Une rescapée du génocide près du cercueil d'un proche, le 11 juillet 2024 à Srebrenica. ©AFP - Elvis Barukcic
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Trente ans après le génocide, une commémoration historique est attendue à Srebrenica, en Bosnie. En juillet 1995, plus de 8 000 hommes et garçons musulmans ont été tués en quelques jours par les forces des Serbes de Bosnie. Pendant que l'Europe oublie, les rescapés racontent.

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Le 11 juillet prochain, environ 150 000 personnes sont attendues à Srebrenica, en Bosnie, pour une commémoration sans précédent. Il y a trente ans , la ville martyre bosnienne tombait sous le contrôle  des forces du général Ratko Mladic, le chef militaire des Serbes de Bosnie. S'en est ensuivie la pire tuerie de masse commise sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale, qui a coûté la vie à plus de 8 000 hommes et garçons Bosniens musulmans.

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Malgré le statut de "zone de sécurité" attribué à Srebrenica par l’ONU en 1993, suite à un rapport alarmant du secrétariat général évoquant un "génocide au ralenti", les casques bleus néerlandais présents sur place sont restés impuissants face à la séparation forcée des hommes et des femmes.

"Tous les habitants qui ont pu quitter Srebrenica dès le début de la guerre l’ont fait", se souvient Florence Hartmann, ancienne journaliste et ancienne porte-parole du bureau du procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. Celle qui a couvert  la guerre en Bosnie-Herzégovine pour Le Monde, rappelle que de nombreux rescapés de la campagne d’épuration ethnique, qui a touché l'est du pays au printemps 1992,  s’étaient réfugiés dans cette enclave.

En quelques semaines, les forces de Ratko Mladić ont pris le contrôle de 70 % du territoire bosnien. Condamné en 2017 pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, l'ancien général purge aujourd’hui une peine de prison à perpétuité.

Entre 1992 et 1995, la guerre qui a ravagé ce petit pays des Balkans, peuplé à l'époque d’un peu plus de 4 millions d’habitants, a fait plus de 100 000 morts et provoqué le déplacement de deux millions de personnes.

Depuis les accords de paix de Dayton, qui ont mis fin au conflit en décembre 1995, la Bosnie reste divisée sur des bases ethniques, avec deux entités distinctes : la République serbe de Bosnie et la fédération croato-bosniaque. Le pays est composé de trois peuples constitutifs : les Bosniaques musulmans (majoritaires), les Serbes orthodoxes et les Croates catholiques.

Trente ans après le génocide, l’entité serbe de Bosnie, où se situe Srebrenica, refuse toujours de reconnaître ce génocide. La Serbie voisine partage cette position.

Alors que le souvenir de la guerre de Bosnie s’efface peu à peu ailleurs en Europe, les rescapés continuent de témoigner.

Ramiza, 77 ans, une rescapée du génocide de Srebrenica dans le jardin de sa maison, à côté de Sarajevo, le 10 juin 2025.
Ramiza, 77 ans, une rescapée du génocide de Srebrenica dans le jardin de sa maison, à côté de Sarajevo, le 10 juin 2025.
© Radio France - Mersiha Nezic

Parmi eux, Ramiza Gurdic, 73 ans, aujourd’hui installée en banlieue de Sarajevo, a perdu deux fils et son mari lors du génocide. Marié à un ouvrier des mines, elle était femme au foyer quand la guerre a éclaté. Ramiza se souvient avec douleur de la cruauté du siège, des bombes, de la faim. Le 12 avril 1993, 62 enfants ont été tués et 152 autres blessés lors d'un bombardement sur les terrains de sports d'une école.

Ramiza reste surtout hantée par les scènes effroyables qui ont suivi la chute de Srebrenica :

Ramiza : "Des avions nous jetaient des colis humanitaires, mais c'était de la nourriture périmée. Parfois, depuis des années"

3 min

Ramiza a dû inhumer le corps incomplet de l’un de ses fils, comme tant d’autres familles. En effet, les corps sont souvent déplacés d’une fosse commune à une autre, dans une tentative délibérée de dissimuler l’ampleur du massacre.

Trente ans après la fin de la guerre, la Bosnie continue de déterrer les corps des victimes, tandis que le pays peine à panser ses blessures.   Ce reportage commence au mémorial de Potocari.

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