Paysages noirs : pétrole et pollution : épisode 2/4 du podcast Une histoire souterraine

Incendie de la raffinerie avant l'explosion des spheres de stockage le 4 janvier 1966 a Feyzin dans le grand Lyon, France.
Incendie de la raffinerie avant l'explosion des spheres de stockage le 4 janvier 1966 a Feyzin dans le grand Lyon, France.  ©Getty - Keystone-France\Gamma-Rapho
Incendie de la raffinerie avant l'explosion des spheres de stockage le 4 janvier 1966 a Feyzin dans le grand Lyon, France. ©Getty - Keystone-France\Gamma-Rapho
Incendie de la raffinerie avant l'explosion des spheres de stockage le 4 janvier 1966 a Feyzin dans le grand Lyon, France. ©Getty - Keystone-France\Gamma-Rapho
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Comment le pétrole et dans son sillage les gisements, les fuites, le gaz de schiste, ont impacté nos paysages ainsi que notre santé ? Comment réagir face à l'arrivée de cette "nouvelle pollution" ?

Avec
  • Renaud Bécot Historien, maître de conférences à Sciences Po Grenoble, spécialiste d’histoire sociale et environnementale des mondes du travail en Europe occidentale
  • Martin Siloret chargé de cours à l'IEP de Rennes

Comment fabriquer de l’huile d’olive ? Dans un premier temps, comme une évidence, il faut récolter les olives. Puis il est impératif de les laver et d’enlever le feuillage. L’étape suivante est le broyage où les olives écrasées forment une pâte qui est ensuite pétrie. Voici le temps de l’extraction, avec un pressoir ou une centrifugeuse pour voir couler l’or vert, l’huile d’olive : première pression à froid pour magnifier nos salades. Maintenant, comment obtenir de l’huile de pierre, de caillou ? Faut-il prendre les pierres, les laver, les broyer et les presser pour en obtenir leur jus ? Pas du tout : pour produire de l’or noir, il faut creuser, il faut forer, car le pétrole est bien de l’huile de pierre, au moins par son étymologie, de petra, la pierre, et de oleum, l’huile. L’huile de pierre, le pétrole, le bitume, le naphte, autant de noms donné à ce liquide, une ressource longtemps présentée comme mirifique, mais qui aujourd’hui met la pression sur notre environnement, à chaud.

Dans la première partie nous reviendrons sur l’invention de cette "nouvelle pollution" avec Renaud Bécot, docteur en histoire contemporaine, chercheur associé au Centre d'histoire des Mondes Contemporains. Sa thèse est intitulée Syndicalisme et environnement de 1944 aux années quatre-vingts. Dont la publication est prévue. Il a récemment publié La CFDT face à la mutation du système énergétique français (1973-1977), Le Mouvement social, 262, 2018, p. 17-35.

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Si l’on prend l’exemple mexicain, il y a un début d’extraction du pétrole au Mexique dans la région de Vera Cruz, au tout début du XXème siècle, dans les années 1900. Ce sont les grandes entreprises américaines, la Standard Oil notamment, qui arrivent aux Mexique pour mettre en exploitation ces gisements. L’ancienne économie traditionnelle agricole va alors être très rapidement évacuée, en une dizaine d’années, avec le soutien de l’état mexicain. Néanmoins […] il va y avoir une révolution dans la période de l’entre-deux guerre et va se poser la question de comment gérer ces ressources pétrolières. Est-ce que l’on doit les laisser dans les mains des entreprises américaines ou est-ce que l’état mexicain doit les nationaliser ? Pour autant, après la nationalisation de ces gisement en 1938, la manière de les gérer ne va pas changer : la priorité sera toujours l’extraction pétrolière et produire des richesses à partir de cette extraction […].Les pollutions restent et il n’y a pas de moindre dépollution après la nationalisation. Renaud Bécot 

Il y a les pollutions visibles d’un côté et les pollutions plus insidieuses de l’autre : les pollutions toxiques en particulier qui ne produisent pas d’effet forcément sur le moment et qui peuvent produire des effets parfois quelques décennies après l’exposition des salariés mais aussi des riverains à des substances toxiques. Les pollutions industrielles traversent toujours les murs d’une usine. Les murs d’une usine, c’est une fiction administrative, juridique, qui a été créée pour des besoins de régulation de l’espace productif, de l’espace de travail. Pour autant, les pollutions industrielles ne respectent pas ces frontières administratives. Renaud Bécot 

Puis nous aborderons la question des marées noires à l’échelle de l’histoire régionale, en prenant pour exemple la Bretagne avec Martin Siloret, professeur de sciences économiques et sociales au Lycée Saint-Grégoire (Rennes) et chargé de cours à Sciences-Po Rennes. Il est l'auteur d’une thèse intitulée : La structuration partisane de l'écologie politique : une comparaison Bretagne-Pays de Galles (1974-1995) et a notamment publié L’écologie bretonne dans les pages d’Oxygène (1978-1985), Le Temps des médias, vol. 25, no. 2, 2015, pp. 135-147.

La « marée noire » a transformée le milieu militant écologiste, ou dirait-on environnementaliste breton en particulier. En Bretagne, on ne peut pas parler de la marée noire au singulier. L’Amoco Cadiz c’est la quatrième marée noire en 11 ans et c’est de plus loin la plus grosse marée noire de toute l’histoire du pétrole avec 200 000 tonnes […]. La réception de la marée noire par les Bretons et en particulier par les associations et les syndicats, on ne peut pas la comprendre, sans avoir conscience qu’il s’agit ici de la quatrième. […] Alors même qu’en 1977, le président Giscard D’Estaing avait fait des annonces sur des mesures de prévention suite aux marées noires de 1976, aucunes mesures n’a été prises, alors que le Bretagne est particulièrement exposée aux risques. Martin Siloret

Sons diffusés : 

Extrait de film : Jarhead : La Fin de l'innocence par Sam Mendes, sorti en 2005  

Archives : 

  • Extraits des Actualités françaises, de mars 1959 et du 28 octobre 1948 
  • Extrait de La France Défigurée, ORTF, 22 avril 1973  
  • Amoco Cadiz, extrait du Journal Télévisé de 13h, TF1, le 17 mars 1978 

Musique : Roughneck de Johnny Cash 

Générique de l'émission : Origami de Rone

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