Guillaume de Baskerville (Sean Connery) et Adso de Melk (Christian Slater) mènent l'enquête dans "Le Nom de la rose" de Jean-Jacques Annaud, sorti en 1986.
Guillaume de Baskerville (Sean Connery) et Adso de Melk (Christian Slater) mènent l'enquête dans "Le Nom de la rose" de Jean-Jacques Annaud, sorti en 1986.
Guillaume de Baskerville (Sean Connery) et Adso de Melk (Christian Slater) mènent l'enquête dans "Le Nom de la rose" de Jean-Jacques Annaud, sorti en 1986. - Artistes Auteurs Associés (A.A.A.)
Guillaume de Baskerville (Sean Connery) et Adso de Melk (Christian Slater) mènent l'enquête dans "Le Nom de la rose" de Jean-Jacques Annaud, sorti en 1986. - Artistes Auteurs Associés (A.A.A.)
Guillaume de Baskerville (Sean Connery) et Adso de Melk (Christian Slater) mènent l'enquête dans "Le Nom de la rose" de Jean-Jacques Annaud, sorti en 1986. - Artistes Auteurs Associés (A.A.A.)
Publicité
Résumé

Dans son adaptation au cinéma du "Nom de la rose", roman au succès planétaire d'Umberto Eco, Jean-Jacques Annaud mêle reconstitution matérielle précise et licence créatrice. Quel rôle a été donné aux historiens sur le tournage ? Comment le film est-il devenu un objet de transmission du savoir ?

avec :

Michel Pastoureau (Historien, directeur d'études à l’École Pratique des Hautes Etudes), Simon Hasdenteufel (Doctorant en histoire médiévale à Sorbonne Université).

En savoir plus

En 1986, les spectateurs et les spectatrices s'installent dans la salle pour voir le dernier film de Jean-Jacques Annaud : "Arrivé au terme de ma vie de pauvre pécheur, désormais chenu et vieilli comme le monde, je m'apprête à laisser sur ce parchemin témoignage des faits admirables et terribles auxquels j'ai assisté dans ma jeunesse, vers la fin de l'année du Seigneur 1327." L’aventure commence, pour ceux et celles qui regardent le film, mais aussi pour les historiens et les historiennes qui l’analysent.

Le Moyen Âge au cinéma, entre fantasme et authenticité

Six ans après la parution du roman d'Umberto Eco en 1980, Jean-Jacques Annaud porte à l'écran Le Nom de la rose et signe un thriller médiéval fascinant. En 1327, dans une abbaye bénédictine du nord de l'Italie, Guillaume de Baskerville et son disciple Adso de Melk tentent d'élucider une série de morts suspectes. Un monastère perché sur un éperon rocheux, une atmosphère sombre et brumeuse, des cadavres qui s'accumulent. Ainsi sont réunis les ingrédients pour une intrigue policière efficace et la représentation d'un Moyen Âge fantasmé.

Publicité

"C'est un Moyen Âge extrêmement sombre et obscurantiste. On est dans les clichés qui continuent d'être véhiculés encore aujourd'hui sur cette période", souligne l'historien Simon Hasdenteufel. "C'est là qu’un paradoxe, à mon avis, se loge dans l'adaptation cinématographique de Jean-Jacques Annaud, avec d'un côté un désir d'authenticité - ce pourquoi il a recouru à l'aide d'une équipe d'historiens chevronnés - et de l'autre, une interprétation très libre du Moyen Âge, avec ce projet artistique et esthétique d'appuyer sur son côté sombre et obscurantiste, avec des objectifs très contemporains."

Si Jean-Jacques Annaud s'est laissé porter par une certaine licence créatrice, il a toutefois recherché l'authenticité historique dans la reconstitution de l'abbaye bénédictine et de la vie monastique. Des historiens médiévistes de l'EHESS comme Michel Pastoureau, conduits par Jacques Le Goff, ont œuvré comme conseillers scientifiques pour guider la production sur l'architecture, la gestuelle, l'emblématique ou encore la représentation des paysans.

Déjà conseiller historique pour le film d’Éric Rohmer, Perceval Le Gallois, en 1982, Michel Pastoureau se souvient du tournage du Nom de la rose : "J'ai appris beaucoup de choses dans mon travail d'historien. Ça m'a fait réfléchir à mes connaissances parce que le metteur en scène et son entourage posaient des questions auxquelles les historiens ne savaient pas toujours répondre. (…) On s'est aperçu que ce qui est essentiel, au cinéma comme au théâtre d'ailleurs, ce sont les gestes. À cette époque, les historiens étaient très peu savants sur les gestes, et notamment pour mettre en scène des images animées, alors que les historiens du Moyen Âge n'ont que des images fixes, des millions de miniatures, certes, mais ne savent jamais, par exemple, quand il y a deux personnes et un objet qui circule, qui donne et qui reçoit."

Le cinéma, un outil pédagogique ?

Loin de l'imagerie habituelle des films de chevaliers, Le Nom de la rose superpose au récit policier une intrigue théologique et met en avant les querelles religieuses qui secouent la chrétienté au XIVe siècle. Dès lors, le film devient un outil pédagogique sur l'inquisition médiévale, les dogmes religieux en opposition, sans oublier la question de la transmission des savoirs hérités de l'Antiquité.

"Au début du XIVᵉ siècle, contrairement à ce qu'on pourrait penser, entre 8 et 10 % de la population sait lire en Europe occidentale. En revanche, moins de 20 % de la population sait écrire. Certains personnages, comme le montrent le film et le livre, sont déjà 'modernes' par rapport à ce début du XIVᵉ siècle. Guillaume de Baskerville en fait partie", explique Michel Pastoureau. En effet, le protagoniste ne cesse de mettre en avant son goût de la connaissance.

Dans quelle mesure la reconstitution authentique du Moyen Âge peut-elle résister au travail du créateur ? Quel rôle a été donné aux historiens dans la chaîne de production et qu'ont-ils appris de cette expérience ? Un film peut-il servir à la transmission des savoirs historiques ? Aux côtés de Michel Pastoureau et Simon Hasdenteufel, portons un regard d'historien sur une production culturelle qui a marqué les imaginaires.

51 min

Pour en parler

Michel Pastoureau est historien médiéviste, directeur d'études émérite à l’École pratique des hautes études (EPHE). Il a été conseiller historique pour plusieurs films dont Perceval le Gallois d'Éric Rohmer (1979) et Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud (1986).

Il a notamment publié :

Simon Hasdenteufel est doctorant en histoire médiévale à Sorbonne Université. Il écrit une thèse intitulée "Pratiques, langages et conceptions du pouvoir chez les seigneurs de Romanie latine (1204-1430)", sous la direction de Élisabeth Crouzet-Pavan. Il contribue au blog Actuel Moyen Âge.

Il a participé aux ouvrages collectifs :

Sons diffusés dans l'émission

  • Archive d'Éric Rohmer, réalisateur du film Perceval le Gallois, dans l'émission Cinéregards sur France 3 le 4 février 1979
  • Archive d'Umberto Eco à propos des signes dans Le Nom de la rose sur France 2 le 22 novembre 1982
  • Extraits du film Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud, 1986
  • Extrait du film Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré, 1993
Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Jeanne Delecroix
Collaboration
Marion Dupont
Collaboration
Louise André
Réalisation
Maïwenn Guiziou
Production déléguée
Pauline Marragou
Collaboration