Jeune homme à sa fenêtre, tableau de Gustave Caillebotte (1876)
Jeune homme à sa fenêtre, tableau de Gustave Caillebotte (1876)
Jeune homme à sa fenêtre, tableau de Gustave Caillebotte (1876) - Public domain / Wikimedia Commons
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Résumé

L’affaire Dreyfus voit naître les intellectuels qui prennent la parole pour s’opposer au discours officiel. Marcel Proust évolue dans un univers mondain où la société française, alors profondément divisée, est auscultée, analysée, commentée. Proust est-il un écrivain engagé ?

avec :

Luc Fraisse (professeur de littérature française à l'Université de Strasbourg), Anne Simon (directrice de recherche au CNRS, rattachée au centre République des Savoirs à l’École normale supérieure).

En savoir plus

Le 15 janvier 1898, le journal Le Temps publie "Une protestation" : "Quelques professeurs de l’Université, hommes de lettres, internes des hôpitaux, avocats et étudiants, ont pris l’initiative d’une pétition qui a pour but de réclamer la révision du procès Dreyfus. En voici le texte : Les soussignés, protestant contre la violation des formes juridiques au procès de 1894 et contre les mystères qui ont entouré l’affaire Esterhazy, persistent à demander la révision". La liste est longue et il y a du beau monde. Le premier à signer est Émile Zola, qui, deux jours plus tôt, a publié "J’accuse" dans L’Aurore. Il y a Anatole France, de l'Académie française, Émile Duclaux, directeur de l'institut Pasteur et membre de l’Académie des sciences… et parmi les signataires, Félix Fénéon, secrétaire de la Revue blanche, Robert de Flers, Marcel Proust. Signer une pétition fait-il de Proust un écrivain engagé, lui qui écrit quand naît la figure de l'intellectuel ?

Proust, un jeune homme engagé

L’imaginaire collectif retient de Marcel Proust une œuvre pleine d’introspection, tournée vers le snobisme, qui nourrit la vision d’un écrivain reclus dans sa chambre. Néanmoins, l’œuvre proustienne porte les traces de réflexions politiques diffractées dans une galerie de personnages.

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À ce propos, Luc Fraisse, professeur de littérature à l’Université de Strasbourg, souligne "le paradoxe de cet écrivain reclus qui est au courant du monde extérieur dans les moindres détails. Il a tout un réseau d'informations. On a parfois l'impression qu'il a assisté à tout alors qu'il est le plus souvent dans une chambre obscure, tapissée de liège pour empêcher les bruits du monde."

De même, avant d’entamer l’écriture de son roman somme À la recherche du temps perdu, Marcel Proust s’était engagé publiquement dans l’affaire Dreyfus et avait rejoint les rangs des intellectuels favorables à la révision du procès d’Alfred Dreyfus. En 1895, un an après que l'officier juif a été reconnu coupable d’espionnage au profit de l’Allemagne, Proust entame la rédaction d'un roman qui ne sera pas achevé, Jean Santeuil. Dans une France minée par les idées antisémites, clivée jusqu’au sein des foyers par ce qui est devenu "l’Affaire", Marcel Proust travaille à comprendre comment établir la vérité par rapport au mensonge et chronique les rebondissements de "l’Affaire".

"Proust a une approche de l'affaire Dreyfus quasiment philosophique avec la question de la vérité, explique Luc Fraisse. Les revues dans lesquelles il commence à se faire connaître (Le Banquet, la Revue blanche) sont des milieux dreyfusard. Il y a un terreau qui mène Proust à s'engager à partir de 1898, avec la cascade d'événements comme le "J'accuse" de Zola dans L'Aurore*, l'acquittement d'Esterhazy (le réel coupable) sous les acclamations, l'emprisonnement du lieutenant-colonel Picquart".

Mêler les visions politiques

Après avoir écrit des pages politiques "sur le vif" dans Jean Santeuil, Proust diffracte les conceptions politiques dans À la recherche du temps perdu. "Il est extrêmement difficile de retrouver la voix de Proust puisque le politique est envisagé de façon multifocale, multiple perspectiviste, à travers les voix et les yeux de l'ensemble des personnages de la Recherche", remarque Anne Simon, directrice de recherche au CNRS.

Quelle est la nature de l’engagement politique de Marcel Proust ? Quelles relations son œuvre entretient-elle à la politique ? Comment l'écrivain, homosexuel, né d’une mère juive et d’un père catholique, aborde-t-il la question du judaïsme à un moment où l’antisémitisme est violent, et la question de la sexualité dans une société engoncée ? Dans quelle mesure l’écriture même de Marcel Proust peut-elle être qualifiée de politique ?

Écoutez et abonnez-vous à la collection d’émissions consacrée à Marcel Proust pour (re)découvrir cette figure centrale de la littérature française, à travers l’économie, la gastronomie, le cinéma, la philosophie ou la médecine dans "Proust, le podcast".

Nos invité·e·s

Luc Fraisse est professeur de littérature française à l'Université de Strasbourg. Il dirige la Revue d'études proustiennes ainsi que la collection "Bibliothèque proustienne" chez Classiques Garnier, qui rassemble des travaux de recherche consacrés à Marcel Proust. Il travaille à l'édition d'À la recherche du temps perdu, dont deux volumes ont déjà paru. Il a notamment publié :

Anne Simon est directrice de recherche au CNRS au sein de l’unité République des savoirs (CNRS/ENS/Collège de France/PSL). Elle est responsable du Pôle Proust, du cycle "Proust : la pensée, l'émotion, l'écriture" et du programme "Animots". Elle a notamment publié :

Sons diffusés dans l'émission

  • Extrait : Un amour de Swann, film de Volker Schlöndorff sorti en 1984, avec Alain Delon dans le rôle du baron de Charlus
  • Lecture par Pierre-Marie Baudoin : extrait de Jean Santeuil de Marcel Proust, édition posthume en 1952
  • Musique : "Le trou de mon quai" par Dranem, 1928
  • Lecture par Pierre-Marie Baudoin : extrait de Sodome et Gomorrhe de Marcel Proust (À la recherche du temps perdu, III) publié en 1921-1922
Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Production déléguée
Jeanne Delecroix
Collaboration
Laurence Millet
Réalisation
Marion Dupont
Collaboration
Valentine Lauwereins
Collaboration
Maïwenn Guiziou
Production déléguée