18/02/1967. Sacs comportant 200kg de drogue saisis à Marseille à bord d'un cargo turc, le "Karadeniz" par la PJ et par les agents du Board of Narcotics (The International Narcotics Control Board).
18/02/1967. Sacs comportant 200kg de drogue saisis à Marseille à bord d'un cargo turc, le "Karadeniz" par la PJ et par les agents du Board of Narcotics (The International Narcotics Control Board).
18/02/1967. Sacs comportant 200kg de drogue saisis à Marseille à bord d'un cargo turc, le "Karadeniz" par la PJ et par les agents du Board of Narcotics (The International Narcotics Control Board). ©AFP
18/02/1967. Sacs comportant 200kg de drogue saisis à Marseille à bord d'un cargo turc, le "Karadeniz" par la PJ et par les agents du Board of Narcotics (The International Narcotics Control Board). ©AFP
18/02/1967. Sacs comportant 200kg de drogue saisis à Marseille à bord d'un cargo turc, le "Karadeniz" par la PJ et par les agents du Board of Narcotics (The International Narcotics Control Board). ©AFP
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Résumé

Bilan après cinquante années d'application de la loi de 1970 sur la prohibition des drogues en France. Une loi mise en place après l’overdose d’une jeune fille à Bandol en 1969. Les résultats sont-il à la hauteur des espérances ?

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Après cinquante années d’application de la loi de 1970 sur la prohibition des drogues en France, les expérimentations du cannabis thérapeutique commencent. Alors que 82% des Français ont approuvé la perspective d'un débat sur les politiques des drogues dans un sondage organisé par le CSA, la stratégie répressive adoptée par l’État perd la manche après avoir perdu de nombreuses batailles. C’est ce que nous explique Alexandre Marchant auteur d’une recherche sur les « contradictions de la prohibition » depuis l’établissement de la législation qui s’applique encore aujourd’hui. 

Jusqu’aux années 1960, la drogue n’est pas considérée comme un problème social ou sanitaire en France. Le diable vient des États-Unis d’où les beatniks et leur consommation de LSD séduisent une jeunesse hexagonale contaminée par une mode périlleuse. Ajoutée à cela le tremblement de terre de Mai 68, et le sujet devient politique. Les jeunes attaques à coups de pieds et de pavés l’ordre social d’antan sous l’influence d’une substance étrangère, un cocktail subversif dont il est temps de contrôlé la circulation. L’émotion publique joue également sa partie après la très médiatisée affaire de Bandol lorsqu’une jeune fille de 17 ans est retrouvée morte dans les toilettes du casino, victime d’une overdose d’héroïne. L’overdose s’inscrit désormais dans la liste des fléaux sociaux des temps qui courent, tandis que les États-Unis déclarent une guerre ouverte à la French Connection de Marseille, plateforme du trafic international qui déploie ses tentacules jusqu’aux continent américain.  

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La loi de 1970 s’élabore dans un contexte inédit de panique. Les usagers sont considérés à la fois comme malades et comme délinquants, un paradoxe qui conduit les législateurs à établir un corpus législatif impossible à appliquer. Le trafiquant est un criminel et le consommateur une victime mais que faire de l’usager revendeur ? La loi se prend les pieds dans ses bonnes intentions et commence une longue errance sans pour autant se voir modifiée, entre prévention et répression. Alexandre Marchant rappelle dans une interview donnée au quotidien Libération que pour mettre en place les salles de consommation libres pour contrôler les risques de la pratique, les salles de shoot, en 2013, « il a fallu trouver un subterfuge juridique pour rendre le dispositif légal ». Une loi simpliste qui avait pourtant démontrer ses limites dès sa publication en 1970.  

Criminalisée, la vente de drogue remontait la hiérarchie des infractions et le dealer côtoyait désormais le perceur de coffre dans la gravité de leur faute aux yeux de la loi. L’arsenal répressif s’accompagne aussi de mesures en faveur des consommateurs qui acceptent de recevoir un traitement médical devant le juge. La législation punit et soigne, un partenariat légal original à l’époque, avec la volonté d’embrasser le problème de manière équilibrée. Pourtant la consommation est multipliée par dix en dix ans : alors que l’on dénombre 2000 cas d’infractions à la législation sur les stupéfiants en 1970, on en compte près de 20 000 au début des années 1980. L’échec d’une politique de prohibition qui n’a pas échappé aux Françaises et aux Français qui se sont prononcé pour une réévaluation des politiques sur l’usage des drogues.  

Liens :

  • Charles Delouche-Bertolasi,  Cinquantième anniversaire de la loi de 1970 : «La guerre contre la drogue est un échec», Libération, 25/01/2021. 
  • Emmanuelle Retaillaud, Drogues et adolescence : le tournant de l’Affaire de Bandol en 1969, Retronews, 16/06/2020. 
  • Marchant, Alexandre. « La lutte contre la drogue en France ou les contradictions de la prohibition (1970-1996) », Mouvements, vol. 86, no. 2, 2016, pp. 34-43.
  • Loi de 70 : Les français demandent l’ouverture d’un débat – Communiqué de presse de la Fédération Addiction, 21/01/2021. 
Références

L'équipe

Anaïs Kien
Production