Forgerons et artisans représentés sur un bas-relief. IIe siècle. Musée de la Civilisation romaine, Rome. ©Getty - De Agostini
Forgerons et artisans représentés sur un bas-relief. IIe siècle. Musée de la Civilisation romaine, Rome. ©Getty - De Agostini
Forgerons et artisans représentés sur un bas-relief. IIe siècle. Musée de la Civilisation romaine, Rome. ©Getty - De Agostini
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Résumé

Monnaie, munitions, hameçons, ancres mais aussi mascara ou condiment, le plomb est omniprésent dans la civilisation romaine. Comment l’exploitation minière à grande échelle organisée par l’Empire romain a-t-elle engendré l’une des premières crises écologiques de l’histoire ?

avec :

Antony Hostein (Historien et numismate, directeur d’études à l'École Pratique des Hautes Études), Hugo Delile (Chargé de recherche au CNRS en géoarchéologie, membre du laboratoire Archéorient (UMR 5133) de la Maison de l'Orient et de la Méditerranée).

En savoir plus

Les Romains avaient-ils du plomb dans l’air ? Georges Brassens nous avait prévenu : "Il est morne, il est taciturne, il préside aux choses du temps, il porte un joli nom, Saturne, mais c'est dieu fort inquiétant." Fort inquiétant, en effet, parce que Saturne maîtrise "les choses du temps", mais aussi parce que son nom est associé au saturnisme, terrible intoxication au plomb. Saturnisme, puisque la planète Saturne a pour symbole le plomb. Saturnisme, puisque le dieu Saturne dévore ses enfants : "Il faudra que Saturne en fasse, des tours d'horloge, de sablier", pour parler du plomb dans dans la civilisation romaine et de la pollution qui découle de son utilisation.

Le plomb, métal omniprésent dans l'Empire romain

Le monde romain était avide de plomb. Des ancres de bateaux aux canalisations, des fards à joue jusqu’au plomb utilisé comme condiment, le métal est partout, au point d’avoir aujourd’hui laissé des traces dans les glaces du Groenland.

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"Il y a énormément de vaisselle en étain avec une très forte quantité de plomb. Les gens mangeaient, buvaient dans des gobelets (contenant du plomb) jusque dans l'Antiquité tardive. Comme le plomb est très malléable, il est facile de recopier des plats d'argent, par exemple, en leur donnant l’apparence de l'argent, alors qu'ils sont en vérité en plomb, avec un mélange d'étain qui leur donne le brillant de l'argent", explique l'historien Antony Hostein.

L'exploitation minière, moteur de l'expansion de l'Empire romain

La nécessité de trouver de nouveaux gisements miniers devient un moteur de l’expansion de l’Empire, tandis que les techniques d’extraction se perfectionnent toujours plus. Suivre aujourd’hui la trace de ces pollutions, c’est retracer l’histoire du développement urbain de Rome, de la multiplication de ses routes commerciales, des liens entre le centre de l’Empire et ses provinces.

"À mesure que le monde romain se développe au gré des conquêtes, de nouveaux gisements sont appropriés par les Romains : l'Espagne, puis la France, l'Allemagne, l'Angleterre. Le territoire romain augmente ainsi. Tout l'enjeu est de discerner, dans le domaine de l'archéométrie notamment, les gisements à l'origine d'objets - comme des canalisations ou des pièces de monnaie - afin de connecter le centre de consommation - une ville - aux centres de production. Cette connexion entre ces deux points permet de créer des réseaux commerciaux associés aux métaux", décrit le géoarchéologue Hugo Delile.

Comment l’exploitation minière à grande échelle organisée par l’Empire romain a-t-elle engendré l’une des premières crises écologiques de l’histoire ?

28 min
58 min

Pour en parler

Hugo Delile est chargé de recherche au CNRS en géoarchéologie où il exerce ses fonctions au sein du laboratoire Archéorient (UMR 5133) de la Maison de l'Orient et de la Méditerranée.

Il est l’auteur d’une thèse de géographie-géoarchéologie soutenue en 2014 à l’Université Lumière Lyon 2 en collaboration avec le laboratoire de Géologie de l’ENS de Lyon, intitulée Signatures des paléo-pollutions et des paléoenvironnements dans les archives sédimentaires des ports antiques de Rome et d’Éphèse (travail dirigé par Jean-Paul Bravard, Jean-Philippe Goiran, Janne Blichert-Toft et Francis Albarède).

Antony Hostein est historien et numismate, directeur d’études à l'École Pratique des Hautes Études.

Il a notamment publié :

Sons diffusés dans l'émission

  • Archive de l'historien Michel Roblin, spécialiste de la langue, dans l'émission Heure de culture française le 25 janvier 1961
  • Lecture par Pierre-Marie Baudoin d'un extrait d'Histoire naturelle de Pline l'Ancien, tome second, livre XXXIII, 77 après J.-C.
  • Archive de Robert Stenuit, chercheur d'épaves, dans l'émission Horizon mer sur l'ORTF le 23 mars 1974
  • Lecture par Pierre-Marie Baudoin d'un extrait de De Architectura de Vitruve, livre VIII, vers 15 avant notre ère

Générique de l'émission : Origami de Rone

Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Jeanne Delecroix
Collaboration
Laurence Millet
Réalisation
Marion Dupont
Collaboration
Maïwenn Guiziou
Production déléguée