RuPaul's Drag Race All Stars 2018
RuPaul's Drag Race All Stars 2018 ©Getty - Jim Spellman
RuPaul's Drag Race All Stars 2018 ©Getty - Jim Spellman
RuPaul's Drag Race All Stars 2018 ©Getty - Jim Spellman
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Ou comment un concours de drag queens version télé-réalité vous rendra plus heureux que toute une bibliothèque de développement personnel !

Mais qui est RuPaul ?

Si vous ne savez pas qui est RuPaul, ça veut dire que vous n’avez pas encore été touché par un véritable phénomène pop culture qui a commencé il y a maintenant 10 ans aux Etats-Unis : l’émission de télé-réalité RuPaul’s Drag Race dont la 11ème saison commence la semaine prochaine. 

On pourrait traduire assez maladroitement le titre de l’émission en français par La course de drag queens de RuPaul, RuPaul étant le nom du créateur et de l’animateur de l’émission, un Américain devenu la drag queen la plus célèbre et la plus riche du monde grâce à la télévision. Et célèbre, je précise, au point d’avoir sa propre étoile sur Hollywood Boulevard à Los Angeles.
Si on prend les choses dans l’ordre, on peut commencer par dire qu’une drag queen c’est un homme ou une femme qui construit à partir de ses vêtements et de son maquillage, un personnage féminin volontairement très stéréotypé : une chevelure dont le volume défie la gravité, des faux-cils bien visibles, des robes généralement recouvertes de paillettes et des talons d’une bonne quinzaine de centimètres. Le tout étant destiné à évoluer la nuit pour des spectacles de play-back ou de comédie. Et justement le signe le plus parlant du succès incroyable rencontré par l’émission, d’abord aux Etats-Unis mais de plus en plus en Europe maintenant, c’est d’avoir sorti ce qu’on pourrait appeler la « culture drag » du seul monde de la nuit, d’en avoir fait quelque chose d’un peu moins confidentiel, et dont tout le monde pourrait s’inspirer. 

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29 min

Le principe de RuPaul’s Drag Race c’est qu’une quinzaine de drag queens s’affrontent pendant toute une saison dans des épreuves de danse, de couture ou de théâtre, parfois assez absurdes il faut le dire... À la fin de chaque épisode, elles sont toutes évaluées par un panel de juges, et l’une d’entre elles est éliminée après un duel de « lip-sync », qui est l’expression consacrée pour parler d’un numéro de play-back. 

Les phrases qu’on entend dans RuPaul’s Drag Race font partie d'un vocabulaire qui était déjà celui des drag queens afro-américaines de New-York dans les années 1980, et qu’on voit dans le documentaire Paris is burning qui date de 1991.
C’est vraiment de ce documentaire dont il faut partir pour retrouver et comprendre la langue très singulière qui est parlée par dans l’émission, et qui demande souvent d’activer les sous-titres pour ne pas être complètement perdu...

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La leçon : le pouvoir de l’auto-dérision 

RuPaul’s Drag Race donne l’occasion de réfléchir à une manière humoristique et toujours légère de subvertir les normes liées au genre. Parce que même si elles ont des styles vestimentaires extrêmement différents, la majorité des drag queens qu’on voit dans l’émission construisent des personnages qui ont l’air d’obéir à des normes de genre assez traditionnelles voire conservatrices, qui veulent par exemple qu’une femme ait des cheveux longs, une robe et des talons en permanence.
Mais la féminité qui est proposée est tellement exagérée et tellement exubérante qu’il est en fait impossible de croire qu’elle prétend être un modèle. En fait on n’a pas affaire dans cette série à des hommes qui voudraient vraiment ressembler à de vraies femmes, mais plutôt à des hommes qui nous montrent comment des vêtements et du maquillage peuvent nous aider à jouer avec notre apparence, à voir les attributs classiques de la féminité comme un costume, qu’on peut enfiler ou enlever à loisir, et non comme un poids ou une contrainte.
Ce qui nous est proposé c’est donc une façon de considérer son corps ou son apparence comme quelque chose avec quoi on peut jouer, et non quelque chose dont on serait prisonnier...

Et ce que les participants de l’émission reconnaissent très souvent lorsqu’on leur demande en quoi la « culture drag » les a influencés dans leur vie de tous les jours, c’est à quel point le personnage qu’ils ont créé a été un moyen pour eux de faire des choses qu’ils n’auraient jamais osé faire sans cette espèce de masque.
Et ce qui transparaît à l’écran et qui explique le vrai plaisir et parfois l’envie qu’on éprouve en regardant la série, c’est l’impression de liberté absolue qui émane de ces créatures pour qui rien n’est jamais ridicule !