Jérusalem, 1841, tableau du peintre orientaliste David Roberts
Jérusalem, 1841, tableau du peintre orientaliste David Roberts
Jérusalem, 1841, tableau du peintre orientaliste David Roberts ©Getty - Pictures From History / Universal Images Group
Jérusalem, 1841, tableau du peintre orientaliste David Roberts ©Getty - Pictures From History / Universal Images Group
Jérusalem, 1841, tableau du peintre orientaliste David Roberts ©Getty - Pictures From History / Universal Images Group
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Résumé

Au pied du Mur des Lamentations à Jérusalem se tient aujourd'hui une vaste esplanade. Auparavant y était implanté un quartier maghrébin, vieux de huit siècles, rasé par l'armée israélienne à la fin de la Guerre des Six jours. Comment faire l'histoire d'un quartier dont il ne reste plus de traces ?

avec :

Vincent Lemire (directeur du Centre de Recherche Français à Jérusalem).

En savoir plus

Le quartier maghrébin de Jérusalem, huit siècles d’histoire pour un quartier longtemps oublié et dont la mémoire ressurgit soudain sur (ou sous) l’esplanade du Mur des Lamentations. D’ailleurs, qu’est-ce qu’une esplanade ? C’est un vaste espace dégagé, un terrain plat dégagé aux abords d'un édifice ; devant une cathédrale, nous parlons d’un parvis : l’esplanade d'un château, l'esplanade des Invalides, l’esplanade du Mur des Lamentations… Il s’agit d’une double esplanade puisque ce mur est le soutènement d’une autre esplanade, celle du Temple de Jérusalem, mais qu’y avait-il au pied du mur avant l’esplanade ? Le quartier des Maghrébins !

Le quartier maghrébin de Jérusalem, huit siècles d'histoire

"C'est une histoire complètement méconnue", déclare l'historien Vincent Lemire. "Je savais qu'il y avait un quartier qu'on appelait le quartier maghrébin quelque part par-là. Je n'imaginais pas que c'était un quartier aussi dense, aussi ancien, aussi actif, qui avait fonctionné jusqu'à sa destruction en 1967".

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Fondé en 1187 par Saladin et son fils, le quartier maghrébin de Jérusalem accueille pendant près de huit cents ans des pèlerins au long cours, venus du Maroc, d’Algérie et de Tunisie. "Jusqu'en 1967, il y avait cent-trente-cinq maisons, un millier d'habitants d'origine maghrébine, qui s'appelaient Al-Maghrib, El Tounsi, El Marrakchi, El Karoui", rapporte Vincent Lemire. L'historien explique que l'enjeu, pour Saladin au XIIe siècle, est de "réaffirmer le caractère islamique de la ville", après la période des croisades, ainsi que "de créer des structures pour que les pèlerins puissent puissent venir".

Un quartier aujourd'hui disparu

Quand une nuit, du 10 au 11 juin 1967, ces quelques centaines d’habitants sont forcées par les autorités israéliennes de quitter les lieux. Dès le lendemain, les bulldozers rasent toute trace d’existence de ce quartier. "Les habitants sont expulsés tellement rapidement qu'ils sortent sans rien, à peine avec quelques papiers d'identité. C'est ensuite ce qui justifie qu'ils sont indemnisés, y compris pour leur mobilier", relève Vincent Lemire.

Depuis 1967, la mémoire cet événement est béante. Aucune plaque, aucun nom de rue ne rappellent l'existence du quartier maghrébin détruit. Touristes et habitants ont oublié que jusqu’à la deuxième moitié du XXe siècle, il occupait l’esplanade située au pied du Mur des Lamentations. "Les organisations sionistes, depuis le début du XXe siècle, cherchent à s'emparer de ce quartier pour le détruire", rappelle Vincent Lemire. "C'est une décision qui vient de loin, mais qui relève (en 1967, ndlr.) d’un opportunisme opérationnel".

Notre invité Vincent Lemire retrace la vie de ce quartier disparu, à la croisée de la petite et de la grande histoire : "L'histoire du quartier maghrébin, c'est pour moi un microcosme qui éclaire la globalité de l'histoire de Jérusalem, depuis l'époque de Saladin jusqu'à aujourd'hui."

57 min

Notre invité

Vincent Lemire est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris Est-Gustave Eiffel. Il est directeur du Centre de recherche français à Jérusalem (CNRS – MEAE) et du projet européen "Open Jerusalem". Il est notamment l’auteur de :

Sons diffusés dans l'émission

  • Lecture par Daniel Kenigsberg : extrait de l'acte de fondation de 1320
  • Extrait : Un mur à Jérusalem, film de Frédéric Rossif et Albert Knobler, texte de Joseph Kessel, 1968
  • Lecture par Daniel Kenigsberg : extrait d'Itinéraire de Paris à Jérusalem de François-René de Chateaubriand, 1811
  • Archive : les émeutes de 1929 évoquées par Yakov Tzur, ancien ambassadeur d'Israël en France, dans l'émission Naissance d'une nation - Ina, 27 août 1973
  • Archive : Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères de France, s'exprime à propos de la question d'Israël et le rôle de la France à l'ONU - RDF, 13 avril 1949
  • Musique : "Un refrain" par Enrico Macias, 1967
  • Lecture par Daniel Kenigsberg : extrait du témoignage de Nazmi al-Jubeh, né en 1955, disponible sur www.mughrabiquarter.info
Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Production déléguée
Jeanne Delecroix
Collaboration
Marion Dupont
Collaboration
Valentine Lauwereins
Collaboration
Louise André
Réalisation
Maïwenn Guiziou
Production déléguée