La fin du cinéma, une question fertile ?
La fin du cinéma, une question fertile ? ©Getty
La fin du cinéma, une question fertile ? ©Getty
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Depuis le début de la pandémie, le cinéma traditionnel traverse une grave crise d'identité. Pourtant, loin d'enterrer le Septième Art, certains historiens imaginent qu'une transformation féconde et créative surgira de cet énième choc.

"Le cinéma n’est vivant qu’à condition de penser sa mort prochaine", c’est l’affirmation de Antoine de Baecque, professeur d'histoire du cinéma à l'ENS, dans la rubrique "Sorties" du magazine L’Histoire

Alors que la panique se fait chaque jour plus grande au sein de l’industrie, parmi les artistes qui le font et pour les cinéphiles épris des salles obscures. Après déjà quatre mois de fermeture, l’historien se veut pourtant rassurant : le cinéma se renouvelle au gré des crises qu’il traverse depuis son invention, déjà mort dix fois, il est pourtant toujours bien là malgré les portes closes.

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En 1897,  l’inventeur du cinéma Louis Lumière doutait de la pérennité de sa création dont le succès ne devait probablement durer qu’une ou deux saisons avant de disparaître comme toutes les modes vouées à l’obsolescence. 

Plus de cent vingt ans plus tard c’est plutôt la saturation de l’offre qui nous guette tels des enfants paralysés par une avalanche de cadeaux à Noël qui les  plonge dans l’angoisse du trop-plein. 

L’art cinématographique a muté et étendu son attraction à l’échelle planétaire. D’abord muet, accompagné d’orchestres et de bruiteurs dans les salles où l’on vivait autant que l’on regardait l’écran, le cinéma s’est cru perdu à chaque avancée technologique : la VHS, le DVD et le Blu-Ray allait condamner les salles mais avant eux c’est le parlant qui a mis en crise un art qui se pensait à son apogée à la fin des années 1920. 

Le cinéma parlait seul et se regardait seul agit par les magnétoscopes et les lecteurs qui permettait de se faire son propre cinéma chez soi. 

L’expérience collective de la séance de cinéma perd du terrain

Alors qu’on s’y retrouvait pour relâcher la pression du premier rendez-vous dans ce lieu si particulier où l’expérience intime et collective ont tout autant droit de cité, que l’on se rendait dans les salles pour profiter du chauffage et des actualités plus ou moins fiables au cours des deux guerres mondiales, le cinéma se regarde en ce moment sur canapé. 

Mais le recul du grand écran n’aura pas raison de la création cinématographique qui a franchi jusque-là les doutes que lui imposait l’histoire. 

Accusé de brutaliser les spectateurs en leur offrant toute la violence des combats au moment de la Première guerre mondiale, le cinéma a fait débat sur sa responsabilité. Une esthétisation du pire qui avait ses adeptes et ses détracteurs mais un débat qui n’a pas empêcher une révolution esthétique. 

Le cinéma sait être de son temps dans ses propositions, et ses usages. La propagande en a fait une arme redoutable pendant la Deuxième guerre mondiale, il a encore une fois survécu à son  déshonneur. Pour Antoine de Baecque, la mort du cinéma est une obsession depuis son apparition, ce n’est pas seulement "un discours à la mode ou un piège mélancolique dans lequel se précipitent les cinéphiles qui se sentent vieillir", c’est un moteur de sa propre  transformation. Une inquiétude lancinante et existentielle, porteuse de la vitalité du 7e art. 

Une nouvelle ère s’invente alors peut-être en ce moment même "avec la  fièvre de l’agonisant", alors que la guerre bat son plein à coups d’offres pléthoriques des dizaines de plateformes qui produisent des nouveautés à petits ou à grands frais tout en piochant dans les catalogues du patrimoine. De tout ça pourrait naître un nouvel âge du cinéma.  

Liens :

Antoine de Baecque, Les dix morts du cinéma, L'Histoire (avril 2021).