Rêveries californiennes, il était une fois les Français dans l’Ouest : épisode 3/4 du podcast Les Français aux États-Unis, une histoire

Scène d'extraction d'or en Californie, 1849.
Scène d'extraction d'or en Californie, 1849. ©Getty - Ann Ronan Pictures/Print Collector
Scène d'extraction d'or en Californie, 1849. ©Getty - Ann Ronan Pictures/Print Collector
Scène d'extraction d'or en Californie, 1849. ©Getty - Ann Ronan Pictures/Print Collector
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Dès le XVIIIe siècle, des Français partent pour la Californie et s'y installent. La Ruée vers l'or voit des milliers de Français tenter leur chance aux États-Unis. En 1870, la guerre franco-prussienne pousse encore d'autres Français à l'exil. Quel rôle ont-ils joué dans l'histoire de la Californie ?

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"Écoutez. Un capitaine suisse, chassé par la révolution de Juillet, passera du Missouri dans l’Orégon, de l’Orégon en Californie. Il obtiendra du gouvernement mexicain une concession de terrain sur la fourche américaine ; et là, en creusant la terre pour faire jouer la roue d’un moulin, il s’apercevra que cette terre est parsemée de paillettes d’or. Cela arrivait en 1848. En 1848, la population blanche de la Californie était de dix à douze mille âmes !" Voilà ce qu’écrit en 1852 Alexandre Dumas dans Un Gil Blas en Californie… L’Amérique se fait picaresque pour les Français !

Vers la Californie

La Californie voit plusieurs vagues de migration d’origine française. Dès la fin du XVIIIe siècle, des Français trouvent leur voie jusqu'à la Californie, mais c’est surtout à partir de 1848 qu'ils y affluent. 1848 est en effet à la fois la date de la découverte de la première pépite d’or en Californie, et donc le début officiel de la Ruée vers l’or, et le début de la révolution de Février, qui entraîne une importante crise économique et sociale en France. Les années 1870 voient une nouvelle vague d’émigration française, liée à la guerre franco-prussienne et à la fuite des Alsaciens et des Lorrains qui refusent de devenir allemands alors que leurs régions sont annexées au territoire du Reich. À partir de la fin du XIXe siècle, ce sont aussi des chaînes de migration qui déterminent les départs des Français, qui peuvent compter sur le soutien de connaissances, d’amis ou de membres de leur famille pour entreprendre le voyage vers la Californie, s’y installer et y trouver un travail.

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On trouve aujourd’hui encore des traces de la présence français en Californie, notamment à San Francisco. Si un certain nombre de Français rentrent en France après la Ruée vers l’or, à la fin des années 1850, qu’ils aient fait fortune ou qu’ils aient été ruinés, beaucoup font au contraire le choix de s’établir en Californie de manière plus pérenne. Ce sont eux qui servent de point d’ancrage aux migrations ultérieures.

Une histoire particulière, un récit documentaire en deux parties
28 min

La Ruée vers l'or

Le voyage jusqu’en Californie n’est pas de tout repos. Pendant la Ruée vers l’or, les migrants prennent un bateau à voile depuis Le Havre, traversent l’Atlantique et doivent ensuite passer le cap Horn, réputé pour la violence de ses tempêtes. Durant au moins cinq mois, ils restent confinés dans une situation de promiscuité pénible. Plus tard, il devient possible de passer par l’isthme de Panama, ce qui permet d’écourter le voyage et d’éviter les dangers du cap Horn. À partir des années 1860, les migrants passent plutôt par l’intérieur des terres une fois qu’ils ont atteint la côte est des États-Unis, et traversent le pays en train pour atteindre la côte Pacifique. Annick Foucrier, spécialiste de l'histoire de l'Ouest américain, précise que "c’est souvent toute la famille qui se cotise pour faire partir un des leurs. Dans certaines régions où il est très important que l'exploitation familiale ne soit pas partagée, il y a des prêts à terme à l'intérieur de la famille, et parfois de la part de filles, de sœurs qui prêtent de l'argent à leurs frères pour qu'ils puissent partir. Il y a une pression très forte sur ceux qui partent parce qu'il faut rembourser cela. S'ils partent, c'est pour essayer de gagner suffisamment d'argent. Ils ne cherchent pas à devenir millionnaires, mais à gagner suffisamment d'argent pour pouvoir revenir en France, acheter des terres, devenir rentiers, ou même acheter un petit commerce qui va leur permettre de mieux vivre."

San Francisco est l’une des destinations les plus prisées des migrants français et reste également gravée dans les mémoires comme une ville mythique, liée à l'imaginaire de la Ruée vers l’or et à la construction de la Californie moderne. De nombreux Français s’y installent, contribuent à son expansion et y exercent des métiers variés, essentiellement dans l’artisanat, le commerce, la restauration ou les activités de services. Les blanchisseries françaises sont emblématiques de cette période de migration et sont particulièrement nombreuses dans le French Town, le quartier français de San Francisco. Annick Foucrier souligne que les émigrés français "ne vont pas toujours exercer le métier qu'ils ont exercé en France parce qu'ils s'adaptent aussi aux circonstances sur place. Cependant, un des avantages qu'ils ont, c'est le prestige de la culture française, de l'artisanat français, de l'alimentation française. C'est un capital symbolique important."

Les Français s’intègrent plutôt bien en Californie et adoptent les usages locaux. Ils restent néanmoins très attachés à leur identité française, qu’ils entretiennent à travers des cercles de sociabilité et de solidarité français, et qui laisse sa marque dans la société et la culture américaines. Ils apprennent pourtant généralement l’anglais, participent aux fêtes nationales américaines, et sont nombreux à demander à être naturalisés après quelques années passées sur le sol californien. De nombreux mariages entre Américains et Français sont également célébrés, entérinant l’assimilation progressive des Français dans la société californienne. On trouve encore aujourd’hui en Californie les descendants de ces immigrants français du XIXe siècle, qui ont parfois perdu tout contact avec la langue et la culture françaises, mais portent toujours un nom de famille français.

Concordance des temps
59 min

Notre invitée

Annick Foucrier est professeur émérite d’histoire de l’Amérique du Nord à Paris I Panthéon-Sorbonne et spécialiste d’histoire contemporaine, des migrations internationales et de l’Ouest américain. 
Elle a notamment publié :

  • À travers l’Ouest nord-américain. L’expédition d’exploration dirigée par Meriwether Lewis et William Clark, 1803-1806 (Éditions La Lanterne Magique, 2018)
  • Le Rêve californien. Migrants français sur la côte Pacifique (XVIIIe-XXe siècles) (Belin, 1999)

Le Pourquoi du comment : histoire

Toutes les chroniques de Gérard Noiriel sont à écouter ici.

Le Pourquoi du comment : histoire
3 min

Références sonores

  • Extraits du film La Conquête de l'Ouest de Henry Hathaway, John Ford et George Marshall, 1962
  • Extrait de la série Zorro de Johnston McCulley, 1957
  • Archive de Pierre-Alexandre Bergerot, doyen des Français de Californie, ORTF, 1952
  • Extrait du film Lucky Luke de René Goscinny et Morris, 1971
  • Chanson La Californie de Julien Clerc, 1969
  • Montage de chansons sur San Francisco interprétées par Johnny Hallyday et Maxime Le Forestier
  • Générique de l'émission : Origami de Rone

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