Comparaison du crâne de Cartouche, Louis Dominique (1693-1721). Brigand avec un crâne ordinaire. Estampe du XVIIIe siècle. Bibliothèque municipale de Bordeaux
Comparaison du crâne de Cartouche, Louis Dominique (1693-1721). Brigand avec un crâne ordinaire. Estampe du XVIIIe siècle. Bibliothèque municipale de Bordeaux
Comparaison du crâne de Cartouche, Louis Dominique (1693-1721). Brigand avec un crâne ordinaire. Estampe du XVIIIe siècle. Bibliothèque municipale de Bordeaux
Comparaison du crâne de Cartouche, Louis Dominique (1693-1721). Brigand avec un crâne ordinaire. Estampe du XVIIIe siècle. Bibliothèque municipale de Bordeaux
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Cartouche, chef d'un bande de brigands ayant sévi au début du 18e siècle est vite devenu un personnage de légende. Un héroïsation qui traverse les siècle. Pour preuve, l'histoire de son crâne, qui parvient jusqu'à nous telle une relique laïque et sulfureuse.

D’où nous vient notre affection coupable pour les brigands ? Pas pour tous bien sûr, mais certains bénéficient d’un capital sympathie extraordinaire, bien réel malgré la liste de leurs méfaits, parfois très longue. Dans le prochain numéro de la revue Terrain, à paraitre le 4 mars, l’historien Marc Renneville s’est penché sur la mémoire du très célèbre Cartouche, en mesurant son succès grâce à la postérité de son crâne. 

Cartouche est déjà un héros de son vivant et sa popularité produit de nombreuses traces plus ou moins fantasmées de ses exploits mais ce sont les développements de la science au XIXe siècle qui assurent sa prolongation jusqu’à l’apothéose : son incarnation au cinéma par Belmondo en 1962.  

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Cartouche s’inscrit dans la légende. Condamné en 1721 avec ses complices, il meurt par le supplice de la roue en place de Grève. On conserve de lui quelques reliques : un masque mortuaire, mais surtout un crâne. Enfin peut-être son crâne, l’identité de son propriétaire originel est un peu discutée. Le valet du bourreau l’exhibe pendant quelques jours après sa mort, contre rétributions sonnantes et trébuchantes, avant de vendre sa dépouille à la découpe, des morceaux qui vont amplifier la circulation de ce corps mythique. Le temps passe et soudain au milieu du XIXe siècle un crâne identifié comme le sien refait surface. Or au XIXe siècle on aime les crânes et d’ailleurs on développe des méthodes et des théories, phrénologie, cranioscopie, pour révéler le caractère humain à travers une savante mais très controversée cartographie de l’intérieur et de la forme des têtes. On y trouve sans surprise les indices du parfait brigand : un fort penchant pour le vol, des talents certains pour la ruse, du courage, un esprit d’indépendance prononcé et de forts penchants pour le meurtre. Le crâne passe de main en main pour de nouvelles explorations de ses mystères. On souligne que loin des préjugés sur la délinquance dégénérée, l’intelligence de Cartouche est incontestable ainsi que sa capacité à s’adapter et à apprendre. On l’exhibe, on l’expose à la bibliothèque Sainte Geneviève, le crâne de Cartouche devient un objet d’études et de débat familier d’autant qu’il est exposé à côté du crâne de Marat, la comparaison entre une tête de criminel et une tête de révolutionnaire excite les passions. Après une attention particulière portée aux têtes de morts, l’Europe se passionne pour tous les restes humains et les récits édifiants que l’on peut en tirer sur l’histoire de l’humanité, amplifiés par l’invention de la criminologie qui aimerait repérer les signes biologiques de la violence. Objet de curiosité par excellence, le crâne est déplacé d’institut en vitrines et éveillent toujours l’intérêt des spectateurs. Et peu importe les doutes sur son authenticité, qui semblent dire que ce crâne vénéré appartenait plutôt à  un chevalier normand, décapité sur ordre du roi pendant la guerre de Cent ans. Ce « crâne de Cartouche », désormais entre guillemets, est maintenant conservé dans les réserves du Musée de l’Homme. Il nous raconte la légende active du célèbre bandit entretenue par le développement des sciences et de leurs capacités à produire des images à succès lorsqu’elles se cherchaient.