Uppercuts dans la cité, le pugilat secoue la Grèce : épisode 1/4 du podcast Le sport, une histoire en mouvement

Scène de combat au VIe siècle av. J-C, du quartier Céramique à Athènes.
Scène de combat au VIe siècle av. J-C, du quartier Céramique à Athènes. ©Getty - DEA/ G. NIMATALLAH
Scène de combat au VIe siècle av. J-C, du quartier Céramique à Athènes. ©Getty - DEA/ G. NIMATALLAH
Scène de combat au VIe siècle av. J-C, du quartier Céramique à Athènes. ©Getty - DEA/ G. NIMATALLAH
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La légende dit que la boxe serait née à Sparte, inventée par des soldats qui cherchaient à protéger au mieux leur visage lors des combats. Ce qui est sûr, c'est que le pugilat, son ancêtre, existe dans le monde grec antique, et probablement déjà auparavant. Pif, paf, entrez dans l’arène !

Avec
  • Jean-Manuel Roubineau Historien, maître de conférences en histoire grecque à l’université Rennes II
  • Jean-Paul Thuillier Étruscologue, historien de l’Antiquité, professeur émérite de l’École normale supérieure

Qui est cet homme au visage amoché ? Il s’est pris des coups, c’est sûr, avec ses oreilles en chou-fleur et son nez cassé. Il paraît passablement abattu, assis sur un rocher, les mains encore bandées. C’est un pugiliste, peut-être est-ce un boxeur, vieux de plusieurs millénaires qui a perdu son combat. Il n’en reste pas de marbre, mais de bronze !

Pugilat, pancrace, lutte : des arts martiaux antiques déjà codifiés

Le pugilat, le pancrace et la lutte sont les trois principaux arts martiaux grecs. Ils sont pratiqués lors des Jeux olympiques. Parmi ces trois sports de combat, le pugilat est considéré comme le plus violent. Non contents d’asséner des coups bien placés, les pugilistes enserrent leurs mains de cestes (des lanières de cuir contondantes) pour aggraver encore la portée des coups. Un ensemble de règles, que nous connaissons de manière parcellaire, codifie ces combats au cours desquels l’adversaire doit être mis hors d’état de nuire. Il est par exemple interdit de se saisir de son adversaire pour l'affronter au corps à corps, car cela rapprocherait trop le pugilat de la lutte.

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Dans la Grèce antique, certains interdits sont communs à tous les arts martiaux, et doivent donc être respectés par les pugilistes, comme l’interdiction de mordre ou d’énucléer son adversaire. Il est également interdit de continuer à frapper son rival s’il a manifesté sa volonté d’abandonner. Contrairement à ce qui se pratique aujourd’hui dans les compétitions de boxe, le K.O. n’est pas valorisé ni recherché par les pugilistes, qui signalent d’eux-mêmes le moment où ils décident d’abandonner le combat, en levant un ou deux doigts vers le ciel. L’abandon ou l’inanition marquent ainsi la fin de l'affrontement et la victoire de l’un des adversaires.

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Une hygiène de vie stricte...

Pour se présenter à une compétition et espérer la gagner, les pugilistes, qui commencent parfois leur formation dès l'enfance, se soumettent à un entraînement physique extrêmement exigeant, au cours duquel ils apprennent toutes les subtilités des techniques et des tactiques de combat. Ils ont une hygiène de vie très stricte, qui réglemente aussi bien leur sommeil, leur alimentation essentiellement composée de pain et de viande, que leur vie sexuelle : l’abstinence sexuelle la plus rigoureuse est recommandée aux combattants ! Jean-Manuel Roubineau, maître de conférences en histoire grecque à l’université Rennes II, décrit l'hygiène de vie à laquelle se conforment les pugilistes : "Dans l'Antiquité, la díaita est un mode de vie complet qui combine quatre éléments : l'entraînement quotidien, la quantité de sommeil, la vie sexuelle, et l'alimentation. Lorsque l'on est boxeur, il faut se soumettre à un principe d'abstinence sexuelle pour des raisons qui sont liées à la conception que les Grecs avaient du corps. C'est une conception issue – ou en tout cas formalisée – par la médecine hippocratique. Il y a cette idée que le sperme est une forme de sang cuit, ainsi avoir une vie sexuelle signifie perdre du sang, et donc perdre de la vigueur. On recommande aux athlètes, pour être forts, vigoureux et même féroces, d'être abstinents durant les phases de préparation."

Les pugilistes les plus talentueux et les plus couronnés d’honneurs sont extrêmement célèbres au sein de leur cité et même au sein du monde grec, car certaines compétitions, comme les Jeux olympiques, ont une ampleur internationale. Leur notoriété est telle qu’ils peuvent être héroïsés et faire l’objet d’un véritable culte. Les boxeurs peuvent gagner beaucoup d'argent grâce à cette pratique sportive à laquelle ils dédient leur vie, au moins jusqu’à leur retraite, et parfois au-delà quand ils deviennent entraîneurs ou arbitres. Le pugilat s’approche donc de ce que nous considérerions aujourd’hui comme une activité professionnelle à plein temps. Jean-Paul Thuillier, historien de l’Antiquité et étruscologue, évoque la figure d'un pugiliste connu au Ier siècle, Mélancomas de Carie : "Il avait la spécificité de se protéger la tête avec ses poings de façon tellement extraordinaire que personne n'arrivait à le toucher – cela démontre que les coups étaient principalement donnés à la tête – et il gagnait en épuisant ses adversaires qui tournaient autour de lui, mais qui n'arrivaient jamais à obtenir le moindre résultat. On s'est beaucoup interrogé sur la personnalité de ce boxeur. Était-ce une vedette ? Était-ce un personnage mythologique ? On a souvent dit qu'il pouvait être un personnage mythologique..."

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Pour en parler

Jean-Manuel Roubineau est maître de conférences en histoire grecque à l’université Rennes II. 
Il a notamment publié :

Jean-Paul Thuillier est professeur émérite de l’École normale supérieure, historien de l’Antiquité et étruscologue. 
Il a notamment publié :

  • Le Sport dans l'Antiquité : Égypte, Grèce et Rome (coécrit avec Wolfgang Decker, Antiqua Picard, 2004)
  • Le Sport dans la Rome antique (Errance, 1996)
  • Les Jeux athlétiques dans la civilisation étrusque (Gallimard-Découvertes, 1992)

Références sonores

  • Extrait du film Astérix aux Jeux olympiques de Thomas Langmann et Frédéric Forestier, 2008
  • Archive de la foire du trône dans les Actualités du midi, ORTF, 1959
  • Lecture par Olivier Martinaud du Chant V de L’Énéide de Virgile
  • Chanson Quatre boules de cuir de Claude Nougaro, 1968
  • Archive du Palais des Sports, Marcel Cerdan met K.O. l'Anglais Tommy Davies, Les Actualités françaises, 1945

Générique de l'émission : Origami de Rone

Le Pourquoi du comment : histoire

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