La plage, entre libertés et interdits

Venice Beach 1960
Venice Beach 1960 ©Getty - Found Image Holdings Inc
Venice Beach 1960 ©Getty - Found Image Holdings Inc
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Nous sommes en janvier, mais vous nous en bord de mer dans le Journal de l’Histoire ce matin. Quand on pense aux plages bondées de l’été, royaume de l’hédonisme, pense t-on à l’histoire ? Pourtant elle y existe sur le sable aussi bien que dans les montagnes les forêts et les villes.

Si les plages de Los Angeles font aujourd’hui figure de véritable melting pot, un baigneur blanc et un baigneur noir ne sont pas traités de la même manière par les autorités. Si les plages apparaissent comme le lieu de la liberté celle-ci nourrit les peurs liées à l’interdit des relations sexuelles interraciales, le mélange des corps dans l’espace singulier.

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Restituer à la plage son histoire sociale et politique

C’est le travail d’Elsa Devienne dans sa thèse sur les plages de Los Angeles des années 50 aux années 70. Dès les années 20 avec le développement des voitures et des transports publics la plage est dans la ville et devient l’emblème de la vie californienne et un élément constitutif de l’identité régional dont s’empare les habitants avec enthousiasme. La plage on l’on se dévoile ne fait pas pour autant l’impasse sur les hiérarchies sociales. Entre les années 20 et les années 70 elle fait l’objet de revendication d’un « droit à la plage » de la part des minorités noires et latino-américaines. Notamment en organisant des « swim-ins » pour protester contre la ségrégation des plages, en se rendant sur une plage ségrégée afin de s’y baigner et, de revendiquer leur droit d’accès à cet espace. Le droit au loisir n’est pas réglé par la fin légale de la ségrégation raciale dans les années 60 les résistances pernicieuses se mettent en place pour limiter l’accès ou le confort des minorités dans un espace de loisir  mais aussi dans un espace de spéculation lié à l’explosion du goût pour les joies du bord de mer. 

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La plage comme lieu de mémoire de l’esclavage

Quitter la plage, c’est un autre aspect de ce cadre idyllique mis en histoire. Guillaume Robillard, dans The Conversation propose un article sur la plage comme lieu de mémoire de l’esclavage dans le cinéma antillais. Pour achever le cliché du "sea sex and sun" des cartes postales caribéennes, Robillard décrit comment le sable du littoral se fait le décor privilégier de meurtre de deuil. La côte est le lieu privilégié de la mort dès le premier film produit et réalisé sur place, celui de Jean-Paul Césaire en 77 Dérives ou la femme-jardin, inspiré de la nouvelle Alléluia pour une femme jardin du poète haïtien René Depestre. 

Une morbidité que l’on retrouve dans Sucre amer de Christian Lara, sur le procès d’un affranchi qui a combattu la restauration de l’esclavage en Guadeloupe sur ordre de Napoléon.  

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La plage est le lieu de la mise à mort ou de l’annonce de la mort lieu, l’endroit où s’échouent les rébellions mais également celui où les esclaves « se cognent contre la mer », la côte représente l’impossible liberté , côte imprégnée de l’imaginaire marron (esclave en fuite), des individus en errance, c’est aussi  par là qu’arrive le conquérant européen, le point de départ du génocide amérindien  puis de la traite négrière. Le lieu de l’impossible liberté et aujourd’hui selon les mots de l’auteur : « c’est précisément là que les cinéastes proposent désormais de conquérir cette dernière ».

par Anaïs Kien 

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