"Black Swan" de Darren Aronofsky, 2011
"Black Swan" de Darren Aronofsky, 2011
"Black Swan" de Darren Aronofsky, 2011 - Copyright Twentieth Century Fox France
"Black Swan" de Darren Aronofsky, 2011 - Copyright Twentieth Century Fox France
"Black Swan" de Darren Aronofsky, 2011 - Copyright Twentieth Century Fox France
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Résumé

Posséder l’autre ou posséder ses qualités, ses biens, l’envie est toujours liée à un désir d’avoir...

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Envie, jalousie, rivalité et convoitise

On pense évidemment à « Jealous Guy » de John Lennon alors qu’il est avec Yoko Ono. L’amour rend fou et pousse parfois aux pires manifestations de la jalousie. Mais l’envie comme péché ne se réduit certainement pas à la jalousie amoureuse. C’est aussi la rivalité ou la convoitise. Posséder l’autre ou posséder ses qualités, ses biens, l’envie est toujours liée à un désir d’avoir.
Dans leur Histoire des péchés capitaux au Moyen Âge, Carla Casagrande et Silvana Vecchio rappellent que les exemples bibliques sont légions : meurtre d’Abel par Caïn, vente de Joseph par ses frères, livraison du Christ par Judas à Pilate. Les actes de l’envieux s’expliquent, selon Jean Chrysostome, parce que chez lui domine une « adhésion gratuite et désintéressée au Mal ». L’expression est violente, mais elle prend tout son sens si on pense au tableau La Monomane de l’Envie de Géricault. La vieille est de face mais elle regarde en biais. Tout est dans les détails du visage, cette expression de cupidité insatiable, de méchanceté gratuite mise à nu. La bouche est crispée, le regard est fixe, les yeux un brin exorbités. Selon le théologien Jean Cassien, l’envie est le péché le plus difficile à soigner. L’envie est d’abord souffrance, douleur pure, péché sans plaisir, en contradiction en cela avec tous les autres vices. Elle est vice corporel, « douleur étrange provoquée par le bien » des autres. Thomas d’Aquin qualifie les enjeux en ces termes, je cite : « la haine peut être une extension de l’envie dès lors que la tristesse conçue de la supériorité des autres s’amplifie jusqu’à leur vouloir du mal. »

L’envie et la haine

L’insupportable supériorité des autres, qu’elle soit réelle ou fantasmée, transforme l’envie en haine. Au cinéma, le phénomène est parfaitement illustré par le film Gladiator de Ridley Scott, où Commode, interprété par Joaquim Phoenix, doit composer avec le fait que son père Marc Aurèle entend confier l’empire au général Maximus et non à lui... L’envie de Commode n’aura pas de limite, il fera tout pour anéantir Maximus sans jamais y parvenir tout à fait. Si vous n’avez jamais vu ce film, lâchez tout et courez immédiatement le faire. On a rarement fait mieux. Et vous comprendrez enfin pourquoi on vous souhaite régulièrement « Force et honneur ».
Mais le cinéma n’aime pas seulement mettre en scène la rivalité masculine, il aime aussi la rivalité féminine, souvent moins franche et d’autant plus redoutable. On pense à Black Swan, film dans lequel Nina, danseuse étoile jouée par Natalie Portman doit interpréter Odette, le cygne blanc, tandis que sa rivale Lily est choisie pour interpréter Odile, le cygne noir.
Tout le film se concentre sur l’évolution de l’envie de Nina qui la consume chaque jour un peu plus et finit par la rendre totalement folle.

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Le monstre aux yeux verts

En littérature, la figure ultime c’est Othello dans Shakespeare. L’intrigue est simple. Un prestigieux général, Othello, épouse en secret une femme, Desdémone, fille d’un noble vénitien. Iago, l’homme de main d’Othello fait tout pour ruiner leur mariage et conduire son maître à sa perte. Pour y parvenir, il lui fait croire que Desdémone le trompe avec Cassio, un jeune lieutenant. Le plan fonctionne si bien qu’Othello finit par tuer sa femme, puis se suicide en apprenant sa méprise. Le noyau du drame réside dans l’émergence de la jalousie irrationnelle d’Othello. Dans Les frères Karamazov pourtant, à la suite de Pouchkine, Dostoïeveski écrit « Othello n’est pas jaloux ». C’est là tout le génie de l’intrigue. C’est Iago l’envieux maladif qui transmet sa propre folie à Othello pour mieux l’anéantir. Figure du mal par excellence, Iago complote et feint de rassurer en même temps. Il le sait et le dit pour mieux tromper Othello, l’envie, c’est ce « monstre aux yeux verts qui produit l’aliment dont il se nourrit » !

Références

L'équipe

Anaïs Ysebaert
Collaboration