Philosopher avec des enfants ? ©Getty - Christopher Furlong
Philosopher avec des enfants ? ©Getty - Christopher Furlong
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Résumé

Épicure le disait déjà en son temps : il n’est jamais trop tôt pour philosopher ! Faudrait-il alors éveiller les consciences à la philosophie dès l’enfance ?

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La philosophie à l’école

Vous le savez sans doute comme moi, la France est l’un des rares pays au monde à imposer la philosophie comme matière obligatoire au lycée, plus précisément en classe de Terminale, dans la voie générale, mais aussi dans la voie technologique.
Cette décision d’imposer l’enseignement de la philosophie aux adolescents remonte au Premier Empire et s’inspire de la pratique des collèges jésuites du XVIIIème siècle.
La généralisation de l’enseignement de la philosophie dans tous les lycées correspond historiquement à la fois à la volonté de former des citoyens éclairés, mais aussi à la conviction que la philosophie, tout comme les mathématiques, la géographie ou encore l’histoire, fait partie des enseignements fondamentaux que l’État se doit de garantir.
Mais alors, si cette matière est si fondamentale à la formation des esprits, pourquoi la circonscrire à la dernière année du lycée ? On voit très bien le genre d’arguments qui ont dû être avancés. La philosophie est une matière exigeante qui demande beaucoup d’attention, une certaine maturité ou encore une capacité d’analyse qui ne peut éclore qu’à partir d’un certain âge. 

L’enfance, âge privilégié pour philosopher ? 

Et bien c’est pour combattre tous ces préjugés qu’un collectif de chercheurs et enseignants a décidé de créer un manuel publié cet été aux éditions Hatier et intitulé Pourquoi et comment philosopher avec des enfants ? De la théorie à la pratique en classe.
Pour les auteurs, renoncer à faire philosopher les enfants, c’est renoncer à battre le fer tant qu’il est encore chaud, c’est renoncer aussi à se servir de l’énergie spirituelle qui anime les enfants dès 6-7 ans, c’est-à-dire dès l’âge de raison.
Il y a, en effet, quelque chose d’étonnant dans la faculté naturelle d’émerveillement des enfants, dans la naïveté avec laquelle ils posent souvent les questions les plus cruciales : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? », « Qui suis-je ? »
Philosopher avec les enfants, c’est donc admettre que ces questions n’ont rien d’absurde, bien au contraire, et qu’il ne sert à rien de faire taire les consciences avant de le re-réveiller à l’adolescence. 

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Philosopher avec les enfants, ça ne s’improvise pas

Seulement voilà, dans la préface, Abdenour Bidar, philosophe de son état, mais aussi inspecteur général de l’Éducation nationale, prévient : philosopher avec les enfants ne s’improvise pas.
Être animé par les meilleures intentions du monde, avoir la passion de la philosophie, être enthousiaste, cela ne suffit pas. Encore faut-il savoir ce que l’on fait et où l’on va, sans quoi l’initiation à la philosophie peut devenir une espèce de vague questionnement décousu, un enfilage de perle plus ou moins réussi, ou encore une discussion du café du commerce où l’enseignant ne ferait qu’inculquer ses propres préjugés sans même s’en apercevoir, au lieu d’apprendre aux enfants à penser par soi-même. Pour réussir, il faut donc suivre une méthode et c’est exactement ce que propose l’ouvrage sous la direction d’Olivier Blond-Rzewuski.

Un manuel, diverses méthodes

La première partie du manuel est consacrée à la question du Pourquoi ? Elle présente les fondements didactiques et philosophiques de l’enseignement de la philosophie aux enfants. Les auteurs y abordent la diversité des pratiques, leur histoire, les enjeux, le sens et les finalités des ateliers philosophiques. Il s’agit de lever les malentendus les plus fréquents et d’apporter des réponses aux critiques habituelles. Les auteurs s’attachent également à présenter les grandes méthodes existantes et n’hésitent pas à aborder la question de la diversité des publics et de la nécessité qu’il y a pour les enseignants à s’adapter, dans la mesure du possible, à leurs élèves. 

La deuxième partie du manuel est consacrée à la question du Comment ? Elle recense et présente différents outils existants : les supports inducteurs, c’est-à-dire la littérature jeunesse, les dessins animés, les films, les tableaux, les photographies, mais aussi la place de l’écrit, la question de l’évaluation, l’exploitation de situations réelles et tous les ouvrages spécialisés déjà existants, dont les fameux « goûters-philo » aux éditions Milan qui ont bercé bon nombre d’enfances. 

Enfin, la troisième et dernière partie de l’ouvrage propose 32 fiches thématiques extrêmement bien faites qui abordent un tas de sujets comme la peur, l’amitié, la liberté, la vérité ou encore la violence. Chaque fiche est composée d’une présentation succincte des enjeux, de supports littéraires et artistiques, d’indication d’ouvrages de philosophie pour enfant dédiés à la question, de contenus qui permettent de mieux problématiser et conceptualiser les sujets avec les enfants. 

Bref, la lecture de ce manuel nous ferait presque regretter les bancs de l’école primaire !
Elle finit surtout par convaincre qu’enseigner la philosophie aux enfants est essentiel.
Montaigne lui-même ne disait pas autre chose quand il écrivait dans ses Essais la chose suivante : « La philosophie, on a grand tort de la peindre inaccessible aux enfants. Puisque la philosophie est celle qui instruit à vivre et que l’enfance y a sa leçon comme les autres âges, pourquoi ne la lui communique-t-on pas ? La philosophie a des discours pour la naissance des hommes comme pour la décrépitude. »