Marcel Proust avec le Prince de Polignac, Anna de Noailles et d'autres personnalités mondaines - Auteur inconnu - Domaine public - Creative Commons By-SA - Wikimedia Commons
Marcel Proust avec le Prince de Polignac, Anna de Noailles et d'autres personnalités mondaines - Auteur inconnu - Domaine public - Creative Commons By-SA - Wikimedia Commons
Marcel Proust avec le Prince de Polignac, Anna de Noailles et d'autres personnalités mondaines - Auteur inconnu - Domaine public - Creative Commons By-SA - Wikimedia Commons
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Résumé

Marcel Proust est le héraut de la bonne société parisienne. Elle se révèle complexe, internationale, cosmopolite et en écho avec les usages réinventés du modèle aristocratique. Dans quel univers Marcel Proust construit-il son œuvre, lui-même acteur et spectateur d’une décadence aristocratique ?

En savoir plus

Le 14 novembre 1913, dans la rubrique "Le Monde et la Ville" du quotidien le Figaro, que "M. et Mme Nicolas Xantho, aidés de leur délicieuse fille Mlle Xantho, ont donné, avant leur départ pour Nice, une soirée dansante en l'honneur de LL.AA.II. la grande-duchesse Anastasie de Mecklembourg, le grand-duc et la grande-duchesse Cyrille, le grand-duc Alexandre et le grand-duc Dimitri de Russie." Ce 14 novembre 1913, nous aurions aimé y être invité… Nous apprenons également l’organisation d’un "thé-bridge élégant chez M. et Mme Jacques de Poliakoff, en leur villa Océana, à Biarritz." Surtout, le 14 novembre 1913 paraît Du côté de chez Swann, de Marcel Proust, acteur et observateur de cette étrange société.

L'aristocratie proustienne, entre fascination et frustration

D’origine bourgeoise, Marcel Proust se passionne pour la littérature médiévale, le siècle de Louis XIV et celui des Lumières. Il dévore les écrits de La Bruyère, La Rochefoucauld et Saint Simon. Par ces livres, il découvre un "Grand monde" qui lui est à la fois proche et lointain, le monde aristocratique de la comtesse de Guermantes dans À la recherche du temps perdu.

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"Le grand monde parisien qui constitue la société proustienne se caractérise par un mode de vie commun, avec toute une série de pratiques sociales, et une reconnaissance de leur qualité de mondain", relève l'historienne Alice Bravard. Les mondains n'ont pas le souci du travail, toutefois leur oisiveté est ritualisée : hiver dans les hôtels particuliers parisiens, suivi de deux mois de villégiature dans les stations balnéaires bretonnes ou normandes, et enfin séjour dans le château familial à l'automne pour la saison de la chasse.

"Proust est dans le fantasme d'une aristocratie médiévale et du XVIIe siècle qu'il rêve de fréquenter, explique l'écrivaine Marjolaine Morin. On se rend compte dans le roman que cette aristocratie n'est pas à la hauteur de son étymologie (le mot signifie le pouvoir des meilleurs). De là naîtra sa grande déception."

L'écrivain scrutateur

En qualité d’écrivain et d’intellectuel, Marcel Proust parvient à intégrer les cercles fermés de l'aristocratie. Dans les salons, au théâtre ou à l’opéra, il observe presque scientifiquement les aristocrates parisiens et brosse leurs portraits, d’abord dans ses chroniques mondaines dans le Figaro, puis dans ses romans. Par ses descriptions détaillées et à travers plusieurs centaines de personnages, Proust révèle une admiration empreinte de mépris pour ce "Grand monde" en déclin à la charnière des XIXe et XXe siècles.

"Proust fait un peu moraliste. On perçoit chez lui de La Rochefoucauld, de La Bruyère, Saint Simon. Il déshabille les hommes et il en tire des lois générales. Ce qu'il voit derrière les masques n'est pas très beau", remarque Marjolaine Morin.

Cette désillusion devient source d’inspiration littéraire pour l’auteur qui voit chez les nobles un manque de création depuis qu’ils ont été démis de leurs fonctions administratives et politiques avec l’instauration de la République. Par opposition, Marcel Proust présente son œuvre littéraire comme une création qui permet de donner sens à sa vie.

Alice Bravard précise que "le déclin est davantage une thématique romanesque qui permet de valoriser les dangers menaçant les personnages, qu’une réalité." Ce déclin survient plus tardivement selon l’historienne.

Dans cette émission, nous proposons de partir à la rencontre du "Grand monde" proustien et de nous intéresser à ses évolutions à la fin de la Belle époque et à l’aube d’une nouvelle ère post-Première Guerre mondiale.

Écoutez et abonnez-vous à la collection d’émissions consacrée à Marcel Proust pour (re)découvrir cette figure centrale de la littérature française, à travers l’économie, la gastronomie, le cinéma, la philosophie ou la médecine dans "Proust, le podcast".

28 min

Nos invitées

Alice Bravard est docteure en histoire contemporaine et chercheuse rattachée au Centre de recherches en histoire du XIXe siècle. Elle a publié Le Grand monde parisien. 1900-1939. La persistance du modèle aristocratique (Presses universitaires de Rennes, 2013).

Marjolaine Morin est écrivaine, docteure en littérature, associée aux éditions Orion. Elle est l'autrice d’une thèse soutenue en 2015, "Grandeur et décadence de l’aristocratie proustienne dans À la recherche du temps perdu : Proust et les mémoires aristocratiques" (Nantes, sous la direction de Philippe Forest et de Jean Garapon).

Sons diffusés dans l'émission

  • Archive : Maxime Leroy s'exprime sur le comte de Saint Simon dans Heure de culture française - RDF, 16 septembre 1952
  • Musique : "Vesoul" par Jacques Brel, 1968
  • Extrait : Le Diable par la queue, film de Philippe de Broca, 1969
  • Archive : fiction radiophonique La jeunesse de Marcel Proust - RDF, 4 mai 1961
  • Extrait : Downton Abbey, série créée par Julian Fellowes, saison 6 épisode 1, 2015
Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Production déléguée
Jeanne Delecroix
Collaboration
Laurence Millet
Réalisation
Marion Dupont
Collaboration
Valentine Lauwereins
Collaboration
Maïwenn Guiziou
Production déléguée