Les premiers fûts de bière arrivent dans un café parisien le 7 mai. Le calendrier de déconfinement donne une "visibilité" réclamée par les entreprises. Il faut par exemple trois semaines pour produire une commande de ces fûts avant livraison.
Les premiers fûts de bière arrivent dans un café parisien le 7 mai. Le calendrier de déconfinement donne une "visibilité" réclamée par les entreprises. Il faut par exemple trois semaines pour produire une commande de ces fûts avant livraison.
Les premiers fûts de bière arrivent dans un café parisien le 7 mai. Le calendrier de déconfinement donne une "visibilité" réclamée par les entreprises. Il faut par exemple trois semaines pour produire une commande de ces fûts avant livraison. ©AFP - Bertrand Guay
Les premiers fûts de bière arrivent dans un café parisien le 7 mai. Le calendrier de déconfinement donne une "visibilité" réclamée par les entreprises. Il faut par exemple trois semaines pour produire une commande de ces fûts avant livraison. ©AFP - Bertrand Guay
Les premiers fûts de bière arrivent dans un café parisien le 7 mai. Le calendrier de déconfinement donne une "visibilité" réclamée par les entreprises. Il faut par exemple trois semaines pour produire une commande de ces fûts avant livraison. ©AFP - Bertrand Guay
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Résumé

Le gouvernement a confirmé hier la réouverture des commerces, cafés, restaurants et lieux culturels à partir de la semaine prochaine. L’activité redémarre : mais dans un paysage nouveau pour les entreprises après la pandémie ?

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Du côté du gouvernement, l’heure est à l’optimisme : outre Jean Castex aujourd'hui dans Le Parisien, le Ministre de l'économie Bruno Le Maire hier sur France Info comptait toujours sur un niveau de croissance égal à celui d’avant la crise au second semestre et se félicitait des 5000 nouveaux emplois industriels créés. Ce sont même 30 000 recrutements de plus au premier trimestre qu’à la même période en 2019 confirme l’Insee, et l’activité manufacturière atteint un sommet depuis 1997 souligne Jade Grandin de l’Epervier dans l’Opinion, remarquant que pour la première fois depuis le début de la crise l’Institut titre sur le mot « reprise ».

Le calendrier du déconfinement (du 19 mai au 30 juin) satisfait aussi le patronat qui réclamait depuis des mois une « visibilité » pour  prévoir chiffre d’affaire, commandes et embauches ; le président de la CPME François Asselin s’impatientant en avril devant les « atermoiements » du gouvernement. 

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Toutes les entreprises ne sortiront pas indemnes de la crise  

La reprise est variable selon les secteurs dit la Banque de France hier : entre le bâtiment qui tourne à plein régime depuis le début, l’hôtellerie et restauration qui doivent retrouver 100 000 employés partis en reconversion, les services aux entreprises et l’industrie qui reprennent mieux et l’automobile qui a fermé des usines.

La fin des restrictions sonne aussi le retrait des aides massives mises en place en 2020 : Plus de 206 milliards d'eurois pour 17 mesures, dont le chômage partiel et les PGE, le Prêts Garantis par l'Etat. Là encore, le gouvernement veut rassurer : il vient d’étendre le Fonds de Solidarité et parle d’un dispositif « d’accompagnement » jusqu’à fin août plutôt qu’un débranchement de la perfusion. 

Cependant les faillites maintenues sous cloche l’année dernière vont reprendre : entre le scénario noir d’Euler Hermès qui en prévoit 45 000 en 2021, 62 000 en 2022 et la BCE qui parle de « risque systémique », le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau envisage un simple retour au « rythme naturel » plutôt qu’une hécatombe. La diminution qui se poursuit en mars peut donner une impression de calme avant la tempête : « Alerte aux faillites », titre le Monde. 

Un environnement économique profondément modifié ? 

« Croissance, pénurie et inflation » : c’est l’étrange territoire post-pandémie qui se dessine, écrivent dans The Conversation les professeurs à l’ESSEC Radu Vranceanu et Philippe-Pierre Dornier. Car si l’objectif du gouvernement était de créer un « choc d’offre » : empêcher l’activité de plonger en attendant la demande, les investissements se font « sans poser la question si le secteur productif pourra suivre et si oui, à quelle vitesse », écrivent les spécialistes de la stratégie du management.

Les entreprises ont en effet perdu en productivité, parfois en capacité de production, et sont confrontées à une « recomposition des flux mondiaux » qui entraîne toute sorte de pénuries et de surcoûts : des semi-conducteurs aux matières premières les plus utilisées, bois ou acier, une hausse de 50 % en 6 mois pour le prix de ce dernier, pénalisant l’informatique, l’automobile ou le bâtiment dont les marges fondent.

Plus d’1/4 des entreprises ont déclaré des problèmes d’approvisionnement signale la Banque de France et, même si elle évoque « plutôt un problème de redémarrage qu'un problème structurel », pour les deux professeurs, la perspective des entreprises s’est radicalement renversée : « Le frein n’est plus la demande mais la pénurie ». 

Au-delà du déconfinement, les aides d’Etat préoccupent entreprises et économistes ?

Ces aides servent d’amortisseur aux entreprises mais sont aussi critiquées pour avoir gonflé leur dette – le président du Comité d’évaluation des aides Benoît Coeuré s’en inquiétait fin mars – et parce qu’elles ont été versées de façon indiscriminée : « une erreur » dit le professeur de comptabilité et de finance à l’Université de Lille Eric Séverin dans La Tribune en avril, qui néglige les signes de mauvaise santé financière des entreprises, et finalement « un remède pire que le mal », producteur de « zombies ».

Et puis où est passé l’investissement ?, renchérit dans Le Monde la chercheuse au CNRS Nadine Levratto : pour les TPE et entreprises patrimoniales, les aides ont bien servi à la trésorerie mais les entreprises du CAC 40 ont distribué des dividendes plus importants en 2020 et le feront en 2021, d’autant moins d’argent pr la transition écologique et numérique et les embauches. La chercheuse met en garde les entreprises contre une reprise « à l’identique » qui «  risque de leur faire prendre du retard sur le plan de l’innovation » et donc la compétitivité. 

Conseils d'experts pour l’après-pandémie 

Chacun prêche un peu pour sa paroisse : les entreprises doivent réviser leur stratégie, disent les Pr de l’ESSEC dans Le Monde ; achetez des logiciels de finance, recommande un acteur du secteur Nicolas Ferrari dans Les Echos,  enthousiaste : « la transformation financière sera la grande odyssée de ces prochaines années » ! 

Dans Le Monde, trois experts en finance et stratégie (cabinet Accuracy) préconisent de faire intervenir les cabinets de conseil et experts comptables dans la gestion des remboursements des PGE, appelant l’Etat à être « exigeant avec celles qui peuvent rembourser [les 2/3] et arrangeant avec les autres ».      

Peut-être faudra-t-il alors « poser la question de la performance de notre système actuel de gestion des entreprises en difficulté », affirme un autre conseiller en investissement Sébastien Laye : sortir la procédure de reprise d’une sorte d’hégémonie judiciaire juge-administrateur et donner plus de pouvoir aux créanciers. Un rapport en ce sens a été remis au gouvernement il y a moins d’un mois.

XM

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Xavier Martinet
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