Point Kilomètre Zéro des Routes de France à partir duquel sont calculées, en kilomètres, les distances routières entre Paris et les autres villes de France. Ce Point Zéro est situé sur le parvis de Notre-Dame de Paris. ©Getty
Point Kilomètre Zéro des Routes de France à partir duquel sont calculées, en kilomètres, les distances routières entre Paris et les autres villes de France. Ce Point Zéro est situé sur le parvis de Notre-Dame de Paris. ©Getty
Point Kilomètre Zéro des Routes de France à partir duquel sont calculées, en kilomètres, les distances routières entre Paris et les autres villes de France. Ce Point Zéro est situé sur le parvis de Notre-Dame de Paris. ©Getty
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Résumé

Les clichés qui opposent Paris à la province sont légion. Ainsi, le provincial serait un peu bêta et naïf quand le Parisien serait hautain et méprisant. Ces poncifs anciens se renforcent à partir de la Révolution. Le centralisme à la française alimente-t-il les amertumes et les stéréotypes ?

avec :

Odile Parsis-Barubé (Maîtresse de conférences HDR en histoire contemporaine à l’université Charles-de-Gaulle-Lille-3 jusqu'en 2016), Jean-Clément Martin (historien, professeur émérite de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne).

En savoir plus

Lorsque nous évoquons les rivalités régionales, il est évidemment question de géographie. Il existe des rivalités entre régions, Bretagne et Normandie par exemple, entre villes, comme Lyon et Saint-Étienne, ou entre des îles, la Guadeloupe et la Martinique. Puis il y a Paris contre le reste de la France : Paris/Province, Centre/périphéries, Jacobins/Girondins, sans oublier les Montagnards.

Ces rivalités régionales nous conduisent au moment essentiel que représente la Révolution française, quand se met en place la géographie politique du pays. Déjà, selon la situation des députés dans l’Assemblée : à gauche ou à droite, mais aussi à travers la France. La Révolution a-t-elle inventé la centralisation ? Paris/régions, points cardinaux de lecture de la France, au Nord, au Sud, à l’Est et parfois complètement à l’Ouest.

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Le tableau paraît clair. D’un côté, des Jacobins se battant pour l’unité et l’indivisibilité de la France, rassemblée autour de Paris, et avec un goût un peu trop prononcé pour les têtes coupées. De l’autre, des Girondins partisans d’une plus grande autonomie des territoires, fédéralistes, et modérés. Dans la complexité de la période révolutionnaire, ces oppositions rassurent, mais à y regarder de plus près, tout se brouille : Girondins, Montagnards et Jacobins perdent en consistance pour devenir des réalités fuyantes ; les velléités centralistes se retrouvent dans les deux camps ; l’accusation de fédéralisme paraît exagérée.

Jean-Clément Martin : "La création des départements est dans la continuité de ce qui existe déjà. Même si aujourd'hui on les oublie trop, les assemblées provinciales, mises en place à partir de 1785-87, avaient déjà commencé à habituer les élites à une représentation locale avec des liens nationaux. On est donc déjà entré dans ces rapports entre l'État, incarné par la monarchie, et les conseils autour du roi, avec des organisations pyramidales de représentation locale : ce qui va devenir grosso modo le département. Le mot département est d'ailleurs déjà employé sous la monarchie à propos de l'organisation des impôts. De ce point de vue la Révolution suit complètement les créations monarchiques."

Odile Parsis-Barubé : "La centralisation est parachevée par la loi pluviôse an huit (17 février 1800) qui crée les préfets, les conseils généraux de département dont les membres sont nommés par le Premier consul et non pas élus (il en sera ainsi jusqu'à la monarchie de Juillet). Ce qui est très important pendant la période Consulat-Empire pour la consolidation de cette centralisation, c'est que se déploie un effort descriptif absolument sans précédent des territoires et notamment des territoires départementaux. Ces départements, qui ont été créés à la place des anciennes provinces d'Ancien Régime, apparaissent (...) comme des territoires arbitrairement découpés et artificiels qui ne correspondraient pas à des réalités géographiques naturelles légitimes."

Dans le cadre de notre série d’émissions consacrées aux rivalités régionales, nous faisons le point sur l’accélération de la centralisation lors de la Révolution française, avant d’examiner comment la refonte territoriale et la création des départements a influé, au XIXe siècle, sur les représentations des provinces et des provinciaux.

Pour en parler

Jean-Clément Martin est professeur émérite à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et ancien directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française (IHRF). Il a consacré de nombreux livres à la Révolution française comme à la contre-révolution et à leurs mémoires.

Il a notamment publié :

Odile Parsis-Barubé est maîtresse de conférences HDR en histoire contemporaine à l’Université Charles-de-Gaulle-Lille-3 jusqu'en 2016 et directrice adjointe du laboratoire IRHIS (Institut de recherches historiques du Septentrion) de 2011 à 2016. Ses recherches portent sur la construction des savoirs historiens aux XVIIIe et XIXe siècles et leur contribution au façonnement des sentiments d’appartenance et des images régionales.

Elle est notamment l'autrice de :

Sons diffusés dans l'émission

  • Extrait du film Ridicule de Patrice Leconte,1996
  • Extrait de la fiction La Naissance des départements sur l'ORTF, 1963
  • Archive d'un micro-trottoir à Bordeaux autour de la question "Qui sont les Girondins et les Jacobins ?" dans Aquitaine actualités le 28 juillet 1981
  • Lecture par Sandy Boizard d'un extrait d'une lettre de Prosper Mérimée à Joseph Lingay depuis Vézelay, le 9 août 1834
  • Lecture par Sandy Boizard d'un extrait de Quatrevingt-treize de Victor Hugo, 1874
  • Musique Paris-Province par Gérard Klein
Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Eric Lancien
Réalisation
Odile Joëssel
Collaboration
Marion Dupont
Collaboration
Milena Aellig
Réalisation
Maïwenn Guiziou
Production déléguée