Pendule en laiton avec chiffres romains pour le jour et arabes pour la nuit. 1ère moitié du XVIe siècle. Photo : De Agostini.
Pendule en laiton avec chiffres romains pour le jour et arabes pour la nuit. 1ère moitié du XVIe siècle. Photo : De Agostini.
Pendule en laiton avec chiffres romains pour le jour et arabes pour la nuit. 1ère moitié du XVIe siècle. Photo : De Agostini.  ©Getty
Pendule en laiton avec chiffres romains pour le jour et arabes pour la nuit. 1ère moitié du XVIe siècle. Photo : De Agostini. ©Getty
Pendule en laiton avec chiffres romains pour le jour et arabes pour la nuit. 1ère moitié du XVIe siècle. Photo : De Agostini. ©Getty
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Résumé

Lire Louis 14 au lieu de Louis XIV vous pique les yeux ? L'abandon annoncé des chiffres romains pour des chiffres arabes dans certains musées français révolte nos voisins italiens. Qu'ils se rassurent, les bruits courent, les chiffres restent.

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Doit-on garder les chiffres romains avec leur croix, leur « V » et leurs bâtons ou privilégier la numérotation arabe, comment écrire aujourd’hui Louis XIV ou François 1er à Marignan en 1515 ? Un grand émoi a saisi la toile cette semaine après l’annonce très relayée affirmant que le musée d’histoire de la ville de Paris, le musée Carnavalet avait choisi de préférer les chiffres arabes aux chiffres romains dans son nouveau parcours d’exposition pour inscrire la numérotation des siècles et l’ordre des monarques. D’un côté les chiffres romains qui induisent immédiatement une monumentalité et un jeu à compter les croix et les barres, les bâtons avant ou après les V pour déchiffrer les dates en cours d’effacement sur le soubassement des statues anciennes, de l’autre une numérotation immédiatement accessible à tous mais qui fait bondir les nostalgiques de l’érudition chiffrée que les jeunes générations ne sauraient plus décrypter pour participer pleinement à la messe patrimoniale. Les blagues vont bon train et les allusions au sketch des Inconnus qui mettaient en scène une manifestation de la Révolution française appelant à la mise à mort de « Louis Croix-Vé-Bâton » débordent des fils de commentaires sur les réseaux sociaux.

Les deux systèmes de numérotation se côtoient et se répondent dans une tentative de ne plus séparer les publics

Mais derrière le comique de référence, c’est une suspicion de la modernisation des musées, de leurs inventions pour élargir et renouveler leur public, bref d’un marketing et d’une pédagogie qui passent sur le grill alors que les musées, cela fait bien longtemps qu’on n’y a pas mis les pieds. Alors que Courrier international relaie l’indignation moqueuse du Corriere della Serra qui souligne qu’au moment où les chiffres romains disparaissent des musées français, ils apparaissent pour désigner l’événement monstrueusement populaire du Super Bowl qui a choisi la numérotation romaine au début des années 1970, sur Twitter c’est une litanie de la désolation face à une preuve criante supplémentaire du déclin de notre beau pays qui ne saurait se remettre d’une telle perte. Mais tout ce bruit est surtout une belle supercherie montée en épingle jusqu’à l’absurde. Quand on pose courtoisement la question à l’équipe du musée Carnavalet, on nous explique que les chiffres romains n’ont jamais été bannis, ils seront bien présents à sa réouverture au printemps sur les cartels et les documents d’accompagnement. Les deux systèmes de numérotation se côtoient et se répondent dans une tentative de ne plus séparer les publics, avec l’ambition que la visite au musée soit partagée par toutes et tous, quels que soient sa génération, son âge, son niveau de connaissance historique, sa culture nationale ou sa situation de handicap. Un projet d’accessibilité à l’histoire plus généreux que la mesquinerie des commentaires haineux qui s’abattent en pluie sur une rumeur ridicule si elle n’était pas aussi violente. Ouvrez donc les musées que l’on puisse enfin tous aller constater cette cohabitation militante des chiffres romains et des chiffres arabes par nous-mêmes à Carnavalet !

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Références

L'équipe

Anaïs Kien
Production
Milena Aellig
Réalisation