Affiches en faveur de l'émancipation politique des femmes suisses. (Photo par © Hulton-Deutsch Collection). 1971.
Affiches en faveur de l'émancipation politique des femmes suisses. (Photo par © Hulton-Deutsch Collection). 1971.
Affiches en faveur de l'émancipation politique des femmes suisses. (Photo par © Hulton-Deutsch Collection). 1971. ©Getty
Affiches en faveur de l'émancipation politique des femmes suisses. (Photo par © Hulton-Deutsch Collection). 1971. ©Getty
Affiches en faveur de l'émancipation politique des femmes suisses. (Photo par © Hulton-Deutsch Collection). 1971. ©Getty
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Résumé

53 ans après l'Allemagne, 52 après l'Autriche, 27 ans après la France et 26 après l'Italie, C’est en 1971 seulement, que les femmes ont eu le droit de vote et d’éligibilité en Suisse !

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La date peut surprendre, les femmes en Suisse n’ont effectivement obtenu le droit de vote qu’en 1971, il y a cinquante ans. Une bonne nouvelle, bien sûr, mais un anniversaire à fêter en 2021 qui remue l’histoire nationale du pays. On moque souvent les votations très fréquentes du système politique suisse et pourtant c’est une des rares nations où la démocratie directe s’applique aussi largement à tous les citoyens. A tous les citoyens mais depuis peu à toutes les citoyennes. C’est l’histoire de cet étonnement que nous raconte Zoé Kergomard dans le dernier numéro du magazine L’Histoire.  

Lorsque le droit de vote est enfin donné aux femmes, le chemin parcouru a été très long. 1971, la date tranche furieusement par rapport à ses voisins. En France et en Italie, elles disposent de ce droit depuis 1945, et même depuis 1918 en Allemagne. Alors que s’est-il passé ?  

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La démocratie suisse a longtemps été jugée trop exigeante pour les femmes. Depuis la fondation de l’État fédéral en 1848, le citoyen suisse modèle est un citoyen-soldat, dont la communauté protège le pays et son indépendance.  

On concède aux femmes le droit de les assister dans cette noble tâche en rejetant régulièrement leur demande de participation directe à cette belle démocratie qui se vit comme idéale. Pourtant la question se pose dès 1868, les suffragettes suisses apparaissent  dès le début du XXe siècle, la revendication est portée aussi bien par la bourgeoisie qu’au sein du mouvement ouvrier sans parvenir à se faire entendre. Les femmes s’engagent dans l’action citoyenne trop souvent considérée comme modeste : l’éducation, l’aide sociale, la religion, une stratégie politique « des petits pas » qui les a piégées dans leur statut subalterne, selon Zoé Kergomard. Après la Première guerre mondiale la possibilité d’un vote féminin est écartée, une pétition à succès échoue encore en 1929 et la situation ne s’arrange pas après la Deuxième guerre mondiale et la guerre froide. C’est en 1950 alors que le Conseil fédéral suisse demande un engagement renforcé des femmes dans la protection civile, nous sommes à l’ère de la terreur nucléaire, que la situation s’enflamme. Impossible d’accepter de nouvelles responsabilités dans la vie du pays sans obtenir l’égalité politique. Une votation, exclusivement masculine donc, est organisé en 1959. Et malgré le soutien du gouvernement au « Oui », le « non » l’emporte largement.  

C’est là que la structure politique suisse démontre aussi ses qualités : si le droit de vote des femmes est rejeté au niveau fédéral il est progressivement instauré à l’échelon local, celles des cantons et des communes. Sous pression alors que la Suisse s’apprête à signer la Convention européenne des droits de l’homme et avec l’influence toujours plus grande du féminisme, le droit de vote est enfin conquis de haute lutte et malgré une minorité de femmes de la bourgeoisie alémanique qui persistent à vouloir « protéger » les femmes de la politique.  

Il y a cinquante ans les femmes suisses obtenaient enfin le droit de vote, un droit tardif qu’on aimerait considérer comme une « absurdité historique » pour suivre Zoé Kergomard mais surtout l’histoire d’une inégalité fondatrice. On souhaite de belles célébrations cette année à toutes les électrices de Suisse ! 

Zoé Kergomard, 1971 : le vote des femmes suisses, enfin ! , L'Histoire, Février 2021.