Scène de premier regard entre John Smith et Pocahontas dans le film des studios Disney "Pocahontas : une légende indienne"
Scène de premier regard entre John Smith et Pocahontas dans le film des studios Disney "Pocahontas : une légende indienne"
Scène de premier regard entre John Smith et Pocahontas dans le film des studios Disney "Pocahontas : une légende indienne" - The Walt Disney Pictures
Scène de premier regard entre John Smith et Pocahontas dans le film des studios Disney "Pocahontas : une légende indienne" - The Walt Disney Pictures
Scène de premier regard entre John Smith et Pocahontas dans le film des studios Disney "Pocahontas : une légende indienne" - The Walt Disney Pictures
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Résumé

L'histoire de la "princesse" amérindienne Pocahontas est un mythe fondateur des États-Unis. En 1995, les studios Disney s'en emparent et signent un dessin animé sur fond de romance. Comment l'histoire de la colonisation européenne en Amérique est-elle racontée aux enfants ?

avec :

Audrey Brousseau (Professeure d'anglais, enseignante de civilisation américaine à l'Université Bordeaux Montaigne), Anne-Marie Bidaud (Maître de conférences honoraire en études américaines, historienne du cinéma américain).

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C’est en 1995 que les studios Disney présentent le film Pocahontas : une légende indienne. De part le monde, nombreux découvrent grâce à ce dessin animé l’existence de Pocahontas, un jeune femme du XVIIe siècle, une Amérindienne, au destin hors du commun… Dans ce dessin animé, elle s’adresse à John Smith, un colon anglais, personnage charismatique : "Pour toi je suis l'ignorante sauvage / Tu me parles de ma différence / Je crois sans malveillance / Mais si dans ton langage / Tu emploies le mot sauvage / C'est que tes yeux sont remplis de nuages." Pocahontas a souvent été qualifiée de "princesse", concept occidental appliqué en Amérique. Princesse et non reine, mais aurait-elle pu chanter "libérée, délivrée" ?

Le mythe de Pocahontas, ou la propagande pour la colonisation

En 1995, un nouveau film des studios Disney est à l’affiche, Pocahontas : une légende indienne. Inspiré par l’histoire de la fille du chef powhatan qui fit en 1607 le rencontre des colons anglais de Jamestown, et notamment de John Smith, le film d’animation réinterprète l’un des plus grands mythes américains.

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Pocahontas représente, dans l’imaginaire états-unien, le fantasme de la rencontre entre deux mondes, en même temps qu’une déesse américaine de la fertilité, tantôt nymphe de la forêt, tantôt Mère de la nation. Aujourd’hui encore, la descendance de Pocahontas et de son époux, le colon John Rolfe, exerce une fascination certaine.

"Sur la dizaine de lignes (des notes de John Smith sur Pocahontas, ndlr.), il n'est fait à aucun moment mention d'une quelconque romance. John Smith utilise un style très factuel et journalistique. Il note juste dans la marge que c'est une aide providentielle. Pour lui, Pocahontas est un ange gardien qui lui a sauvé la vie, et un ange gardien pour la colonie", explique Audrey Brousseau, enseignante en civilisation américaine. "La romance est née bien plus tard (...). Au XVIIe siècle, ce qui faisait parler et rêver, c'était l'union entre Pocahontas et John Rolfe. Leur mariage a permis de faire ressortir tous les fantasmes de l'époque, comme la domination de la civilisation sur le sauvage qui, lui, reste à l'état de nature. Pocahontas est un symbole d'une colonisation et d'une christianisation réussie. Ensuite, au XIXe siècle, John Rolfe fane un peu dans le mythe et laisse la place à Smith parce qu'on a besoin de cette touche romantique pour rendre le mythe encore plus attrayant".

Des adaptations cinématographiques du mythe de Pocahontas précèdent le dessin animé des studios Disney, sans rencontrer un grand succès. "C'est un mythe un peu gênant", souligne Anne-Marie Bidaud, historienne du cinéma américain. "Le mythe dit qu'on aurait pu envisager une civilisation du métissage, alors que cette notion a vite disparu de la réalité historique, notamment vis-à-vis des Amérindiens mais aussi des autres populations américaines. Dans le système hollywoodien, le sujet du métissage était interdit par le code d'autocensure jusqu'en 1956."

Comment, au-delà du mythe et de l’instrumentalisation, retrouver la trace de cette fille de chef amérindien qui n’avait que douze ans lors de sa rencontre avec les colons de Jamestown ? Comment le cinéma américain a-t-il consciemment fabriqué les archétypes de l’Indien et de la femme indienne, la "squaw", afin d’en faire un modèle d’altérité et de gommer la réalité de l’ethnocide ? Quel rôle le film d’animation de 1995, et sa suite sortie en 1998, ont-ils joué dans la longue histoire de cette rencontre devenue mythe fondateur ?

"Les Amérindiens ont globalement assez mal réagi au film (de Disney) en considérant que les Indiens étaient caricaturés, ce qui n'est pas complètement faux", remarque Anne-Marie Bidaud. "Il y a quand même eu quelques voix amérindiennes, notamment du militant Russel Means, qui ont considéré que ce film mettait l'accent sur les motivations des Blancs en rappelant que ce qui les intéressait, c'était l'argent, le profit, l'or. On peut aussi entendre dans le film la permanence des stéréotypes, non plus dans l'image mais dans le son, quand le chœur des colons scande 'les sauvages, c'est de la vermine, il faut tous les tuer'. C'est tellement âpre que dans la version canadienne, ça a été censuré."

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Pour en parler

Audrey Brousseau est professeure d'anglais, enseignante de civilisation américaine à l'Université Bordeaux Montaigne. Elle est l'autrice de Pocahontas, princesse des deux mondes (Les Perséides, 2006).

Anne-Marie Bidaud est maîtresse de conférences honoraire en études américaines à l’Université Paris Nanterre, spécialiste de l’histoire du cinéma américain et plus spécifiquement de la représentation à l’écran des populations amérindiennes et inuites. Elle a publié Hollywood et le rêve américain. Cinéma et idéologie aux États-Unis (réédition Armand Colin, 2017).

Sons diffusés dans l'émission

  • Archive qui reprend les clichés sur le "Nouveau Monde" et les Natifs d'Amérique présentés par le Ministère de l'agriculture et de la pêche en 1956
  • Chanson Virginie compagnie du film Pocahontas, une légende indienne de Mike Gabriel et Eric Goldberg
  • Extrait du film Pocahontas, une légende indienne de Mike Gabriel et Eric Goldberg
  • Chanson L'Air du vent du film Pocahontas, une légende indienne de Mike Gabriel et Eric Goldberg
  • Archive de Walt Disney au micro de Léon Zitrone dans le JT de la nuit le 23 mai 1960
  • Lecture du poème Notre mère Pocahontas de Vachel Lindsay, 1917, traduit et cité par Audrey Brousseau dans son ouvrage Pocahontas, princesse des deux mondes
  • Extrait du film Le Nouveau Monde de Terrence Malick, 2005