Apprendre à lire et écrire. École Montessori, Berlin, 1927
Apprendre à lire et écrire. École Montessori, Berlin, 1927
Apprendre à lire et écrire. École Montessori, Berlin, 1927 ©Getty - Horlemann /  Illstein Bild Dtl.
Apprendre à lire et écrire. École Montessori, Berlin, 1927 ©Getty - Horlemann / Illstein Bild Dtl.
Apprendre à lire et écrire. École Montessori, Berlin, 1927 ©Getty - Horlemann / Illstein Bild Dtl.
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Résumé

Au tournant du XXe siècle, des intellectuelles et pédagogues imaginent des méthodes innovantes et révolutionnaires, véritables contre-modèles éducatifs. De l'apparition de l'école maternelle à la méthode Freinet, comment le concept même d'enfance est-il repensé ?

avec :

Laurence De Cock (Historienne, professeure, membre du Comité de Vigilance face aux usages publics de l’histoire.).

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Le 23 juillet 1926, le quotidien Comœdia s’intéresse aux écoliers qui deviennent imprimeurs : "Un instituteur provençal de la région niçoise, puisqu’il est instituteur à Bar-sur-Loup, ce pittoresque village si dangereusement perché au-dessus des ravins que creuse la rivière aux gorges bien connues, vient d’avoir une initiative des plus curieuses. Il s’est dit que le meilleur moyen d’apprendre à ses écoliers en même temps que l’orthographe et la terminologie un métier et presque un art, ce serait de leur enseigner la typographie." C’est ainsi que les élèves sont devenus imprimeurs, une méthode pédagogique innovante. L’article précise qu’en Italie, "une directrice d’école, Mme Montessoni, a imaginé des caractères de bois pour les mêmes fins." Il s’agit en réalité de Maria Montessori. Quant à l’instituteur français, son nom est correctement orthographié et imprimé, et "il n’y a pas de doute que nombre d’instituteurs de la région parisienne voudront à la rentrée des classes s’intéresser aux idées de M. Freinet".

Adapter la pédagogie à la nature enfantine

Au XIXe siècle, les pédagogues interrogent le bien-fondé des méthodes éducatives traditionnelles. L’éducateur allemand Friedrich Froebel imagine le jardin d’enfants et théorise une conception inédite du jeu. Le jeu n’est pas seulement une nécessité et un délassement, il peut aussi être un outil pédagogique sérieux et utile, qui permet à l’enfant de développer sa personnalité et son sens de la coopération.

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En France aussi, les choses sont en train de changer. Plusieurs femmes - Marguerite Bodin, Pauline Kergomard, Clarisse Coignet, entre autres - font valoir leur qualité de "spécialistes naturelles" de l’enfance et de l’éducation pour proposer des méthodes pédagogiques révolutionnaires. Au carrefour des réflexions féministes, politiques et hygiénistes de leur temps, elles se battent pour que les enfants de maternelle ne puissent se consacrer qu’au jeu, "le travail des enfants", selon Pauline Kergomard, pour que la classe ait lieu en plein air aussi souvent que possible, que les enfants puissent avoir un mobilier adapté à leur âge et à leurs besoins…

L’école maternelle se distingue des salles d’asile, qui recueillaient les "petits pauvres qui, sans ça, seraient livrés aux dangers de la rue", explique l’historienne Mélanie Fabre. "L’école maternelle accompagne l’enfant de manière 'maternelle' jusqu'à l'école élémentaire. Elle n'est plus uniquement une garderie ou un lieu qui relève de la charité, mais un lieu d'éveil des enfants, comme le pensait Pauline Kergomard."

C’est aussi l’autorité de l’enseignant qui est remise en cause : l’institutrice est invitée à aimer ses élèves, à renoncer à toute forme d’autorité trop stricte, afin de permettre aux enfants de s’épanouir pleinement, de faire valoir leur personnalité et surtout d’évoluer dans un système horizontal pacifié propre à l’idéal républicain et démocratique de ces pédagogues.

À réécouter : Joue, grandis, apprends : quand la cour de récré devient la salle de classe

L'émergence de l'Éducation Nouvelle

Au lendemain de la Grande Guerre, une nouvelle génération d’éducateurs juge ces avancées insuffisantes. L’école est déclarée coupable d’avoir formé une génération de citoyens perméables à la propagande. Beaucoup d’intellectuels étudiés par Mélanie Fabre expriment la nécessité de repenser l'école primaire, secondaire et publique qui n’a pas eu l'audace d'inculquer l'esprit critique et l'autonomie individuelle. "Tant qu'elle sera dogmatique et disciplinaire, [l’école] ne pourra pas former les citoyens d'une république digne de ce nom", rapporte l’historienne.

Plusieurs pédagogues fondent la Ligue internationale pour l'Éducation Nouvelle en 1921, sous la houlette de l’éducateur suisse Adolphe Ferrière. Parmi les différentes méthodes imaginées, toutes ont ce point commun : il s’agit d’encourager la spontanéité et la créativité de l’enfant, de le pousser à aiguiser son sens de l’observation et son esprit critique afin d’en faire un citoyen capable de remplir correctement ses devoirs civiques. Sur fond de syndicalisme révolutionnaire, le couple d’instituteurs Célestin et Élise Freinet met au point une méthode pédagogique.

À écouter aussi : Dans les classes Freinet avec Pierre Guérin, pionnier du magnétophone à l'école

Célestin Freinet constate que ses élèves s'ennuient. "Il faut que je leur trouve quelque chose qui les motive et qui rendent ma classe vivante", cite l’historienne Laurence De Cock. Le couple d’éducateurs promeut des activités comme le texte libre ou l’imprimerie pour apprendre à écrire. "Ça permet de connaître les lettres, de les mettre dans l'ordre, etc. Ça produit de l'écrit qui peut circuler entre les élèves, les familles et les écoles. Ça donne donc un statut officiel au texte et quelque chose d’attractif, de motivant et de mystérieux à la lecture et l'écriture. L'imprimerie à l'école entraîne une espèce d'euphorie autour de la production de l'écrit."

Dictée de l'élève Diaz, pièce à conviction de la procédure lancée contre Célestin Freinet
Dictée de l'élève Diaz, pièce à conviction de la procédure lancée contre Célestin Freinet
- Archives départementales de Nice

Nos invitées

Laurence De Cock est historienne, chargée de cours en didactique de l’histoire et sociologie du curriculum à l’Université de Paris. Spécialiste de l’histoire de l’éducation et de l’école, elle est l’autrice de plusieurs ouvrages sur le sujet. Elle a notamment publié

Mélanie Fabre est docteure en histoire contemporaine et sciences de l'éducation, ATER à Science-Po Aix. En novembre 2021, elle a soutenu sa thèse intitulée "La craie, la plume et la tribune : trajectoires d'intellectuelles engagées pour l'école laïque. France, années 1880-1914", sous la direction de Vincent Duclert et Rebecca Rogers. Elle est l'autrice de Dick May (1859-1925) : une femme à l’avant-garde d’un nouveau siècle (Presses universitaires de Rennes, 2019).

Sons diffusés dans l'émission

  • Extrait : La Gloire de mon père, film d'Yves Robert sorti en 1990, adapté du roman de Marcel Pagnol de 1957
  • Lecture par Vanda Benes : "À travers l'éducation, jadis" de Pauline Kergomard paru dans La Fronde, 10 décembre 1897
  • Archive : la méthode Freinet évoquée dans Ainsi va le monde - RDF, 1er novembre 1946
  • Archive : Maria Montessori interrogée dans Une méthode de pédagogie moderne - RDF, 1947
  • Archive : Célestin Freinet s'exprime sur l'école en face de la délinquance juvénile - RDF, 10 avril 1961

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Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Jeanne Delecroix
Collaboration
Laurence Millet
Réalisation
Marion Dupont
Collaboration
Sophie-Catherine Gallet
Production déléguée
Maïwenn Guiziou
Production déléguée