"Le fils puni" (1777), deuxième partie du dyptique "La Malédiction paternelle" de Jean-Baptiste Greuze, exposée au département des peintures du musée du Louvre (Paris).
"Le fils puni" (1777), deuxième partie du dyptique "La Malédiction paternelle" de Jean-Baptiste Greuze, exposée au département des peintures du musée du Louvre (Paris).
"Le fils puni" (1777), deuxième partie du dyptique "La Malédiction paternelle" de Jean-Baptiste Greuze, exposée au département des peintures du musée du Louvre (Paris).
"Le fils puni" (1777), deuxième partie du dyptique "La Malédiction paternelle" de Jean-Baptiste Greuze, exposée au département des peintures du musée du Louvre (Paris).
"Le fils puni" (1777), deuxième partie du dyptique "La Malédiction paternelle" de Jean-Baptiste Greuze, exposée au département des peintures du musée du Louvre (Paris).
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Résumé

Le médecin a remplacé le prêtre au chevet du mourant. Pourtant, le rapport à la douleur et à la mort a longtemps été écarté de cet accompagnement médicalisé. Comment expliquer l’acceptation progressive de la mort à l’hôpital ? Quelles sont les implications pour les médecins et les familles ?

avec :

Anne Carol (Professeur des universités à l’université d’Aix-Marseille.).

En savoir plus

Où rendre son dernier soupir ? Veut-on mourir chez soi ou mourir à l’hôpital? C’est une question que l’on a pas toujours le loisir de se poser mais qui fait surgir des images. La scène se passe dans une chambre, il y a un lit au centre de la pièce, les rideaux ou les stores sont baissés, tout le monde est réuni au chevet du mourant, et souvent quelqu’un lui tient la main, difficile de dire si c’est le jour ou la nuit, il y a le futur veuf, la future veuve, la famille, parfois les voisins, souvent des religieux, certains pleurent, un autre se frappe la poitrine, d’autres se recueillent,  ou,  la main posée sur une épaule cherchent à apaiser le chagrin. Il peut aussi y avoir des  silences inconfortables ou bien des râles et des soupirs, et selon les époques il y a aussi des machines qui bipent ou qui ronronnent, mais quoi qu’il arrive le médecin fait partie du décor. Il est peu à peu devenu le personnage incontournable de cette étape de la vie, particulièrement en ce moment,  et c’est intéressant de se demander comment. (Perrine Kervran)

Au XIXe siècle, les médecins s'approprient le moment de la mort et se substituent aux prêtres. Pourtant, cette médicalisation reste longtemps distincte d’une prise en charge de la fin de vie par les milieux hospitaliers. 

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En 1960, seul un tiers des décès survenait à l’hôpital. Plusieurs facteurs sociaux et médicaux expliquent que ce changement dans les lieux de la mort ait été aussi tardif. Au XIXe siècle en effet, mourir à l’hôpital est la pire des morts possibles. C’est le signe de la mort solitaire de celui qui est démuni au point de s’en remettre à l’hospice pour vivre son agonie. Il est beaucoup mieux vu de mourir chez soi, entouré de ses proches et de son médecin de famille. Les docteurs eux-mêmes ne considèrent pas qu’il soit de leur devoir d’accompagner l’agonie et d’assister au décès de leurs patients. Ils ne se considèrent même pas tenus d’annoncer aux patients qu’ils sont condamnés, de peur que cette nouvelle n’épuise leurs dernières forces vitales. Au contraire, jusqu’aux années 1930, les médecins cherchent à retarder le plus possible le moment de la mort, même si cela implique de recourir aux électrochocs, à la douleur, aux injections de caféine….

Pourtant, le médecin s’impose peu à peu comme le spécialiste de la mort. Il est le seul capable de la reconnaître avec certitude, et d’éviter ainsi les inhumations prématurées qui terrifient les élites du XIXe siècle, en plus d’être tenu de prolonger la vie du patient à défaut de pouvoir la lui sauver. Le médecin doit conquérir la mort, à défaut de pouvoir la combattre. Certaines voix s’élèvent contre cette conception des choses dès le début du XXe siècle, où émergent les premiers discours sur l’euthanasie et sur la place à accorder à la douleur dans l’accompagnement de la fin de vie. Comment cette médicalisation de la mort a-t-elle peu à peu changé de sens depuis le XIXe siècle ? Comment le foyer a-t-il peu à peu cessé d’être le lieu de la mort par excellence ? 

Pour comprendre ces évolutions, nous recevons Anne Carol, maître de conférences à l'université Aix-Marseille I, membre associée du Centre Alexandre Koyré et membre élue du CNU. Elle est spécialiste de l’histoire de la mort et l’autrice de nombreux ouvrages dont Les médecins et la mort XIXe-XXe siècle (Aubier, 2004), Physiologie de la Veuve. Une histoire médicale de la guillotine (Champ Vallon, 2012) et L’embaumement. Une passion romantique, France XIXe siècle (Champ Vallon, 2015). 

Au XVIIIe siècle s’opère un tournant lorsque le médecin s’installe au chevet du mourant, qui devient alors un territoire à conquérir pour la médecine. Dans un premier temps, s'installe un face-à-face du médecin avec la mort afin de justifier une présence nouvelle : un acharnement thérapeutique dont le patient est exclu.

La valeur religieuse de la souffrance rédemptrice s’atténue avec le temps et l’utilisation progressive de la morphine (1860), qui va offrir une capacité de bienfaisance auprès des mourants. 

La médicalisation de la mort va se développer plus rapidement en ville qu’à la campagne, où l’hôpital va rester longtemps répulsif.

En France, un antagonisme s’est étonnamment créé entre deux approches médicales dans la mort : l’accompagnement médicalisé, de contrôle, vers la mort – réhumanisation de la mort – et l’aide à mourir, à décider de sa propre mort (euthanasie).

Sons diffusés :

Extrait - Kingdom of heaven de Ridley Scott (2005).

Archive - Les Français s'interrogent - France Culture - 03/10/1975.

Extrait - Dernier état réalisé par Daniele Incalcaterra (1984) - Collection Ateliers Varan.

Lecture - Madame Bovary de Gustave Flaubert (1857), lu par Olivier Martinaud.

Références

L'équipe

Perrine Kervran
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Production
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Juliette Corbel Vivas
Collaboration
Marion Dupont
Collaboration
Milena Aellig
Réalisation
Nicolas Berling
Collaboration
Somaya Dabbech
Réalisation
Maïwenn Guiziou
Production déléguée