Scène de boudoir. Par Jean-Baptiste Mallet, 1759
Scène de boudoir. Par Jean-Baptiste Mallet, 1759
Scène de boudoir. Par Jean-Baptiste Mallet, 1759 ©Getty - Fine Art Images / Heritage Images
Scène de boudoir. Par Jean-Baptiste Mallet, 1759 ©Getty - Fine Art Images / Heritage Images
Scène de boudoir. Par Jean-Baptiste Mallet, 1759 ©Getty - Fine Art Images / Heritage Images
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Résumé

Ils font preuve d'audace de la pensée, s'affranchissent du dogme religieux et promeuvent un nouvel art d'aimer, qui sont les libertins et libertines ? De l'érudition à la préciosité, en passant parfois par la débauche des mœurs, comment évolue et se transforme le libertinage ?

avec :

Scarlett Beauvalet (Professeur d'histoire moderne à l’Université de Picardie).

En savoir plus

Peu de mots mobilisent autant de représentations dans notre imaginaire que celui de "libertinage". Avant tout, le libertin est libre, de libertinus en latin, l’esclave affranchi, mais nous sommes loin du débauché, du polisson, du noceur. Du libre-penseur à l’amateur des plaisirs de la chair, qui sont les libertins, qui sont les libertines ?

Un décor intimiste, comme un boudoir ou une allée de jardin désertée ; une lumière tamisée ; des friandises sucrées ; un appui moelleux qui invite à la confidence... Le roman libertin a ses passages obligés, et une langue soutenue qui le distingue du roman grivois ou pornographique. Pourquoi cette accusation de "libertinage" émerge-t-elle précisément au XVIIe siècle, quand la sexualité pouvait déjà être présente dans les écrits des siècles précédents ?

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Pour le comprendre, il faut remonter à la Réforme protestante qui n'a pas fini de bousculer l'Église et où la rigueur (notamment en matière de mœurs) prônée par saint Augustin redevient la norme. Face à ce tour de vis, des érudits élèvent la voix et récusent les dogmes religieux, tant sur le plan des idées que sur celui des comportements.

Pour l’historienne Scarlett Beauvalet, être libertin c’est exprimer sa liberté en tant qu'individu. "Il y a un conflit entre la notion de nature (ce que Dame Nature nous permet) et ce que les institutions telles que l'Église exigent."

À écouter aussi : Libertinage, la philosophe dévêtue

Leurs ennemis, à l'instar des Jésuites, les appelleront les "libertins" et imposent la connotation injurieuse du terme. Ambre Perez-Parfait souligne que "libertin sert d'anathème pour les impies, les déistes, les athées et les sodomites".

Si nous avons surtout retenu des libertins leur éloge de la libéralisation des mœurs, leur manière de penser hors des cadres de l'Église et de la monarchie a profondément marqué la vie intellectuelle occidentale.

"Entre le libertinage galant et, à l'extrême, la pornographie, on a une gamme très élargie de libertinage. Ce n'est pas un modèle mais différentes attitudes", résume Scarlett Beauvalet.

À écouter : La sexualité légitime et la sexualité déviante (XVII-XIXe siècles)

Nos invitées

Scarlett Beauvalet est historienne de l’époque moderne, professeure à l'Université de Picardie. Elle a été élevée au grade de Chevalier dans l'ordre des Palmes académiques en 2016. Elle a notamment publié :

Ambre Perez-Parfait est doctorante contractuelle au Centre d’Études Supérieures de la Renaissance (CESP) du CNRS et chargée de cours au département de philosophie de l’Université de Tours. Ses recherches portent sur le libertinage érudit, la philosophie politique et l’irréligion au XVIIe siècle. Sa thèse à venir, sous la direction de Laurent Gerbier, s’intitule : "Une histoire politique du libertinage".

Sons diffusés dans l'émission

  • Lecture par Sandy Boizard : poème attribué à Théophile de Viau, dans Le Parnasse satyrique du sieur Théophile, 1620
  • Extrait : scène 3 de la pièce Les Précieuses ridicules de Molière, 1659
  • Lecture par Sandy Boizard : La Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps, ou prétendus tels, contenant plusieurs maximes pernicieuses à la Religion, à l’État et aux bonnes mœurs de François Garasse, 1624
  • Musique : "Les Nuits d'une demoiselle" par Colette Renard
  • Musique : Air de Leporello par René Pape dans l'opéra de Mozart Don Giovanni, Berlin Opera Night, 2003
  • Extrait : Que la fête commence, film de Bertrand Tavernier, 1967
  • Extrait : Les Liaisons dangereuses, film de Stephen Frears, 1988, d'après le roman épistolaire de Choderlos de Laclos, 1982
Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Jeanne Delecroix
Collaboration
Marion Dupont
Collaboration
Sophie-Catherine Gallet
Production déléguée
Maïwenn Guiziou
Production déléguée