La centrale nucléaire de Tchernobyl en mai 1986, quelques semaines après la catastrophe du 26 avril.
La centrale nucléaire de Tchernobyl en mai 1986, quelques semaines après la catastrophe du 26 avril. ©Getty - Igor Kostin / Laski Diffusion
La centrale nucléaire de Tchernobyl en mai 1986, quelques semaines après la catastrophe du 26 avril. ©Getty - Igor Kostin / Laski Diffusion
La centrale nucléaire de Tchernobyl en mai 1986, quelques semaines après la catastrophe du 26 avril. ©Getty - Igor Kostin / Laski Diffusion
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La catastrophe nucléaire de Tchernobyl survenue le 26 avril 1986 révèle les failles du système soviétique basé sur le secret et la bureaucratie. En réaction, Mikhaïl Gorbatchev promeut une campagne de "transparence" (glasnost) et de réforme économique (la perestroïka).

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Tchernobyl a-t-il fait exploser l'URSS ? C'était un 26 avril, en 1986, à 1 heure et 23 minutes du matin. Le réacteur portait le numéro 4. C'était à Tchernobyl, pas très loin de Kiev, en Ukraine. Le site n’était pas connu, jusqu'à ce 26 avril 1986 quand explose le réacteur d’une centrale nucléaire. Tchernobyl, un nom devenu le symbole de la chute de l'URSS. Hasard ou pas ?

Défaillances en chaîne

"Le communisme, c’est le pouvoir soviétique plus l’électricité" aurait déclaré Lénine en 1919. Cet aphorisme permet de comprendre l’idéologie développementaliste à l’œuvre en URSS, dont Tchernobyl est un exemple. L’historienne Sabine Dullin insiste sur le déséquilibre technologique entre l’URSS et ses pays périphériques "On utilisait des mines d'uranium exploitées, par exemple, en Tchécoslovaquie. En revanche, le processus d'enrichissement était aux mains des Soviétiques. Il y avait donc une sorte de division des tâches inégale entre les pays de l'Est et l'URSS, qui possédait seule la technique des centrales nucléaires."

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Conçue pour être la plus grande centrale nucléaire au monde, la construction du site de Tchernobyl dans les années 1970 se fait dans la hâte. Près de quinze années plus tard, ce rêve du gigantisme soviétique bascule. Le réacteur n°4 de la centrale explose le 26 avril 1986. L’équipe est mal préparée, les autorités mal informées, la population évacuée tardivement. Galia Ackerman, historienne et traductrice franco-russe, donne une explication, parmi d'autres, du retard de l'information : "toute une génération a été élevée dans l'idée qu'un réacteur nucléaire de modèle RBMK ne pouvait pas exploser. Les grands académiciens comme Alexandrov disaient que ce réacteur était tellement sûr qu'on pouvait l'installer même sur la Place Rouge." L’irresponsabilité des autorités soviétiques est mise au jour tandis qu'elles mobilisent l'héroïsme des troupes dans une "guerre contre l’atome".

Sabine Dullin raconte que l’explosion de la centrale de Tchernobyl s’inscrit dans le contexte "d’effervescence autour des questions de la protection de la nature et de l'écologie" du début des années 1980. Les écologistes soviétiques se sont notamment mobilisés contre le détournement des fleuves sibériens destinés à nourrir la mer d’Aral, en Asie centrale, asséchée à cause de l'irrigation des champs de coton en Ouzbékistan. L’historienne note que "les centrales nucléaires sont plutôt situées dans les républiques non russes. Se développe l'idée que, finalement, l'Ukraine et la Biélorussie sont un peu les poubelles de l'URSS."

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Tentatives de réforme du système soviétique

Mikhaïl Gorbatchev cherche à réformer son pays depuis 1985, à travers ses politiques de perestroïka (restructuration) et de glasnost (transparence). "Gorbatchev a été un communiste convaincu. Il pensait qu'il était possible de réformer le système socialiste en dévoilant ses défauts, précise Galia Ackerman. Quand il lance la glasnost, il ne pense pas au goulag ni aux crimes staliniens. Il pense que seront dénoncées, par exemple, les tares des directeurs d'usine, la mauvaise gestion, et qu’il pourra restructurer pour mieux travailler et accélérer la marche en avant." Confronté à la difficulté de la chaîne d'information autour de la catastrophe de Tchernobyl, le Premier secrétaire du Parti communiste décide alors d’exploiter politiquement l'événement et soulève les carences du système pour poursuivre ses réformes.

La portée de l'événement n’est pas seulement locale mais internationale. Le nuage radioactif arrive près de soixante heures plus tard en Suède. Tchernobyl devient alors une crise diplomatique qui oblige les dirigeants soviétiques à répondre aux pouvoirs étrangers.

De la faille scientifique à la faille idéologique, en passant par la mort de milliers d'habitants et un désastre financier, la catastrophe de Tchernobyl a-t-elle précipité la chute de l’URSS ? Nous en discutons avec nos invités Galia Ackerman et Sabine Dullin.

Intervenantes

Galia Ackerman est docteure en histoire et chercheuse associée à l'université de Caen, spécialiste de l’Ukraine et de l'idéologie de la Russie post-soviétique. Elle est notamment l’auteure de :

Sabine Dullin est professeure en histoire contemporaine de la Russie et de l'Union soviétique à Sciences Po et membre du Centre d'histoire de Sciences Po. Elle a notamment publié :

Références sonores

  • Archive sur l'Agence internationale de l’énergie atomique - Ministère de l'agriculture et de la pêche, 1er janvier 1956
  • Archive sur l'annonce de la catastrophe de Tchernobyl dans Inter Actualités de 22h - France Inter, 28 avril 1986
  • Extrait de la série Chernobyl de Craig Mazin, 2019
  • Archive sur les répercussions du nuage radioactif en France dans Inter Actualités de 19h - France Inter, 14 mai 1986
  • Lecture du témoignage d'Ivan Nikolaïevitch Jmykhov, ingénieur chimiste dans La Supplication de Svetlana Alexievitch, 1997, traduit par Galia Ackerman et lu par Vanda Benes
  • Archive d'Ulysse Gosset sur le bilan des deux ans au pouvoir de Gorbatchev dans France Inter Actualités - France Inter, 11 mars 1987