du tunnel sous la manche dans l'émission Tribune de Paris le 13 novembre 1948

L'équipe

Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Production
Laurence Millet
Réalisation
Maïwenn Guiziou
Production déléguée
Marion Dupont
Collaboration
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Jeanne Delecroix
Collaboration
Pauline Marragou
Collaboration