26 avril 1961 - Les auteurs du “putsch des généraux” : (de gauche à droite) André Zeller, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et Maurice Challe à Alger. Keystone-France.
26 avril 1961 - Les auteurs du “putsch des généraux” : (de gauche à droite) André Zeller, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et Maurice Challe à Alger. Keystone-France.
26 avril 1961 - Les auteurs du “putsch des généraux” : (de gauche à droite) André Zeller, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et Maurice Challe à Alger. Keystone-France.  ©Getty
26 avril 1961 - Les auteurs du “putsch des généraux” : (de gauche à droite) André Zeller, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et Maurice Challe à Alger. Keystone-France. ©Getty
26 avril 1961 - Les auteurs du “putsch des généraux” : (de gauche à droite) André Zeller, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et Maurice Challe à Alger. Keystone-France. ©Getty
Publicité
Résumé

Il y a peu, des militaires s'exprimaient par voie de presse, passant outre leur droit de réserve. Philippe Vial analyse les effets et les conséquences d'un tel acte à la lumière de notre histoire.

En savoir plus

L’historien Philippe Vial, spécialiste des relations politico-militaires analyse dans un entretien accordé au quotidien Le Monde les réactions face à la publication des deux tribunes de militaires publiées au cours du dernier mois se disant prêts à prendre les armes pour sauver une France qu’ils estiment en danger. L’indignation s’est déployée à son maximum en réaction à cette évocation d’une guerre civile, l’inquiétude est malgré apparue face à cette incursion du militaire dans l’espace politique comme le relent d’un passé que l’on n’avait pas du tout envie de se rappeler. Parce que ce qui a surtout été mobilisé à cette occasion, selon l’historien, c’est un imaginaire historique.  

Un imaginaire politique et d’abord celui de la tentative de putsch des généraux en 1961, dans les derniers mois de la guerre d’Algérie, mais aussi une incursion de responsables militaires dans la sphère publique et politique qui a une très longue histoire. Aujourd’hui, on compte peu de militaires parmi nos élus, c’est pourtant un chef militaire, le général de Gaulle, qui tient le haut du pavé du panthéon politique de la Ve République et dont la gauche et la droite se réclame régulièrement. C’est à l’occasion d’un crise politique, doublée d’un autre un coup d’État militaire, déjà en Algérie le 13 mai 1958, que le vainqueur par excellence de la Deuxième guerre mondiale a, peut-être paradoxalement pour nos yeux contemporains, fait son retour au pouvoir et établit notre régime politique actuel. A ce moment-là ses adversaires politiques convoquent la figure de Napoléon pour disqualifier de Gaulle qui accédait au pouvoir par un coup d’État en 1799.  En 1961, c’est encore de Gaulle qui défait le putsch d’Alger, 4 généraux contre LE général. C’est le pouvoir politique légal qui s’affirme et l’emporte face à ce coup de force de l’Algérie française. En mai 68, de Gaulle toujours, envisage de faire appel à l’armée contre les étudiants avant de se raviser et il quitte finalement le pouvoir en 1969 après un referendum perdu. Le primat du politique sur le militaire sortait renforcé par ces années de Gaulle.  

Publicité

À réécouter : Henri Bentégeat : "Quand les militaires entrent dans le champ politique, ils ne représentent plus les valeurs républicaines"

Les droits politiques des militaires ont largement été questionné récemment avec ce « droit de réserve » à la fois radical et flou. Philippe Vial rappelle qu’en 1981 puis en 1988 l’entre-deux tours des présidentielles a vu s’exprimer publiquement des militaires de carrières de gauche et de droite au sein de groupes civiles pour appeler à voter pour François Mitterrand puis pour Jacques Chirac. Leur expression en tant que citoyen s’était manifesté à l’intérieur du jeu démocratique. Le temps de la confusion possible semblait révolu pour de bon d’autant plus avec la fin de la guerre froide. Une invasion sur le sol national apparaissait désormais impossible et semblait achever un processus d’un siècle d’amoindrissement de la puissance militaire au sein de la société. Philippe Vial chiffre l’évolution de la place des militaires dans le pays : avant la Première guerre mondiale, alors que la France ne compte que 40 millions d’habitants, près d’un million de personnes travaille dans la fonction publique militaire. Un poids que l’armée a largement perdu aujourd’hui avec ses 270 000 travailleurs civils ou militaires. Ce qui a renversé ce rapport de force, c’est aussi le régime de la Ve République. Aujourd’hui largement critiqué, il a apporté une grande stabilité du pouvoir politique dans un monde où les guerres ne se déroulent plus à l’intérieur de nos frontières. La résolution des tensions structurelles entre pouvoir politique et forces militaires se réalisait à l’intérieur d’un pacte républicain établit. Au regard de ce siècle d’évolution, l’historien conclut que si des difficultés de dialogue peuvent exister, ces tribunes étonnantes, voir effarantes, « ne correspondent pas à l’évolution dans la durée des relations politico-militaires » malgré leur puissance d’évocation du passé. 

Lien :

Philippe Vial : « Les tribunes de “Valeurs actuelles” ne correspondent pas à l’évolution dans la durée des relations politico-militaires », propos recueillis par Élise Vincent, Le Monde, 15/05/2021. 

Références

L'équipe

Anaïs Kien
Production