La Chambre des communes en session, Sir Richard Onslow dans le fauteuil du Président. Toile de Peter Tillemans, 1710
La Chambre des communes en session, Sir Richard Onslow dans le fauteuil du Président. Toile de Peter Tillemans, 1710 ©Getty - Universal History Archive/Universal Images Group
La Chambre des communes en session, Sir Richard Onslow dans le fauteuil du Président. Toile de Peter Tillemans, 1710 ©Getty - Universal History Archive/Universal Images Group
La Chambre des communes en session, Sir Richard Onslow dans le fauteuil du Président. Toile de Peter Tillemans, 1710 ©Getty - Universal History Archive/Universal Images Group
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En Angleterre, la Déclaration des Droits de 1689 renforce les pouvoirs du Parlement et limite le rôle politique du roi. Deux groupes politiques émergent et se structurent peu à peu : les Whigs et les Tories. Comment ce nouveau modèle bipartisan influence-t-il les États-Unis et les pays européens ?

Avec
  • Philippe Chassaigne Historien, professeur d'histoire contemporaine à l’Université Bordeaux-Montaigne et spécialiste de la Grande-Bretagne
  • Rémy Duthille Agrégé d’anglais, maître de conférences en civilisation britannique à l'Université Bordeaux Montaigne

Le 3 mars 1851, le journal Le Charivari publie un papier de Taxile Delord à propos de la longue ministérielle en Angleterre, l’occasion d’une réflexion politique : "De mon temps, il n’y avait que des Whigs et des Tories, la politique était plus facile qu’aujourd’hui. Quand les Whigs ennuyaient la chambre des communes, on prenait des Tories ; quand les Tories fatiguaient la chambre des lords, on appelait les Whigs." Vue de France, la politique anglaise semble étrange, mais peut-on dire que les Anglais ont inventé les partis politiques ?

Aux origines du bipartisme anglais

À la fin du XVIIe siècle, une partie de l’opinion britannique manifeste son mécontentement à l’idée de voir s’installer une dynastie de rois catholiques à la tête de l’Angleterre. Alors que l’inquiétude grandit à mesure que le monarque Jacques II multiplie les gestes en direction des catholiques, sept évêques anglicans décident de faire appel à Guillaume d’Orange. Ils lui proposent la Couronne d’Angleterre à condition qu'il signe une Déclaration des Droits, la "Bill of Rights", qui donne des pouvoirs forts au Parlement et réduit considérablement le rôle politique du monarque.

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Tout au long de cette période trouble, deux factions s’affrontent : les Whigs, protestants non anglicans, partisans de la prééminence du Parlement sur la Couronne ; et les Tories, anglicans, favorables au maintien d’un pouvoir monarchique fort. Ces clans, sans être véritablement organisés, sont considérés par les historiens comme les premiers partis politiques britanniques. Progressivement, les Whigs et les Tories se structurent. Ils fondent des clubs, créent des associations dans chaque circonscription et mettent en place des processus d’adhésion.

"Whig est à l'origine un terme d'insulte, qui vient de l'écossais, the whig, qui signifie 'aller rapidement', et de more, qui est l'équivalent de mare, la jument - j'aurais envie de dire quelque chose comme 'Fouette jument' -, qui faisait référence à des raids écossais puritains dans les années 1630. Il y a une filiation linguistique de l'insulte entre la grande rébellion et les années 1678-1680", analyse Rémy Duthille, angliciste et maître de conférences en civilisation britannique à l'Université Bordeaux Montaigne. "Le mot Tory est lui aussi un terme d'insulte, qui vient d'Irlande et qui fait référence, je crois, à des voleurs de grand chemin. C'est lié, cette fois-ci, au catholicisme. Donc les Whigs et les Tories n'ont pas d'existence légale, ce ne sont pas des partis reconnus par la constitution ou par les textes. Ce sont des mots que l'on trouve dans les pamphlets."

Tandis que les rois se font de plus en plus absents sur la scène politique, une nouvelle figure émerge : le premier ministre, issu tantôt des Whigs, tantôt des Tories.

"Robert Walpole est (considéré comme) le premier Premier ministre. Il 'règne' entre 1720 et 1742, mais à l'époque, on l'appelle Prime Minister par dérision, parce que ses adversaires considéraient que, constitutionnellement, il empiétait sur les droits du monarque et prenait à son compte des prérogatives du monarque. Le terme Prime Minister arrive donc dans l'usage par dérision, puis devient accepté, puis devient plus tard de la doctrine constitutionnelle", explique Rémy Duthille.

"En Grande-Bretagne, il y a deux réformes électorales importantes au XIXᵉ siècle, en 1832 et 1867. La plus importante est celle de 1867, à mon sens, dans la mesure où elle élargit le corps électoral en incluant les classes moyennes et, ce que l'on appelle parfois, l'aristocratie ouvrière - les ouvriers qualifiés les mieux payés. Avec un corps électoral qui dépasse le million de personnes, les Whigs et Tories comprennent qu'il faut se structurer. D'agglomérat, de coteries ou de factions, même si le parti tory s'était doté d'un programme dès 1834, on passe à des partis politiques structurés qui sont d'abord des machines à gagner les élections", raconte l'historien Philippe Chassaigne.

À l’étranger, ce nouveau modèle bipartisan étonne, éblouit et inspire. Aux États-Unis et dans les pays d’Europe du Nord, on le reproduit. En France, à l'aube de la Révolution, les philosophes des Lumières comme Voltaire et Montesquieu se passionnent pour l’Angleterre et s’attachent à montrer les différences entre les régimes français et anglais. Pourtant, les historiens estiment qu’ils ne sont pas si différents. Alors, les Anglais ont-ils vraiment inventé les partis politiques ?

57 min

Pour en parler

Philippe Chassaigne est historien, professeur d'histoire contemporaine à l’Université Bordeaux Montaigne et spécialiste de la Grande-Bretagne.

Il a notamment publié :

Rémy Duthille est agrégé d’anglais, maître de conférences en civilisation britannique à l'Université Bordeaux Montaigne et spécialiste de l'histoire institutionnelle.

Il a notamment publié :

Sons diffusés dans l'émission

  • Archive de La caméra explore le temps avec Michel Bouquet dans le rôle de Charles Ier le 2 novembre 1963
  • Lecture par Marion Malenfant d'un extrait du Spectateur de Joseph Addison, écrit le 2 juin 1711, publié en français en 1719, ici édition de 1722
  • Archive sur l'Angleterre des Tories dans Cinq colonnes à la une le 6 novembre 1959
  • Archive sur l'ouverture du Parlement dans le Journal des Actualités française le 7 novembre 1962

Générique de l'émission : Origami de Rone

L'équipe

Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Jeanne Delecroix
Collaboration
Marion Dupont
Collaboration
Valentine Lauwereins
Collaboration
Alexandre Manzanares
Réalisation
Maïwenn Guiziou
Production déléguée
Pauline Marragou
Collaboration