Saint Georges et le dragon, Paolo Uccello vers 1470.  National Gallery de Londres. (Wikipedia).
Saint Georges et le dragon, Paolo Uccello vers 1470. National Gallery de Londres. (Wikipedia).
Saint Georges et le dragon, Paolo Uccello vers 1470.  National Gallery de Londres. (Wikipedia).
Saint Georges et le dragon, Paolo Uccello vers 1470. National Gallery de Londres. (Wikipedia).
Saint Georges et le dragon, Paolo Uccello vers 1470. National Gallery de Londres. (Wikipedia).
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Résumé

Chamois, bouquetins, ours et loups sont indissociables de la culture alpine. Avant eux, dragons, dahu, yeti, vouivre et loup-garou hantaient l'imaginaire des montagnards. Entre peur, fascination et fantasme, ce bestiaire des cimes nous raconte le rapport de l'homme à son milieu naturel.

avec :

Aurélie Reusser-Elzingre (Docteure en linguistique, chargée de cours à l’Université de Neuchâtel), Marcel S. Jacquat (Fondateur du Cercle ornithologique des montagnes neuchâteloises), Jean-Marc Moriceau (Historien).

En savoir plus

Nous ne sommes pas seuls dans la montagne ! C’est une évidence, il y a des chamois, des vouivres, des ours, des dahus… Aujourd’hui, nous y trouvons des loups, qui sont de retour, mais par le passé étaient-ils dangereux pour l’être humain ? Le 8 novembre 1710, l’intendant du Dauphiné écrit au Contrôleur général des finances, alors Nicolas Desmarets : "Je n’ai jamais entendu la moindre plainte des peuples là-dessus, et les loups et les ours qui peuvent habiter les montagnes ne font de mal à personne". La présence du loup dans la montagne : ô, le beau sujet polémique, car écrire, sans qu'elle ne provoque de débats, une histoire du loup dans nos montagnes, n’est-ce pas un peu chasser le dahu ?

Qui a peur du grand méchant loup ?

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, la montagne fait peur. Gare à celui qui s'y aventure ! il pourrait bien rencontrer le grand méchant loup, la sorcière qui déclenche des avalanches, ou un dahu. L'historien Jean-Marc Moriceau explique la signification du terme "bête" qui remonte aux anciens penseurs de l'Antiquité et aux premiers penseurs chrétiens du IVe et Ve siècles, comme Isidore de Séville. "Du point de vue des mentalités, l'animal qui attaque l'homme sort de sa condition biologique et devient ce qu'on appelle une bestia en latin, c'est-à-dire une bête. C'est le cas du lion, du tigre et du loup. En Europe, le lion et le tigre avaient disparu depuis l'Antiquité, restait le loup. Depuis deux mille cinq cents ans, quelques-uns de ces loups étaient qualifiés de bêtes quand ils attaquaient l'homme en série et faisaient des dizaines voire des centaines de victimes."

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Selon Marcel S. Jacquat, conservateur du patrimoine, l'histoire du dahu, animal légendaire, est une tradition ancienne : "déjà aux XVIe et XVIIe siècles, remarque-t-il, Pierre de l'Estoile écrit dans son Journal d'un bourgeois de Paris sous Henri III : 'Car il semblait proprement les voir marcher allant comme à tâtons et pas mesurés, qu’ils s’acheminassent pour aller prendre le Daru', le daru est une expression qu'on retrouve sous les formes dahu, déri, dari, etc."

Que nous apprend le folklore montagnard ?

Nos invités, Jean-Marc Moriceau, Marcel S. Jacquat et Aurélie Reusser-Elzingre, proposent une balade dans les contes et légendes qui constituent le folklore montagnard. Ces histoires fantastiques étaient racontées dans les familles à l'occasion de veillées hivernales ou entre hommes, lors de la montée vers les alpages. Elles mettaient en garde les plus jeunes contre les dangers de la montagne.

La linguiste Aurélie Reusser-Elzingre observe que "la forêt, les rochers, les grottes font partie d'un monde qui appartient aux êtres fantastiques. Un pacte tacite se fait entre les humains et l'univers fantastique. À certaines périodes de l'année, et notamment la nuit, ce monde ne doit pas être dérangé par les humains. Si les humains respectent ces règles, il ne leur arrive rien ; mais dans les contes, il y a toujours un jeune homme ou une jeune femme qui les transgresse et se retrouve nez à nez avec ces bêtes fantastiques."

Aujourd’hui, historiennes et historiens étudient les sources littéraires pour retracer le rapport des hommes du passé à leur environnement et replacer les débats actuels entre écologistes et éleveurs sur le temps long. Alors, les loups étaient-ils vraiment si méchants ?

59 min

Intervenant·e·s

Jean-Marc Moriceau est professeur à l'Université Caen-Normandie et président de l'Association d'histoire des sociétés rurales. Il est membre honoraire de l’Institut Universitaire de France. Il est notamment l'auteur de :

Marcel S. Jacquat est fondateur du Cercle ornithologique des montagnes neuchâteloises. Il a été conservateur du Musée d'histoire naturelle de La Chaux-de-Fonds en Suisse de 1989 à 2007. Il est notamment l'auteur de l'article "Petit précis de dahutologie" paru dans le numéro 8 de la revue L'Alpe (Éditions Glénat, Musée Dauphinois).

Aurélie Reusser-Elzingre est docteure en linguistique, chargée de cours à l’Université de Neuchâtel, spécialiste de la langue française et des dialectes romands. Elle est notamment l’autrice de :

Références sonores

  • Archive sur la conquête du Mont Blanc dans l'émission Histoire de l'alpinisme - ORTF, 5 janvier 1981
  • Musique "La Légende de la bête du Gévaudan" par Jean-Jacques Aslanian et Jean Colomb, 1960
  • Lecture de La Mort du petit loup d'Alfred de Vigny, 1843, par Daniel Kenigsberg
  • Lecture d'un extrait de Vouivres, sorcières, grimoires et loup-garou. Contes et légendes du Jura d'Aurélie Reusser-Elzingre (Alphil, 2020), lu par Daniel Kenigsberg
  • Archive du reportage "On a retrouvé le dahu !" dans le 19/20 - FR3 Grenoble, 1er avril 2011
  • Musique Peer Gynt Suites d'Edvard Grieg, interprétée par le New York Philharmonic dirigé par Léonard Bernstein
Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Odile Joëssel
Collaboration
Marion Dupont
Collaboration
Valentine Lauwereins
Collaboration
Milena Aellig
Réalisation
Maïwenn Guiziou
Production déléguée