Portrait de William Shakespeare
Portrait de William Shakespeare ©AFP - Luisa ricciarini/leemage  Leemage
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De Macbeth à Hamlet, quel rôle Shakespeare a-t-il fait jouer à la philosophie ?

Cet ouvrage collectif n’est pas vraiment une actualité : Shakespeare au risque de la philosophie est paru au début de l'été et il est le résultat d'un colloque qui a eu lieu en 2014.

Mais les liens entre philosophie et Shakespeare sont loin d'être actuels, au contraire : de Hegel à Derrida, de la question de la folie à celle du pouvoir, les philosophes se nourrissent sans cesse de l’œuvre du dramaturge. Et inversement. Mais comment ? Premier exemple avec la pièce, Jules César.

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Voici une première manière, classique, d'évoquer les liens de toujours entre Shakespeare et la philosophie : y détecter au sein de ses œuvres la présence de concepts. Par exemple, ici, dans cette réplique de Cassius à Brutus, c'est toute la problématique de la connaissance de soi et de la reconnaissance par l'autre qui sont en jeu.

Allant de l'Antiquité jusqu'au XXème siècle, de la piété chrétienne à la question du tragique, c’est de cette manière que procède cet ouvrage, mais aussi d’une autre manière : en voyant comment Shakespeare se risque à ses concepts, mais comment aussi, à son tour, il les manipule et leur fait prendre des risques.

Dans ce deuxième exemple, célèbre extrait de Macbeth, on trouve l'idée chère à Shakespeare du monde comme théâtre et de la vie vécue comme un rôle. Idée loin d'être neuve, que l'on trouve déjà chez un stoïcien comme Epictète, mais qui, chez Shakespeare, prend une tournure beaucoup plus désabusée.

Chez les stoïciens, jouer son rôle revient à accomplir sa destinée dans un monde parfaitement ordonné et harmonieux, mais chez Shakespeare, jour son rôle, c'est au contraire être conscient du chaos et de l'absurdité de ce monde : rien n'a de sens, tout n'est qu'apparence et illusion. Au point que l'on ait à se demander et que cet ouvrage demande aussi : s'agit-il vraiment de philosophie chez Shakespeare si tout n'est qu'apparence et rien n'a de sens ou de consistance ?

Incontournable passage de Shakespeare, le plus philosophique apparemment de son œuvre, il faut lire l'article passionnant qui lui est consacré dans cet ouvrage : car la question s'y pose : ce passage est-il si philosophique qu'on le croit ? N'est-il pas en fait plutôt une caricature de métaphysique ?

Mieux que de détecter la présence de concepts chez Shakespeare, que de le voir à tout prix comme un auteur philosophique, quelle serait donc la philosophie selon Shakespeare ? Quel rôle lui fait-il donc jouer ? Comment la fait-il parler et agir ?

Telle serait la question, celle posée ici et celle que chacun pourrait se poser : comment voit-on la philosophie et quelle place veut-on lui laisser jouer ?

EXTRAITS

-JULES CESAR, avec Jean Davy, 1950, RTF

-MACBETH, avec Jean Vilar, 1954, RTF

-HAMLET, “To be or not to be”, avec Jean-Louis Barrault, 1950, RTF

L'équipe

Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Marianne Chassort
Collaboration