Cornelius Castoriadis
Cornelius Castoriadis ©AFP - STAFF
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Les 20 ans de la disparition de Cornelius Castoriadis sont l’occasion de se demander avec lui : comment réinventer l’autonomie et imaginer la démocratie ?

Il y a 20 ans, en 1997, disparaissait le philosophe Cornelius Castoriadis. Pour lui rendre hommage, l’Association Castoriadis organise dès jeudi, le 26 octobre, et jusqu’à samedi, un colloque à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et à l’université Paris 7 – Denis Diderot.

C’est donc l’occasion de souligner l’actualité de cette pensée politique, qui explore tout autant l’expérience et l’imaginaire de chacun, mais aussi de se rendre compte de la radicalité de ce projet démocratique qui a pour enjeu cette question : comment être, toutes et tous, autonome ?

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Militant, économiste, psychanalyste, et bien sûr philosophe, tout autant critique du marxisme que du libéralisme, de ses débuts dans la revue « Socialisme ou barbarie » jusqu’à ses Carrefours du labyrinthe, dont les derniers volumes sont parus à la fin des années 90, sans oublier son œuvre cruciale, L’institution imaginaire de la société qui, elle, date de 1975, les spécialistes de Castoriadis soulignent sa quête obstinée de l’autonomie.

François Dosse dans sa biographie de Castoriadis en fait ainsi le sens de sa vie, Nicolas Poirier, dans ses travaux, en fait le sens de son ontologie politique, et, tout récemment, en septembre, paru aux éditions de L’échappée, les deux auteurs Arnaud Tomès et Philippe Caumières ont carrément fait de l’autonomie le titre de leur livre consacré au philosophe.

Mais, voilà, que faut-il entendre par « autonomie » ? Question qui paraît tout à la fois simple et infinie, mais qu’on peut dédoubler avec Castoriadis : oui, d’abord : que faut-il entendre par « autonomie », dans son sens, dans cette tension étymologique entre le soi, la personne, et la loi, entre le sujet et l’institution, pour envisager sa venue concrète, pratique, réelle, c’est-à-dire pour faire en sorte qu’elle advienne dans une société démocratique ? Autrement dit, comment penser ce grand principe de l’autonomie, pour que la société démocratique consiste enfin, « effectivement », et le terme est important pour Castoriadis, dans un peuple qui se gouverne lui-même, qui devrait d’ailleurs déjà se gouverner lui-même ?

Dans l’introduction de leur essai, Arnaud Tomès et Philippe Caumières rappellent les colères de Castoriadis devant l’inhibition, devant un recul de l’autonomie : « La crise des sociétés occidentales », « Voie sans issue », « Le délabrement de l’Occident » ou encore « Une société à la dérive », sans oublier « La montée de l’insignifiance »… sont autant de titres désolés que Castoriadis a donnés à ses textes… mais qui poussent peut-être à cette critique, à la réinvention, à ne pas se laisser abattre mais à faire place à cette instance d’habitude dévolue à l’art : l’imagination.

Pour que l’autonomie soit pensée et qu’elle advienne, encore faut-il donc l’inventer, l’imaginer. Là est la grande idée de Castoriadis. Mais comment inventer un principe comme l’autonomie, vieux comme le monde, vieux comme les Grecs (qui constituent le modèle démocratique pour Castoriadis) ? En quoi y a-t-il invention et imagination dans ce qui ressemble plutôt à une redécouverte intellectuelle ou à un retour à l’Antiquité ?

Création, fabrication, action… comment l’imaginaire peut-il instituer quoi que ce soit et fonder l’autonomie ? Comment peut-il être radical et ne pas seulement répéter, reprendre ce qui est déjà là ? Tout simplement : grâce à la spontanéité, grâce à ce simple, mais infini fait, que, parfois, les effets, les surgissements et les nouveautés, comptent plus que les causes, les raisons, et la raison, bref, tout ce qui nous a déterminé. Reste alors à savoir comment provoquer cette spontanéité…

L'équipe

Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Marianne Chassort
Collaboration