Photographie des membres de Radio Mouvance, une radio libre fondée par Roland Fornari.
Photographie des membres de Radio Mouvance, une radio libre fondée par Roland Fornari. ©Getty - ©Alexis Duclos/Gamma-Rapho
Photographie des membres de Radio Mouvance, une radio libre fondée par Roland Fornari. ©Getty - ©Alexis Duclos/Gamma-Rapho
Photographie des membres de Radio Mouvance, une radio libre fondée par Roland Fornari. ©Getty - ©Alexis Duclos/Gamma-Rapho
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À la fin des années 1970, des centaines d’animateurs bénévoles s’élancent dans la bataille des radios libres. Ces pirates des ondes s’engagent dans un bras de fer contre le monopole d’État, et font souffler un vent de subversion sur la bande FM...

Avec
  • Thierry Lefebvre Spécialiste de l’histoire de la radio, membre du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS)
  • Danièle Cottereau Artiste peintre, ancienne animatrice et productrice sur "Fréquence Gaie"

Qu’elles portaient de jolis noms, ces radios : Carbone 14, Radio Verte, Radio Ici et Maintenant, Fréquence Gay, Radio Riposte, Radio Lorraine Cœur d’acier… Des radios libres, parfois licencieuses, souvent désinvoltes ou inconvenantes au regard du pouvoir : affriolantes radios pirates !

L’apparition des radios libres en France

Les radios libres naissent aux États-Unis et en Grande-Bretagne à la fin des années 1950, et deviennent les relais d’une culture jeune et underground qui s’affirme avec le mouvement hippie et l’essor du rock’n’roll. Durant les années 1960 et 1970, les radios libres prennent le large et émettent depuis des cargos, au beau milieu des eaux internationales, où la juridiction est suffisamment floue pour permettre à ces pirates des ondes de continuer d'émettre.

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Radio Caroline et Radio Nordsee International, pour ne citer qu’elles, contribuent à façonner une nouvelle culture jeune, avide de rock, de soul et de pop, que les radios publiques, régies par les monopoles d’État, se refusent à diffuser. En France, les auditeurs et les auditrices ont déjà une certaine expérience de ces autres longueurs d’ondes grâce aux radios périphériques, soit les stations qui, sans être englobées par le monopole d’État, parviennent à émettre sur le territoire national en diffusant depuis l’étranger. RTL depuis Luxembourg, RMC depuis Monaco ou encore Radio Andorre familiarisent les auditeurs avec un nouveau modèle radiophonique, plus commercial, plus musical.

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De la régulation à l’interdiction des radios libres

C’est à la fin des années 1970 que le phénomène des radios libres déferle véritablement sur la France. Radio Verte ouvre la voie en 1977, rapidement rejointe par une myriade de stations clandestines qui offre un espace de parole inédit à ceux qui ont longtemps été tenus à l’écart des médias traditionnels : les grévistes, les ouvriers, les syndiqués et les immigrés sur Lorraine Cœur d’Acier, les homosexuels sur Fréquence Gaie, les anarchistes et les libertaires sur Radio Mouvance ou Radio Libertaire, les indépendantistes sur les radios libres régionales… Ces radios libres fonctionnent grâce à des bénévoles, qui composent souvent avec les moyens du bord. Pour échapper aux forces de l’ordre, qui multiplient les opérations de brouillage et de saisie du matériel, ces pirates radiophoniques deviennent mobiles : toits d’immeubles, cafés, hangars désaffectés, appartements de particuliers et même clochers d’églises font office de studios de radio.

Danièle Cottereau, ancienne animatrice et productrice de la radio Fréquence Gaie, relate que "les gens courraient sur les toits avec leurs antennes à la main pour ne pas être repérés. À l'époque, il y avait RTL, Europe1, Radio Monte-Carlo qui émettaient de l'étranger puisque c'était interdit en France. Ils émettaient du Luxembourg, de Monte-Carlo... mais jamais depuis le territoire français." et évoque son arrivée à la radio Fréquence Gaie : "j'ai entendu parler de cette radio, je l'ai écoutée et je suis tombée sur une émission faite par des femmes. À la fin de l'émission, j'ai téléphoné pour dire que je voulais travailler avec elles si elles avaient besoin d'une personne ; elles m'ont ensuite engagée et mise à l'antenne. La plupart des gens arrivaient de cette façon-là à la radio. Par la suite, je n'ai jamais enregistré aucune de mes émissions, Fréquence Gaie ne faisait pas d'archives".

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L’arrivée au pouvoir du Parti socialiste en 1981 ouvre un nouveau chapitre de l’histoire des radios libres. Les socialistes, sans s’être ouvertement opposés au monopole d’État, avaient exprimé leur soutien aux radios libres et à la liberté d’expression sous toutes ses formes ; ainsi, l’élection de François Mitterrand représente un espoir pour ces centaines de stations clandestines. Cependant, la régulation fait rapidement place aux interdictions, et les radios militantes et libertaires au ton cru et provocateur disparaissent peu à peu au profit de radios privées aux programmes plus standardisés…

Thierry Lefebvre, spécialiste de l'histoire de la radio, précise que "à la fin des années 1970, l'État exerce un contrôle sur les radios. Lorsque je dis "contrôle", l'État n'est pas obsédé par le contenu diffusé mais contrôle financièrement ces radios périphériques, que ce soit Radio Monte-Carlo, RTL ou Europe1" et évoque également le fonctionnement des radios libres : "l'un des outils principaux de ces radios, c'est le téléphone : c'est ce qu'on va appeler la "libre antenne" qui est évidemment plus libre que les médias officiels ou les périphériques. Il y a moins de contrôle, une parole va surgir et certaines radios vont se reposer sur cette libre antenne. Ainsi, des discours venant de tous les horizons finissent par aboutir sur ces radios".

Comment, dans la France de la fin des années 1970, les radios libres engagent-elles une bataille contre le monopole d’État ? Comment les autorités de régulation audiovisuelle font-elles face à la liberté d’expression souvent militante, voire ouvertement révolutionnaire, des radios libres ?

Pour en parler

Thierry Lefebvre est spécialiste de l’histoire de la radio et membre du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS). 
Il a notamment publié :

Danièle Cottereau est artiste peintre. Elle a été animatrice et productrice de la radio Fréquence Gaie.
Elle a publié :  Amazones du soir, bonsoir ! (Éditions Le Gueuloir, 2011)

Références sonores

  • Archive de Radio Pirate, Le Journal de 20H, 16 mai 1981
  • Archive de Radio Caroline, Journal Les Actualités Françaises, 24 mars 1965
  • Archive des radios libres au sein de la Maison de la Radio
  • Archive de Bateau Radio Pirate Belge, JT 20h, 21 septembre 1962
  • Archive de Jean François Bizot sur les punk dans Apostrophe, 9 décembre 1977
  • Archive de Léon Zitrone sur les Radios libres, Libre Antenne
  • Archive sur la radio libre de la CGT Lorraine Cœur D'acier en 1979, Libre Antenne
  • Archive sur le démantèlement de Carbone 14, 1983

Générique de l'émission : Origami de Rone

Le Pourquoi du comment : histoire

Toutes les chroniques de Gérard Noiriel sont à écouter ici.

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