1942, prisonniers serbes dans le camp de concentration de Jasenovac (Wikipédia)
1942, prisonniers serbes dans le camp de concentration de Jasenovac (Wikipédia)
1942, prisonniers serbes dans le camp de concentration de Jasenovac (Wikipédia)
1942, prisonniers serbes dans le camp de concentration de Jasenovac (Wikipédia)
1942, prisonniers serbes dans le camp de concentration de Jasenovac (Wikipédia)
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Résumé

"Dara iz Jasenovca", film qui représentera la Serbie aux Oscars ravive les tensions entre Serbes et Croates. Peinture d'une réalité historique ou règlement de compte ? La polémique est lancée...

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Un film qui ravive les tensions entre Serbes et Croates

Le film n’était pas encore sorti et pourtant il mettait déjà les Serbes et les Croates en émoi : Dara iz Jasenovca (« Dara de Jasenovac » en français) du réalisateur Peter Antonijević. Dara de Jasenovac se présente dans sa bande-annonce comme un film sur les atrocités de la guerre vue par les yeux d’une enfant serbe, dans ce camp de concentration avéré de Jasenovac sur le territoire croate pendant la Deuxième guerre mondiale. Solidarité, exécutions sommaires, et démonstration de la force de résistance de l’esprit humain, tous les ingrédients du film concentrationnaire semblent réunis pour dénoncer le martyr des Serbes, des Juifs et des tziganes dans le balkans.  

Personne ou presque n’avait encore pu le visionner, la sortie du film a été repoussée deux fois pour cause d’épidémie de Covid, c’est donc les journalistes avec leur accès en avant-première qui ont allumé la mèche de la polémique, c’est ce que nous dévoile Le Courrier des Balkans.  

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De son côté, le magazine américain Variety évoque les « intentions douteuses » d’un film de « propagande à peine déguisée ». Un article qui a déchaîné des flots de commentaires incendiaires sur la toile et la riposte des réseaux nationalistes serbes affirmant que leurs « ennemis empêchent qu’on parle du génocide (serbe) de Jasenovac ». Un site d’information croate évoque une « nouvelle guerre » culturelle entre serbes et croates autour de ce film.  

Un film prétexte ? 

Les derniers chiffres dénombrent environ 80 000 personnes, en majorité serbes, assassinées dans le camp de Jasenovac entre 1941 et 1945, sous l’autorité du gouvernement Oustachi, une variante nationale du fascisme, allié de l’Allemagne nazie. Une mémoire historique terrible, déjà ravivée dans le processus de démembrement de la Yougoslavie dès les années 1980 et bien sûr au cours des guerres des années 1990 entre les anciennes républiques de la fédération. Les autorités serbes défendent avec détermination le film qu’elles ont financé et qu’elles présentent, pour la première participation du pays, aux Oscars pour représenter les couleurs nationales. Après sa sortie aux Etats-Unis le 5 février, le Los Angeles Times déplore que l’histoire de ce camp ne soit le prétexte à « un règlement de comptes », en se distinguant par une tentative de « marquer des points dans une querelle de longue date » avec ses stéréotypes « de soldats cruels, de méchantes religieuses et des figures maternelles à la fois protectrices et suspectes ». 

Ce qui intéresse la réception américaine tient moins au conflit régional entre deux nations que la récupération de l’histoire de la Shoah à cette fin. Avec le risque selon Jay Weissberg dans Variety de réduire encore davantage le sujet à un thème à succès, une valeur sûre du marché cinématographique mondiale, parce que la Shoah fait vendre, et la banalisation par un cocktail de sensationnalisme et de sensiblerie d’un évènement hors normes qui mérite, y compris dans la fiction, un traitement au premier plan. On attend la sortie du film en Europe dans l’année. 

Liens :

  • Serbie : un film sur le camp de Jasenovac ravive les querelles avec la Croatie, Courrier des Balkans, 06/02/2021.
  • Jay Weissberg, Critique de `` Dara of Jasenovac '' : un film sur l'Holocauste aux intentions douteuses, Variety, 25/01/2021.