Sonia RyKiel et sa fille Nathalie Rykiel lors d'un défilé
Sonia RyKiel et sa fille Nathalie Rykiel lors d'un défilé
Sonia RyKiel et sa fille Nathalie Rykiel lors d'un défilé  ©Getty - Gilles BASSIGNAC/Gamma-Rapho
Sonia RyKiel et sa fille Nathalie Rykiel lors d'un défilé ©Getty - Gilles BASSIGNAC/Gamma-Rapho
Sonia RyKiel et sa fille Nathalie Rykiel lors d'un défilé ©Getty - Gilles BASSIGNAC/Gamma-Rapho
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Résumé

Plusieurs essais nous conduisent à questionner le travail et ses bienfaits : doit-il nous faire du bien ?

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On est lundi, on est au travail et on en parle… d’autant que j’ai remarqué cela depuis quelques mois : la profusion d’essais sur le travail. J’en cite quelques-uns : Qu’est-ce que le travail ?, chez Vrin ; aux éditions du Détour, Le refus du travail de David Frayne et Inconditionnel, Anthologie du revenu universel ; Fuck work, de James Livingston, chez Flammarion ; Giulia Mensitieri, Le plus beau métier du monde : dans les coulisses de l’industrie de la mode aux éditions La Découverte ; ou encore, La journée de travail et « le règne de la liberté » chez Fayard d’Olivier Besancenot. Il ne s’agit pas que d’essais philosophiques, mais tous permettent de l’aborder sous cet angle et de nous poser cette question qui évoque tant un sujet de terminale : à quoi bon travailler ? 

Si ce Journal devait ressembler à une dissertation en trois parties, on pourrait commencer par le constat sur lequel tout le monde s’accorde par rapport au travail, entre chômage et précarité : ça va mal. Autrement et mieux dit : on pourrait faire une 1ère partie sur les maux du travail, reformulant ainsi la question « à quoi bon travailler ? » en : « le travail est-il déjà quelque chose de bon ? »

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Dans son livre, Le plus beau métier du monde : dans les coulisses de l’industrie de la mode, Giulia Mensitieri, anthropologue spécialiste des transformations du travail, se penche ainsi sur les métiers qui semblent les plus attirants, les plus beaux, les plus prestigieux : ceux de la mode, comme on l’a entendu dans l’extrait du documentaire de Loïc Prigent, Le jour d’avant chez Sonia Rykiel. Bien sûr, tout cela n’est que paillettes. Derrière le glamour : la précarité, comme si le travail, quel que soit le domaine, l’époque, le degré de créativité ou sa visibilité, présupposait domination, aliénation, exploitation. Le travail ne serait ainsi pas seulement mauvais sous certains rapports, mais peut-être mauvais absolument… 

Nous voici prêt pour la 2ème partie de notre dissertation « à quoi bon travailler ? » : si le travail est absolument mauvais, des gens pourtant se battent pour travailler, et bien travailler. Ce témoignage (extrait de l’émission sur France Culture, Les Pieds sur terre du 18 avril dernier) le révèle : nous aimons et nous voulons travailler mais pas forcément de n’importe quelle manière et pas dans n’importe quelles conditions. Mais à quoi ressemblerait alors un bon travail ? A quelles conditions et comment ? Que nous apporterait-il ? 

Dans Qu’est-ce que le travail ? Alexis Cukier ne revient pas sur la dimension soit mauvaise soit bonne du travail, mais justement sur sa double face : aliénante ou émancipatrice, autant synonyme d’intégration que d’exclusion, de besoin que d’envie. Un travail mêle forcément les deux… et la balance penche quand la peine l’emporte sur le plaisir, la domination sur le salaire, le mécanisme sur l’initiative.  

Mais comment faire dans ce cas-là ? Comment faire quand on est obligé de travailler quand les conditions ne permettent plus d’y être ni bien ni bon ? 

Aux élections de l’année passée, on a eu droit à deux sons de cloche : se battre contre le chômage ou se résoudre à la raréfaction du travail, c’était la thèse de Benoît Hamon. Peu entendue, elle trouve pourtant un écho dans les essais qui paraissent : Fuck work en dit long par son titre, Le refus du travail aussi… 

C’est notre 3ème partie, mais pas tant pour répondre à la question : « à quoi bon travailler ? », eh bien, à rien !, mais pour se demander ce qu’est le bien dans ce cas-là : qu’est-ce qui fait du bien dans le travail ? D’être soi, de faire, d’avoir de l’argent, et cela passe-t-il forcément par le travail ? Pourrait-on être soi sans travail ? Oui, c’est ce que montrent Fourier, Russell ou Locke, dans l’Anthologie du revenu universel

Je finirai ainsi : au fond, qu’est-ce qui va mal ? Peut-être ce qu’on attend du travail pour mettre du bien dans nos vies. 

Références

L'équipe

Marianne Chassort
Collaboration