Vue du bassin du Jardin des Tuileries. Estampe de 1760 - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Vue du bassin du Jardin des Tuileries. Estampe de 1760 - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Vue du bassin du Jardin des Tuileries. Estampe de 1760 - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Publicité
Résumé

Jardins royaux, promenades plantées, talus cultivés... Quelle place occupe le végétal en ville, à l'aube de la Révolution française ? Embellir ou assainir l'espace urbain est une question tant philosophique que politique au siècle des Lumières.

avec :

Emilie-Anne Pépy.

En savoir plus

Quand les Lumières arrivent en ville, les végétaux battent le pavé : chlorophylle ! Photosynthèse ! En 1788 paraît Les Jardins ou l’Art d'embellir les paysages, un long poème de l’abbé Delille qui débute par ces vers : "Le doux printemps revient, & ranime à la fois, / Les oiseaux, les zéphirs, & les fleurs & ma voix". C’est une voie arborée qui nous conduit jusqu’aux monde végétal au cœur de nos villes, avec le bon conseil de Voltaire : "Il faut cultiver notre jardin".

Du XVIIe siècle à la Révolution, les nobles cherchent à s’installer en ville et à se rapprocher de Versailles, où la cour est nouvellement établie. Ces nouveaux citadins veulent pouvoir se rafraîchir et se promener dans des espaces verts dignes de ceux qu’ils fréquentent à la campagne. En parallèle, les urbanistes promeuvent la création de jardins et la végétalisation des villes françaises pour éviter la propagation de maladies.

Publicité

Les pouvoirs publics aménagent d’anciens forts militaires en promenades, distribuent des graines aux habitants des villes et ouvrent les jardins royaux aux élites parisiennes. Peu à peu, sous les Lumières, l’idée que l’espace végétal urbain est un bien public fait chemin et les jardins parisiens deviennent l’antichambre de la Révolution française. Alors comment cultive-t-on son jardin au XVIIIe siècle ?

"Contrairement à l'idée qu'il y aurait eu un absolutisme environnemental et une rationalisation de la nature à partir de Louis XIV et de Le Nôtre, dès qu'on pénètre dans les archives, c'est un autre univers qui s'offre à nous ; un univers fait de micro-partages, de contestations, de riverains qui écrivent à l'administration royale pour lui faire part de ses revendications et pour participer à la définition de la nature en ville. La nature, en fait, est négociée en permanence", précise l'historien Jan Synowiecki.

"En France après les années 1770 s'impose un nouveau modèle esthétique. Tout le gratin de la société fait en sorte d'avoir un jardin à l'anglaise, avec des allées sinueuses, qui laissent apparaître des perspectives végétales sur des arbres originaux, par exemple exotiques, et qui laissent voir ce qu'on appelle des fabriques, c'est-à-dire de petits éléments bâtis qui imitent des moulins, des temples grecs, des tombeaux gothiques", décrit l'historienne Émilie-Anne Pépy. "Les aristocrates rivalisent pour avoir ce qu'on appelle des folies. Il s'agit de jardins de plaisir ouverts au public - certes un public choisi - comme la folie Beaujon ou Bagatelle, qui contribuent petit à petit à végétaliser les alentours de la ville qui croît."

51 min

Nos invité·e·s

Émilie-Anne Pépy est maîtresse de conférences en histoire moderne à l’Université Savoie Mont Blanc. Elle a notamment publié :

Jan Synowiecki est ATER en histoire moderne à l’Université de Strasbourg et assistant de recherches à la chaire d’écologie et d’histoire environnementale "Laudato Si’. Pour une nouvelle exploration de la Terre" au Collège des Bernardins, sous la supervision du professeur Grégory Quenet. Il est l’auteur de Paris en ses jardins. Nature et culture urbaines au XVIIIe siècle (Champ Vallon, 2021).

Sons diffusés dans l'émission

  • Archive de Robert Joffet, ingénieur des parcs et jardins de Paris, au micro Georges Charensol dans l'émission L'Art et la vie sur la RDF le 31 août 1950
  • Lecture par Olivier Martinaud d'un extrait d'une lettre de Diderot, d'après sa Correspondance établie, recueillie et annotée par Georges Roth (Éditions de Minuit, 1956)
  • Archive de l'acteur Michel Simon à propos du conseil de Voltaire de cultiver son jardin dans l'émission Au-delà de l'écran le 13 septembre 1964 sur la RTF
  • Chanson Comme un arbre interprétée par Maxime Le Forestier, 1972
  • Lecture par Olivier Martinaud d'un extrait de l'Essai sur les fosses d'aisances et de toute espèce de Voiries de Mathieu Géraud, 1786
Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Production déléguée
Jeanne Delecroix
Collaboration
Laurence Millet
Réalisation
Marion Dupont
Collaboration
Valentine Lauwereins
Collaboration
Maïwenn Guiziou
Production déléguée