Mehmed Said Efendi et sa suite, 1740. Schroeder, Georg Engelhard (1684-1750). Musée Pera, Istanbul.
Mehmed Said Efendi et sa suite, 1740. Schroeder, Georg Engelhard (1684-1750). Musée Pera, Istanbul.
Mehmed Said Efendi et sa suite, 1740. Schroeder, Georg Engelhard (1684-1750). Musée Pera, Istanbul.  ©Getty
Mehmed Said Efendi et sa suite, 1740. Schroeder, Georg Engelhard (1684-1750). Musée Pera, Istanbul. ©Getty
Mehmed Said Efendi et sa suite, 1740. Schroeder, Georg Engelhard (1684-1750). Musée Pera, Istanbul. ©Getty
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Résumé

Aujourd'hui, le pouvoir en Turquie met en avant son histoire ottomane. Une dynastie à laquelle on cherche à inscrire sa généalogie familiale, un symbole de prestige et fierté.

En savoir plus

Les grands anciens envahissent la Turquie ! C’est une rencontre que l’historien, Olivier Bouquet nous raconte dans un article du dernier numéro de la Revue d’histoire moderne et contemporaine. Après un premier article publié il y a huit ans sur l’histoire des noms de familles en Turquie, l’historien est interpellé par un homme, Kadir Gunay, qui tente de sortir le lignage prestigieux de sa femme et donc de sa belle-famille des doutes qui l’entourent. Au cœur de cette enquête : Mehmed Fouad Köprülü, né en 1890 et mort en 1966, un historien turc de renom dont on conteste les lettres de noblesse. Un de ses ancêtres aurait abusivement utilisé ce patronyme pour se relier à Mehmed Köprülü̈ Pacha, fondateur d’une lignée ottomane. Pourquoi cette affaire est-elle si importante ? Car prouver ses liens de sang avec les grandes familles de l’empire ottoman c’est-à-dire l’empire turc fondé au XIIIe siècle et disparu après la Première guerre mondiale, est devenu un enjeu majeur en Turquie aujourd’hui. La mise en cause des origines fabuleusement ottomanes de la femme de Gunay risque de lui faire perdre en prestige. 

À réécouter : Introduction

Depuis l’arrivée du Parti de la justice et du développement en 2002, le parti islamique du président actuel Recep Tayyip Erdoğan, les références à l’histoire politique de la Turquie sont bouleversées. Alors que pendant soixante-dix ans, les fondateurs de la démocratie turque, Mustafa Kemal Atatürk et ses compagnons, étaient à l’honneur, aujourd’hui, c’est son passé impérial avec une politique étrangère tournée vers les anciens territoires ottomans qui transforme la culture politique « et les représentations des citoyens turcs vis-à-vis de leur passé ». Autrement dit, pour retrouver de l’envergure internationale, on se tourne vers les périodes historiques plus anciennes où l’influence turque s’étendait bien au-delà des frontières de la nation actuelle. Le gouvernement sature l’espace médiatique de références au passé impérial islamique soutenu par les manuels scolaires, les publications de biographies, les magazines d’histoire, sans oublier les fictions qui fleurissent comme la série L’Essor de l’Empire ottoman, diffusée sur Netflix qui relate à grands moyens la conquête de la Byzance chrétienne en 1453 par le sultan Mehmet II, qui en fera Constantinople, le cœur de l’empire ottoman.  

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L’histoire de l’empire ottoman prend sa revanche et les familles ottomanes avec elle. Dans la presse turque, on analyse les orientations de la politique néo-ottomane d’Ankara au prisme des généalogies impériales. Et avec cette nouvelle passion généalogique, arrivent les affaires d’usurpation. Cette « ré-ottomanisation » des grandes familles entraine, entre Olivier Bouquet et Kadir Gunay, une discussion qui suit les méandres tortueux des arbres généalogiques. On s’entortille un peu dans les branches, le père de la mère du cousin du frère de la tante, mais l’intérêt de cette rencontre est ailleurs : l’historien ne prend pas partie dans ces discussions mais ces échanges lui permettent d’éclairer les enjeux du processus de cette culture d’ennoblissement en Turquie, de nouvelles « mises en forme de soi » qui dessinent l’imaginaires symboliques et politiques des élites. Des élites qui modifient la source de leur légitimité pour conserver leur influence dans la Turquie d’aujourd’hui.

Références

L'équipe

Anaïs Kien
Production