En période de crise, chacun cherche sa refondation du capitalisme. A côté de la "Grande Réinitialisation" du fondateur du Forum de Davos Klaus Schwab, le président Macron proposait de remplacer le Consensus de Washington par un "Consensus de Paris" .
En période de crise, chacun cherche sa refondation du capitalisme. A côté de la "Grande Réinitialisation" du fondateur du Forum de Davos Klaus Schwab, le président Macron proposait de remplacer le Consensus de Washington par un "Consensus de Paris" . ©AFP - François Mori
En période de crise, chacun cherche sa refondation du capitalisme. A côté de la "Grande Réinitialisation" du fondateur du Forum de Davos Klaus Schwab, le président Macron proposait de remplacer le Consensus de Washington par un "Consensus de Paris" . ©AFP - François Mori
En période de crise, chacun cherche sa refondation du capitalisme. A côté de la "Grande Réinitialisation" du fondateur du Forum de Davos Klaus Schwab, le président Macron proposait de remplacer le Consensus de Washington par un "Consensus de Paris" . ©AFP - François Mori
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Dernier jour demain du forum de Davos, la réunion annuelle des dirigeants politiques et de grandes entreprises. Face aux appels à la justice sociale, le capitalisme se cherche un nouveau contrat social : c’est le débat sur la « Grande Réinitialisation ».

Grande Réinitialisation, « Great Reset » - comme lorsque vous redémarrez l’ordinateur – et qu’on pourrait aussi traduire par « nouveau départ » : c’est le titre du dernier livre du fondateur du Forum de Davos, l’économiste allemand Klaus Schwab. « Accomplissement du capitalisme », ou appel à sa révolution, ce livre qui accompagne l’Agenda 2021 du Forum Economique Mondial est une manière de vendre la préoccupation croissante pour les inégalités - ce qu’Emmanuel Macron appelait hier la « face sombre du capitalisme », un peu comme pour le réchauffement climatique il y a 10 ans. 

Si 2020 a révélé les « failles » du système dit Klaus Schwab, la suite doit conduire à la correction du bug, la quête d’un nouveau contrat social. Aux grands maux, les grands mots : c’est un « nouveau Bretton Woods » qu’il faut, lançait en octobre la directrice du FMI Kristalina Georgieva, « repenser le capitalisme » dit le président Macron, remplacer le Consensus de Washington par un nouveau « Consensus de Paris ».  

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La « Grande Réinitialisation » : un projet ambigu ?

Est-ce « le monde d’avant en pire », titre dans Causeur l’expert financier et chroniqueur Sami Biasoni, ou au contraire un texte « inspiré des théoriciens de la décroissance » affirme Marc Endeweld dans la Tribune ? C’est toute l’ambiguïté de ce livre qui veut en finir avec « la normalité d’avant la crise », appelle à lutter contre la « tyrannie de la croissance du PIB », annonce « une période de redistribution massive des richesses », et en même temps préconise la concentration des entreprises et un « renforcement de l’Etat », détaille dans France Soir l’économiste Philippe Herlin pour qui le projet est « une menace pour nos libertés ».  

Rien de très dictatorial en apparence : plus de coopération, plus de justice, investir pour « construire mieux », villes intelligentes, infrastructures vertes, et une « quatrième révolution industrielle », robotique et informatique ; mais le doute subsiste quant aux intentions du projet qui se donne les apparences de la nécessité : « opportunité de refonder le capitalisme », « vaste opération de marketing vert », demande TV5 Monde ou « future gouvernance mondiale liberticide » ?  

Une nouvelle gouvernance sociale et mondiale ?  

Avec ses chapitres « Geopolitical Reset » et « Social Reset », l’ouvrage déclenche des passions réellement fanatiques, des complotistes légers jusqu'au aux extrêmes politiques : comme le relate Matthieu Aron dans L’Obs, c’est un élément-clef du film Hold Up, qui affirme qu’il s’agit de tracer les personnes à partir de puces 5G insérées via les vaccins ; et il fait partie de la galerie des délires du site Qanon depuis qu’un archevêque américain a dénoncé « une conspiration mondiale contre Dieu et l’humanité », avec vaccination obligatoire, passeport sanitaire, identité numérique et « camps de détention ».

Klaus Schwab et son co-auteur l’économiste Thierry Malleret (ancien du cabinet de Michel Rocard) ont beau clamer que « nous sonnons la fin prochaine de l’ère néolibérale », le jeu des citations isolées donne facilement un programme sadique de souffrances humaines : le livre prévoit la disparition d’une très grande majorité des emplois ds plusieurs secteurs d’ici 2035, la « nécessité d’un réseau de surveillance mondial », affirme que « plus la croissance démographique est élevée, plus nous perturbons l’environnement »… Même le style assez neutre est louche, dit Philippe Herlin : il trahit son écriture véritable par « des cabinets de conseil américains du genre McKinsey ou Boston Consulting Group ».  

Qui croit vraiment au portrait du capitalisme en jeune homme ?

Le verdissement intensif à grands coups d’éoliennes, de décarbonation de la finance ou l’impôt sur la fortune mondiale... : le recueil de bonnes intentions ne séduit pas. Pour l’économiste Dany Lang sur TV5 Monde : « on ne va pas changer le capitalisme financiarisé actuel par la bonne volonté des grandes entreprises » ; plus encore, pour le professeur à l’Univ de Lausanne Jean-Christophe Graz, la démarche de Klaus Schwab « fait partie du fonctionnement même » de Davos depuis 30 ans : c’est le « visage public » du Forum qui affiche une démarche progressiste et multilatérale, «discours qui permet d'avoir un agenda réformiste assez ambitieux, mais sans remettre en question l’ordre économique ».  

D’ailleurs l’idée n’est pas vraiment neuve, explique Sam Biasoni pour achever de la discréditer dans Causeur, c'est une reprise technocratique de La Grande Transformation du polonais Karl Polanyi en 1944,  où l'idée de Great Reset est plus l’argument d’un groupe de pression qu'un concept, rappelle-t-il, le terme de réinitialisation lui-même « évoque plutôt la maintenance d’un système défaillant » : la technocratie plutôt qu’une révolution sociale. Prudente d’ailleurs, Angela Merkel elle-même s’inquiétait du « slogan » du great reset » et demandait : « en avons-nous besoin ? » 

Qui veut d’un nouveau contrat social ?  

L’économiste et anthropologue Paul Jorion estime « ridicules » les critiques contre une gouvernance mondiale, et salue le résurrection du projet de « participation », celle de faire des travailleurs des sociétaires et pas seulement des salariés, un temps porté par le Général de Gaulle.  

Emmanuel Macron lui-même, qui plaidait 2018 à Davos pour un "nouveau contrat social" mondial et promeut les dispositifs de RSE, s’inscrit dans ce mouvement. La responsabilité sociale des entreprises sera d'ailleurs le sujet du prochain livre de Klaus Schwab qui paraît demain : Un capitalisme de stakeholders, c'est-à-dire de "participants", à côté des d’actionnaires "shareholders". Jean-Jacques Rousseau l'écrivait d'ailleurs dans son Contrat Social : « le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir ».

XM

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Xavier Martinet
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