Stade de Colombes, 07/10/1928/ - Rugby, Section Paloise. Photo : Agence Rol. Source : Gallica, BNF, département Estampes et photographie, EI-13 (1595)
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Résumé

Un balon ovale, une prise risquée et un mort signent la naissance du de la justice appliquée au sport. Fairplay or not fairplay, telle est la question.

En savoir plus

Le 4 mai 1930, Michel Pradié, joueur de rugby d’à peine vingt ans, meurt d’un placage qui lui a rompu la colonne vertébrale au cours d’un match opposant son équipe d’Agen à celle de la ville de Pau. C’est à partir de cet évènement que Christophe Granger interroge l’histoire du sport dans le dernier numéro de la revue 20-21. Ce soir-là dans un stade bordelais, en quelques minutes c’est une page majeure de l’histoire du sport qui s’écrit. L’année suivante Fernand Taillantou, l’auteur du placage mortel est condamné pour homicide par imprudence à trois mois de prison avec sursis. En interrogeant la responsabilité pénale du sportif qui en blesse un autre dans le feu de l’action du jeu, le procès Taillantou constitue un maillon essentiel de l’histoire du droit du sport. Dans ce domaine y’a-t-il un droit à la violence ?  Le sport doit-il être consacré comme une activité parmi d’autres en société ou comme un espace spécifique régit par des règles elles-aussi particulières ? Le procès Taillantou attire les foules, curieuses du dénouement de ce drame sportif. Certains sont là pour voir la preuve éclatante de la dangerosité de ce sport amateur enfin révélée au monde tandis que d’autres soulignent non pas la violence consubstantielle de ce sport mais la brutalisation déplorable qu’il subit dans ses pratiques depuis quelques temps. Le procès se déroule au tribunal mais aussi dans la presse entre défenseurs et détracteurs du ballon ovale. On y évoque le rôle criminel de la spectacularisation du sport, son exceptionnalité mais aussi la fatalité des accidents inévitables, on s’interroge sur les moyens d’intervenir pour éviter d’autres morts. La passion, oui, mais pas jusqu’à la mort, qui n’a rien à voir avec l’esprit sportif. Le rugby est à un moment particulier de son histoire à ce moment-là, devenu populaire et porteur de forte identité locale dans le Sud-Ouest de la France, son succès transforme le jeu, les clubs français se livrent une guerre sans merci qui dénote dans le monde du sport amateur au point de voir la France exclue du tournoi des Cinq Nations en 1931 aussi. Un lien trop intime entre la compétition et sa spectacularisation. Pradié n’est pas le premier mort de ces rivalités sportives exacerbées. Mais si Taillantou était condamné c’est la vie du rugby qui serait menacé et ses pelouses désertées. Il ne s’agit pas d’interdire les sports violents, la jurisprudence issue du procès fait à la boxe en 1912 l’a établi.  

Les sports violents sont légaux et peuvent comporter certains risques acceptés par leurs joueurs. Mais quelles sont les limites de cette tolérance de la violence organisée ? Personne ne nie le placage de Taillantou, reste à savoir s’il a été fait dans les règles de l’art. Mais l’argument que retient le tribunal en première instance est historique : dans ce contexte de compétition la victime consent aux blessures liées à son activité et se soumet volontairement à ce risque. Christophe Granger nous rappelle ici que ces principes prévalent depuis près d’un siècle aussi bien en matière de duel que d’opérations chirurgicales « de façon à exonérer de poursuites celui qui tue son opposant pour laver son honneur et le médecin dont l’intervention occasionne un dommage imprévu ». Ce sont les manquements à l’esprit du sport qui condamnent Taillantou pour homicide par imprudence : si le placage était adapté à la situation son intensité ne l’était pas. Pradié n’était plus détenteur du ballon et ne pouvait donc pas s’attendre à un placage, encore moins au cou, prise toujours dangereuse. C’est en vertu des règles du jeu sportif que la justice reconnait la responsabilité pénale et condamne Taillantou. Une première qui établit la possibilité de l’intervention de la justice dans le sport seulement dans les cas avérés de mauvais esprit sportif.  

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Granger, Christophe. « Mort sur le stade. L’affaire Taillantou et le droit à la violence dans le rugby d’entre-deux-guerres », 20 & 21. Revue d'histoire, vol. 149, no. 1, 2021, pp. 19-33.

Références

L'équipe

Anaïs Kien
Production