L'historien Jan Grabowski à l'Université d'Ottawa, 06/2018. Photo : Adrian Grycuk. (Wikimédia).
L'historien Jan Grabowski à l'Université d'Ottawa, 06/2018. Photo : Adrian Grycuk. (Wikimédia).
L'historien Jan Grabowski à l'Université d'Ottawa, 06/2018. Photo : Adrian Grycuk. (Wikimédia).
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Résumé

La Pologne voudrait interdire toute évocation de sa responsabilité dans les crimes commis par le Troisième Reich. Un déni d'État qui mène des historiens devant la justice.

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C’est un procès en diffamation qui se déroule cette semaine en Pologne. Filomena Leszczynska proteste contre la mention dans un livre d’histoire de son ancêtre d'Edward Malinowski, maire de Malinowo, au nord-est du pays, pendant l’occupation allemande. Sur le banc des accusés, Barbara Engelking et Jan Grabowski auraient impliqué sans preuves son parent dans un massacre de Juifs dans l’ouvrage « Plus loin, c’est encore la nuit » qui aborde la question douloureuse des complicités polonaises dans l’entreprise d’extermination des Juifs d’Europe décidée par le gouvernement du Troisième Reich.

Derrière cette accusation, c’est aussi une politique d’État qui apparaît. Cette histoire polonaise est au centre de nombreux incidents internationaux avec une loi votée en 2018 qui voulait condamner toutes celles et ceux qui impliqueraient « la responsabilité ou la coresponsabilité de la nation ou de l’État polonais pour les crimes commis par le Troisième Reich allemand ».
Israël avait alors accusé la Pologne de vouloir "changer l'Histoire". À titre d’exemple le terme "camps de la mort polonais" devait être proscrit sous peine de trois ans d’emprisonnement. La vivacité de la réaction internationale avait eu raison des sanctions pénales prévues par le texte.
Les associations et les institutions consacrées à l’histoire et à la mémoire de la Shoah protestent contre ce procès en cours et une lettre mise en ligne sur le site du musée Polin de Varsovie dénonce la censure induite par les actions en justice de cette nature.

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Le gouvernement avait déjà soulevé de nombreuses protestations lorsqu’il avait voulu retirer l’ordre du mérite à l’historien Jan Gross après la publication de son ouvrage « Les voisins ».
Les autorités polonaises se défendent de vouloir porter atteinte à la liberté de la recherche scientifique mais affirment leur volonté de vigilance dans le traitement de l’histoire polonaise de la Deuxième Guerre mondiale. Une vigilance punitive très critiquée mais dont s’emparent maintenant les descendants des Polonais incriminés par les recherches les plus récentes.
Barbara Engelking, citée par l’Obs, prévient que « l’objectif de ce genre de procès est de remettre en cause la crédibilité et la compétence des personnes accusées, (...), et de provoquer un effet dissuasif, en l’occurrence décourager d’autres chercheurs à chercher à connaître et à écrire la vérité sur l’Holocauste en Pologne ». 

Loin d’un consensus serein pour faire avancer la recherche sur les implications de certains Polonais dans l’entreprise d’extermination nazie, l’affrontement se déroule en ce moment dans les tribunaux de justice.  

Liens : 

  • Pologne : un procès en diffamation autour de la recherche sur la Shoah suscite la controverse, L'Obs, 07/02/2021. 
  • Pologne : une loi pour punir ceux qui utiliseraient le terme de "camps de la mort polonais", TV5 Monde, 28/01/2021. 
Références

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Anaïs Kien
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