Rennes 1899 - La foule attendant le verdict du second Procès d'Alfred Dreyfus.
Rennes 1899 - La foule attendant le verdict du second Procès d'Alfred Dreyfus.
Rennes 1899 - La foule attendant le verdict du second Procès d'Alfred Dreyfus.  ©Getty
Rennes 1899 - La foule attendant le verdict du second Procès d'Alfred Dreyfus. ©Getty
Rennes 1899 - La foule attendant le verdict du second Procès d'Alfred Dreyfus. ©Getty
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Résumé

Une nouvelle série Canal +, "Paris Police 1900" nous immerge dans la société de la Belle Époque, en pleine affaire Dreyfus.

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Canal+ diffuse la nouvelle série historique, Police 1900, et nous propose non pas de revisiter les mécanismes de l’affaire Dreyfus mais le climat politique et sociale de l’époque. L’intrigue se déroule à Paris pendant le procès de Rennes, un procès qui ne parvient pas à innocenter Dreyfus mais qui jette un doute suffisant sur les preuves avancées par l’accusation pour le sortir de l’île du Diable et qu’il soit gracié par le gouvernement quelques mois plus tard.  
Police 1900 ne se déroule pas dans un tribunal mais dans les rues de Paris, ses salons, ses faubourgs et ses administrations.  Le procès de Rennes fait la une des journaux et bien sûr on en parle, on s’alpague, les coups de poings et les joutes verbales pleuvent entre Dreyfusards et antidreyfusards. La probité de l’armée, qui est alors encore partie intégrante de la fierté nationale est en jeu. Mais surtout ce qu’explore la série ce sont les ressorts de l’antisémitisme, de ces ligues d’extrême droite qui attisent la haine de Dreyfus et de ses défenseurs avec les conférences de Jules Guérin, journaliste, nationaliste, antisémite, qui égorge un cochon chaque soir pour illustrer la violence que lui inspire ses ennemis.   

C’est peut-être là la partie la plus intéressante de la série et la plus problématique : ces deux frères Guérin et leur mère qui pilote l’affaire à grands renfort de séance de spiritisme sur les conseils agaçants de leur idéologue Édouard Drumond, maître de la théorie du complot juif dans la France de la Belle Époque. Le talent de rabatteurs, de maître du chantage et d’escrocs des frères Guérin est largement exploité pour un final étonnant mais qui interroge : Dreyfus condamné, ils n’ont plus d’ennemi, ils ne sont plus à la pointe de l’apocalypse qu’ils promettaient, Dreyfus condamné ils ont perdu leur ennemi le plus cher : l’appareil d’État dont ils appelaient pourtant à se défier à longueur de discours. L’État a condamné Dreyfus, et leur a retiré leur force de subversion. L’antisémitisme réduit à une escroquerie financière et intellectuelle, c’est séduisant mais c’est un pas de côté qui invite à ne pas prendre au sérieux la haine incrustée.    

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À réécouter : Paris Police 1900, la face sombre de l'Histoire

Les femmes ont la part belle aussi dans Police 1900, notamment avec le personnage de Marguerite Steinheil, maîtresse en deuil de Félix Faure, le président de la Troisième République mort au cours de leurs ébats. Surnommée « Pompe funèbre » au cours des six épisodes par ceux qui l’utilisent dans leur stratégie politique. Cette ancienne maîtresse qui a perdu son bienfaiteur incarne celles qui se battent ou plutôt se débattent sans droit en passant d’une dépendance masculine à une autre pour assurer la liberté à laquelle elle n’accède jamais tout à fait.  
Police 1900, se regarde avec plaisir mais veut peut-être en faire un peu trop : les femmes traitées comme subalternes, la moralisation en cours de la police républicaine, les premiers pas de la police scientifique, la misère parisienne en contraste avec les ors d’un gouvernement loin de ses bases, l’intrigue en oublie de mettre en scène l’engagement des Français juifs de l’époque dans leur propre défense et contre le martyr de Dreyfus, dans leur combat juridique et intellectuel contre l’antisémitisme mais aussi dans les rues et les manifestations qui tournait souvent à l’émeute.   

La série Paris Police 1900 sur Canal+