La Garde nationale prêtant serment d'allégeance au roi George I à Athènes, illustration de 1863
La Garde nationale prêtant serment d'allégeance au roi George I à Athènes, illustration de 1863 ©Getty - De Agostini / Biblioteca Ambrosiana
La Garde nationale prêtant serment d'allégeance au roi George I à Athènes, illustration de 1863 ©Getty - De Agostini / Biblioteca Ambrosiana
La Garde nationale prêtant serment d'allégeance au roi George I à Athènes, illustration de 1863 ©Getty - De Agostini / Biblioteca Ambrosiana
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En 2008, l'État grec se trouve en défaut de paiement de sa dette, une situation qui lui est malheureusement familière depuis sa création, dans les années 1820. De faillites en faillites, comment - et pourquoi - la Grèce est-elle prise dans l'engrenage des crises financières ?

Avec
  • Olivier Delorme Historien et écrivain
  • Sophie Boutillier Économiste et sociologue, maîtresse de conférences HDR et directrice du "Centre de recherche sur l’économie en mutation et l’entreprise" du laboratoire de recherche sur l’Industrie et l’Innovation (Lab.RII) de l’Université du Littoral Côte d’Opale

De faillites en faillites, une histoire de la Grèce ! En 1854, le journaliste et romancier Edmond About écrit un ouvrage consacré à La Grèce contemporaine. Il est plusieurs fois édité, c’est dire que la Grèce intéresse et intrigue : "La Grèce est le seul exemple connu d'un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance", c’est-à-dire depuis 1830, après dix ans de guerre d’indépendance. "Si la France et l'Angleterre se trouvaient seulement une année dans cette situation, on verrait des catastrophes terribles : la Grèce a vécu plus de vingt ans en paix avec la banqueroute", précise About qui constate que la Grèce est le seul pays civilisé où les impôts sont payés en nature, car "l’argent est si rare dans les campagnes". L’impôt n’entre pas, l’État dépense trop, le pays ne vit que d’aides et d’emprunts : seraient-ce les constantes de l’histoire de la Grèce contemporaine ?

Le 8 décembre 2009, l’agence de notation Fitch rendait publique sa décision de baisser la note de la Grèce, de A- à BBB. Ce non-événement marque le début de la crise de financement de l'État grec : ses voisins de l’Union européenne, craignant un effet de contagion, mettent en place un plan d’aide financière au petit État méditerranéen, conditionné à des réformes drastiques. Plans de sauvetage après plans de sauvetage, la crise de la dette publique grecque n’en finit plus, dès lors, de faire l’actualité.

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Aux origines d'une spirale de l'endettement

Ce n’est pourtant ni la première fois que l’État grec se retrouve en défaut de paiement, ni la première fois que ses voisins portent un jugement sévère sur ses finances. En effet, dès sa création, la Grèce est en dette : son indépendance politique de l’Empire ottoman, dans les années 1820, a été obtenue en nouant une dépendance économique envers la Grande-Bretagne, la France et la Russie. À ce titre, l’historien Olivier Delorme cite Victor Hugo et "L'enfant grec", poème de son recueil Les Orientales qui évoque les massacres de Chios. "Il dit : donnez-lui de la poudre et des balles ; mais on ne les lui a pas données, on les lui a vendues".

Ni la France, ni l'Angleterre ou la Russie ne veulent annuler la dette de la Grèce en 1830. "À ce moment-là, la Grèce naît avec un boulet au pied. Cette dette a servi tout au long de l'histoire grecque à imposer aux Grecs une espèce de souveraineté limitée", explique Olivier Delorme.

Trop petit, inabouti, entravé par les tentatives d’ingérence, le nouvel État multiplie les défauts de paiement jusqu’à la fin du XIXe siècle. Sophie Boutillier, économiste et sociologue, remarque que le nouveau – petit – territoire de la Grèce moderne n'est pas viable économiquement, car il manque de ressources matérielles et humaines. "La Grèce n'est pas en capacité de créer des ressources pour assurer la subsistance de sa population", déclare-t-elle.

"Quand on regarde le temps long, on a toujours un décalage entre le rythme de modernisation de la Grèce et la conjoncture internationale, souligne Olivier Delorme. C'est bien plus de ce décalage que d'une prétendue incompétence des Grecs à gérer leurs finances, que viennent les problèmes récurrents de contrôle des finances grecques".

Comment cet engrenage s’est-il mis en place ? Quelles ont été les conséquences des ingérences extérieures sur la perception de l'État grec par ses ressortissants ? La banqueroute de la Grèce au XXIe siècle peut-elle s’expliquer par son histoire ? Nous en parlons avec nos invités Sophie Boutillier et Olivier Delorme.

53 min

Nos invité·e·s

Sophie Boutillier est économiste et sociologue. Elle est maîtresse de conférences HDR et directrice du "Centre de recherche sur l’économie en mutation et l’entreprise" du laboratoire de recherche sur l’Industrie et l’Innovation (Lab.RII) de l’Université du Littoral Côte d’Opale. Elle enseigne également à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Inalco Paris) et est rédactrice en chef de la revue "Innovations. Cahiers d’économie de l’innovation" (De Boeck) et coresponsable de la collection "L’esprit économique" de L’Harmattan. Elle a notamment publié :

Olivier Delorme est écrivain et historien, spécialiste de l’histoire de la Grèce. Il a notamment publié :

Sons diffusés dans l'émission

  • Archive : extrait de l'émission La Grèce moderne - FR2, 8 janvier 1994
  • Lecture par Daniel Kenigsberg : extrait de l'avertissement qui précède La Grèce moderne et ses rapports avec l’Antiquité d'Edgar Quinet. Cet avertissement se trouve dans l’édition de ses œuvres complètes, publiées en 1857
  • Musique : "Ruiné comme Athènes" par Soviet Suprem - Album : L'Internationale, 2014
  • Archive : le plan Marshall évoqué dans l'émission Tribune de Paris - RDF, 16 octobre 1947