Bourvil et Louis de Funès sur le tournage du film "La Grande Vadrouille" de Gérard Oury en 1966
Bourvil et Louis de Funès sur le tournage du film "La Grande Vadrouille" de Gérard Oury en 1966
Bourvil et Louis de Funès sur le tournage du film "La Grande Vadrouille" de Gérard Oury en 1966 ©Getty - Sunset Boulevard/Corbis
Bourvil et Louis de Funès sur le tournage du film "La Grande Vadrouille" de Gérard Oury en 1966 ©Getty - Sunset Boulevard/Corbis
Bourvil et Louis de Funès sur le tournage du film "La Grande Vadrouille" de Gérard Oury en 1966 ©Getty - Sunset Boulevard/Corbis
Publicité
Résumé

En 1966, "La Grande Vadrouille" séduit des millions de Français et devient un phénomène de société. Quelle représentation de la Seconde Guerre mondiale en général et du peuple français sous l'Occupation en particulier propose cette comédie dite de résistance, vernie d'irrévérence et de conformisme ?

avec :

Laurent Douzou (Professeur d'histoire contemporaine à l'Institut d'études politiques de Lyon, spécialiste de l'histoire et de la mémoire de la France des années noires, biographe de Lucie Aubrac.), Sylvie Lindeperg (Historienne, spécialiste de la seconde guerre mondiale et de l’histoire du cinéma. Professeure à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Membre du groupe de recherche V13 sur les archives audiovisuelles du procès des attentats du 13 novembre 2015.).

En savoir plus

Augustin et Stanislas, Bourvil et Louis de Funès : "But alors you are french ! You are not english?" La Grande Vadrouille de Gérard Oury est un immense succès en 1966, un succès qui n’a jamais cessé depuis même si "Y a pas d'hélice hélas. C'est là qu'est l'os !" Un film qui pose des questions : comment est représentée la Résistance après la Seconde Guerre mondiale ? Quelle place pour la comédie dans la représentation de la Résistance ? Des tas de questions donc, parmi lesquelles une essentielle : Where is Big Moustache ?

Une comédie de réconciliation

Sorti en 1966, La Grande Vadrouille, film réalisé par Gérard Oury, crève immédiatement l’écran. La première semaine, alors que six salles parisiennes en ont l’exclusivité, cette comédie tous publics totalise 105 759 entrées et pulvérise tous les records du cinéma français. Trois mois plus tard, le film compte plus d’un million de spectateurs parisiens ; et à Valenciennes, Rouen, Lille, Trouville ou Nancy, le nombre de spectateurs dépasse celui d’habitants. Ce succès consacre dès lors celui d’un genre qui vient à peine de naître quelques années plus tôt : celui de la comédie résistante.

Publicité

"La Grande Vadrouille est la continuité du succès du Corniaud, avec le même attelage Bourvil-Louis de Funès, transposé dans le décor de l'Occupation. On retrouve un personnage infantilisé, celui d'Augustin/Bourvil, et puis un autre d'un niveau social plus élevé, qui l'exploite en permanence, Stanislas/Louis de Funès. Ce conflit est toujours résolu à la fin des films par des séquences de rire. La mise en abyme du rire permet d'expliquer la fonction de réconciliation de ces comédies sur la Résistance", analyse Sylvie Lindeperg, historienne du cinéma. "Les réalisateurs (de comédie de résistance) placent dans l’utilisation du rire, à la fois l'affichage d'un peu de subversion burlesque des clichés de l'imagerie épique de la Résistance et, dans le même temps, une conservation du mythe héroïque."

52 min

Le triomphe de La Grande Vadrouille n’était pourtant pas gagné, dans le contexte des années 1960. Après quelques années de production intense de "film de résistants", le genre est en effet rapidement tombé en désuétude. C’est qu’à l’euphorie collective de la Libération ont succédé les méfiances et les divisions de la guerre froide : la Seconde Guerre mondiale n’est alors plus représentée à l’écran par le biais de la Résistance, mais par celui des compromissions des uns et des autres, et des tragédies de la guerre. Il faut en effet attendre le retour du général de Gaulle au pouvoir pour que le passé soit de nouveau glorifié - sur un mode certes irrévérencieux, mais pas moins conservateur.

"Le thème du héros malgré lui est intéressant parce que dans la Résistance, il n'y a pas de héros malgré soi. Si vous entrez dans la Résistance, vous le faites volontairement, vous transgressez et vous voulez nuire à l'ennemi. Fondamentalement, il y a un choix qui s'opère au nom d'une éthique qui peut varier selon les individus, mais qui est une sorte de non possumus - on ne peut pas accepter ça », précise l’historien Laurent Douzou. "Je pense que le thème du héros malgré lui montre que dans les années 1960, on est encore dans une zone assez confuse, où on ne voit pas bien comment l'opinion ou la masse des Français a vécu pendant l'Occupation, notamment par rapport à la façon dont on se détermine vis-à-vis de la collaboration et de la Résistance."

Quelles sont les spécificités et les enjeux de la "comédie résistante" au sein des films qui traitent de la Résistance ? Quel rôle remplit ce genre nouveau au sein de la société française des années 1960 ?

Pour en parler

Sylvie Lindeperg est historienne, membre honoraire de l’Institut Universitaire de France, professeure à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle est directrice du Centre d'études et de recherches en histoire et esthétique du cinéma (CERHEC) et co-directrice d’éditions scientifiques multimédias, parmi lesquelles on compte Images de guerre (INA / éditions du Nouveau monde).

Elle a notamment publié :

Laurent Douzou est professeur émérite d’histoire contemporaine à Sciences Po Lyon et à l'université Lumière Lyon-II, spécialiste de l’histoire et de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale et de la Résistance. Il préside le conseil scientifique du Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon.

Il est notamment l’auteur de :

Sons diffusés dans l'émission

  • Extraits du film La Grande Vadrouille de Gérard Oury avec Bourvil et Louis de Funès, 1966
  • Archive Ina de la résistance Lucie Aubrac en 1984
  • Extrait du film Mais où est donc passée la septième compagnie ? de Robert Lamoureux, 1973