Un groupe de Roms rassemblés par les autorités du Reich pour être déportés. Asperg, Allemagne, 1940
Un groupe de Roms rassemblés par les autorités du Reich pour être déportés. Asperg, Allemagne, 1940 - Bundesarchiv, R 165 Bild-244-48 / CC-BY-SA 3.0, CC BY-SA 3.0 DE via Wikimedia Commons
Un groupe de Roms rassemblés par les autorités du Reich pour être déportés. Asperg, Allemagne, 1940 - Bundesarchiv, R 165 Bild-244-48 / CC-BY-SA 3.0, CC BY-SA 3.0 DE via Wikimedia Commons
Un groupe de Roms rassemblés par les autorités du Reich pour être déportés. Asperg, Allemagne, 1940 - Bundesarchiv, R 165 Bild-244-48 / CC-BY-SA 3.0, CC BY-SA 3.0 DE via Wikimedia Commons
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L'histoire des persécutions et violences subies par les populations romanis et voyageuses pendant la Seconde Guerre mondiale a longtemps été marginalisée. Outre la politique génocidaire menée par le Troisième Reich à travers l'Europe, le régime de Vichy a également déployé des mesures anti-nomades.

Avec
  • Ilsen About Historien, Chargé de recherche au CNRS

Le 6 avril 1940, le Conseil des ministres décrète : "Art. 1er — La circulation des nomades est interdite sur la totalité du territoire métropolitain pour la durée de la guerre. Art. 2. — Les nomades, c’est-à-dire toutes personnes réputées telles dans les conditions prévues à l’article 3 de la loi du 16 juillet 1912, sont astreints à se présenter dans les quinze jours qui suivront la publication du présent décret à la brigade de gendarmerie ou au commissariat de police le plus voisin du lieu où ils se trouvent". Le 6 avril 1940, la guerre n’est pas terminée et les Allemands ne débutent l’offensive qu’en mai 1940. La persécutions des "Nomades" pendant la Seconde Guerre mondiale, et encore à la Libération, s’inscrit dans une longue histoire d’exclusion.

"Nomades", une catégorie administrative racialisante

Si le nazisme a réservé un terrible sort aux populations nomades d’Europe, il ne fut pas le seul responsable de ces persécutions. Bien avant l’avènement du Troisième Reich, la France de la Troisième République mettait déjà en place des catégories juridiques particulières, discriminantes pour ces "Nomades", selon le terme consacré en 1912.

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"La loi (du 16 juillet 1912) qui crée la catégorie 'Nomades' importe sur le sol métropolitain un vocabulaire colonial", explique l’historien Ilsen About. "La colonisation, au XIXe siècle, prétend s'imposer sur des territoires vierges, avec des populations déstructurées, archaïques, barbares, dont on peut exproprier les territoires." Par l'usage de cette catégorie administrative "artificielle" pour désigner des groupes qui sont en réalité multiples, divers et hétérogènes, "on crée une population illégitime, dans le sens où elle ne peut pas demeurer légalement sur le sol du territoire", ajoute l'historien. "C'est le produit d'une campagne médiatique, mais aussi de nombreux stéréotypes qui accompagnent ces populations roms, sintis, gitanes, qui sont l'objet d'une haine spécifique, d'une xénophobie qu'on appelle l'antitsiganisme".

Le 6 avril 1940, deux mois avant la défaite militaire française et le début de la politique d'Occupation, un décret assigne à résidence les "Nomades" et interdit leur circulation sur le territoire métropolitain. Ainsi, la Troisième République laisse-t-elle en héritage au régime de Vichy un cadre juridique qui rend possible les mesures anti-nomades.

"Comme la plupart des personnes catégorisées comme 'nomades' administrativement l'étaient parce qu'elles pratiquaient une activité itinérante, par exemple la vente de mercerie, le tannage, la chaudronnerie, il leur devint rapidement impossible de travailler et d'avoir les moyens nécessaires pour faire vivre leur famille", rapporte l’anthropologue Lise Foisneau. "Le décret (d’avril 1940) précise qu'aucune aide ne (leur) sera apportée de la part des autorités locales ou préfectorales. Très concrètement, les personnes assignées à résidence, souvent des familles très nombreuses, furent rapidement affamées et contraintes de demander la charité ou, parfois, de se tourner vers des moyens non légaux pour nourrir leur famille."

Quelles formes ont pris les persécutions subies par les "Nomades" pendant la Seconde Guerre mondiale ? Que révèlent les différences des politiques répressives mises en œuvre en zone occupée et dans la France Libre ? Quels groupes ont été visés par les politiques répressives anti-nomades ? Quelle idéologie raciste sous-tend ces politiques ? Comment le régime nazi développe sa politique anti-tsigane à l'échelle européenne ?

À réécouter : Raymond Gurême
Une histoire particulière, un récit documentaire en deux parties
28 min
Une histoire particulière, un récit documentaire en deux parties
28 min

Nos invité·e·s

Ilsen About est historien, chargé de recherche au CNRS, membre de l'Iris (Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux) de l'EHESS. Il a notamment publié :

Lise Foisneau est anthropologue, chargée de recherche au CNRS. Elle a soutenu, en 2018, un doctorat en anthropologie à l'Université Aix-Marseille sur les formes politiques d'un collectif romani de Provence ; elle a conduit des recherches postdoctorales sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale à la Central European University (Budapest), au United States Holocaust Memorial Museum (Washington) et à l'École des hautes études en sciences sociales (Paris). Elle a publié Les Nomades face à la guerre (1939-1946) (avec Valentin Merlin, Klincksieck, 2022).

Pour aller plus loin

Deux projets dirigés par Ilsen About, dont Lise Foisneau est membre :

Découvrir en ligne l’exposition  Mondes tsiganes. La fabrique des images proposée par le Musée nationale de l’histoire de l’immigration du 13 mars-26 août 2018, dont Ilsen About a été co-commissaire.

Sons diffusés dans l'émission

  • Extrait : Liberté, film de Tony Gatlif, avec Marc Lavoine dans le rôle de Théodore, 2008
  • Extrait : témoignage de Michel Lagréné, né en 1941, recueilli par Lise Foisneau et Valentin Merlin le 9 mars 2019
  • Archive : propos en 1998 de Hans Munch, dernier médecin nazi de Auschwitz, parlant des Roms dans Là-bas si j'y suis - France Inter, 2005
  • Lecture par Olivier Martinaud : extrait de La Croisée des chemins de Jan Yoors, 1992

L'équipe