Benin City en 1897, des officiers britanniques posent au milieu de leurs "trophées".
Benin City en 1897, des officiers britanniques posent au milieu de leurs "trophées".
Benin City en 1897, des officiers britanniques posent au milieu de leurs "trophées". - Wikicommons
Benin City en 1897, des officiers britanniques posent au milieu de leurs "trophées". - Wikicommons
Benin City en 1897, des officiers britanniques posent au milieu de leurs "trophées". - Wikicommons
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Résumé

La future restitution au Nigéria d'une tête de bronze appartenant à une ancienne dynastie africaine relance le débat sur le retour des objets spoliés par les armées européennes lors des conquêtes coloniales du XIXe siècle.

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Réparer un acte immoral, c’est la motivation de l’université d’Aberdeen en Écosse qui a décidé de rendre une des pièces d’exception de sa collection : une tête de bronze d’Oba, le nom donné aux rois de la dynastie Edo, à la république du Nigéria. 

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Ce bronze d’Oba, bientôt de retour au Nigéria, pourrait être une affaire de restitution bien menée de plus. Pas tout à fait. C’est une histoire qui dépasse de loin cet objet particulier. Une histoire mondiale et une histoire du présent nigérian. L’objet fait partie d’une série dispersée à  travers le monde après le pillage en 1897 de la ville de Benin City - on se trouve bien sur le territoire de l’actuel Nigéria et non du Bénin - un pillage systématique opéré par un corps expéditionnaire britannique accompagné de destructions et de l’exil du roi, l’Oba Ovonramwen, pour venger la mort du consul James Robert Phillips qui avait échoué un an  plus tôt, à imposer la colonisation du territoire. La destruction contre la résistance à la conquête. 

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Le Nigeria demande la restitution de ces objets depuis des décennies, des objets par milliers parmi lesquels plus d'un millier de plaques de laiton arrachés au Palais Royal de Benin City, qu’on désigne sous le terme de "bronzes du Bénin", qui ont ensuite été donnés, vendus, acquis par les musées européens et états-uniens. Le Ministre de la Culture du Nigéria, Alhaji Lai Mohammed, a salué le geste écossais comme “un pas dans la bonne direction”, souhaitant que cette démarche incite d’autres détenteurs à l’imiter. En effet, des objets spoliés de Benin City se trouvent toujours en Grande-Bretagne, en Amérique du nord, en Allemagne ou en France.  

L'implication des armées dans le pillage de l’Afrique subsaharienne

Dans son dernier cours du Collège de France, l’historienne Bénédicte Savoy inaugurait le chapitre consacré à l’implication des armées dans le pillage de l’Afrique subsaharienne par une photo glaçante. À Benin City en 1897, des officiers en uniforme assis fièrement au milieu de leurs trophées : des défenses d’éléphant gravées, des statuettes anthropomorphes ou zoomorphes, des bronzes du Bénin, une accumulation impressionnante d’objets qui venaient de changer de propriétaire par la violence. 

Une culture du butin de guerre tombée en disgrâce à l’époque entre les nations européennes dans l’éventualité d’une guerre qui les opposerait mais pas sur le sol africain où à l’heure des conquêtes coloniales se servir dans les richesses rencontrées était une pratique acquise notamment pour alimenter massivement les musées des métropoles occidentales.  

Dans un article publié sur le site The Conversation, l’historienne de l’art Felicity Bodenstein, nous aide à comprendre le poids de ces restitutions aujourd’hui au Nigéria. La Couronne Edo, l’Oba  actuel, s’est donné deux missions symboliquement très connectées : le retour des biens dispersés dans les collections étrangères et la lutte contre l’exode des jeunes femmes de la région. "Vus de loin, les deux enjeux semblent a priori sans liens directs, mais sur place ils sont vécus comme deux rapports parallèles et critiques au monde extérieur : quelque part, à l’étranger, se trouvent les "reliques" et les enfants du pays".

À réécouter : Armées et musées

Liens :

Felicity Bodenstein, Le retour des objets pillés pendant la période coloniale, un enjeu de taille au Nigeria, The Conversation, 30/12/2018.

Philippe Dagen, Arts : une tête d’Oba, en bronze, restituée prochainement au Nigeria par l’Écosse, Le Monde, 29/03/2021.

Références

L'équipe

Anaïs Kien
Production