Une philosophie locale est-elle possible ? Photo aérienne du village d'Alos, en France
Une philosophie locale est-elle possible ? Photo aérienne du village d'Alos, en France
Une philosophie locale est-elle possible ? Photo aérienne du village d'Alos, en France ©Getty - Robert Kneschke / EyeEm
Une philosophie locale est-elle possible ? Photo aérienne du village d'Alos, en France ©Getty - Robert Kneschke / EyeEm
Une philosophie locale est-elle possible ? Photo aérienne du village d'Alos, en France ©Getty - Robert Kneschke / EyeEm
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Résumé

Alors que la tendance est au local et aux terroirs, les sciences humaines ne sont pas en reste : histoire des villages, évolution de zones régionales... Mais une philosophie à l’échelle locale est-elle possible ? Les concepts peuvent-ils s’enraciner dans la particularité des régions ?

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Une philosophie locale est-elle possible ?
À voir l’attention portée par les sciences humaines aux territoires régionaux et aux identités locales, on est tenté de voir ce qui se passe du côté de la philosophie… Dire qu’il ne s’y passe pas grand-chose serait faux : il est bien question de philosophie régionale quand on parle d’aire culturelle telle que l’Asie par exemple. 

La philosophie régionale concerne ainsi de grandes régions du monde et se distingue d’une philosophie mondiale où un concept pourrait être opérant dans n’importe quel pays.
Mais qu’en est-il d’une philosophie à échelle régionale, telle qu’on l’entend quand on parle de la Bretagne ou du Nord de la France ? Qu’en est-il aussi d’une philosophie du village, du terroir, des territoires ? Est-elle possible ? 

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Universel et particularités

Depuis quelques années, on entend parler de terroir, de circuits courts et de local.
Cette tendance s’inscrit dans le souci de l’urgence climatique et dans une réaction contre la mondialisation qui entraîne inégalités et disparités entre les territoires. On achète donc frais et local, on réduit ses déplacements, on s’inquiète des déserts médicaux et de l’abandon des petites villes. Et vous avez adoré Visages villages, le documentaire d’Agnès Varda et JR sorti en 2017. 

De manière générale, ce qui semblait un peu daté ou appartenir à une frange réac est devenu un objet de préoccupation sociale et politique… global ! Et même à certains égards une mode… Les sciences humaines, à cet égard, ne sont pas en reste. Pour prendre deux parutions récentes : on peut citer par exemple eu Nos petites patries d’Olivier Grenouilleau et Nos villages de Jean-Pierre Rioux, deux livres d’histoire qui se penchent sur les identités régionales et les campagnes.

Il faut le dire, c’est d’ailleurs plutôt l’histoire et la géographie qui dominent cette échelle locale : histoire de villages en particulier, évolution de zones culturelles faits d’usages, d’accents et de mouvements… ces disciplines permettent de se focaliser sur des lieux et de sortir de l’abstraction globale. Partant de là, la philosophie usant de concepts à valeur universelle peut-elle se coller au local ? Que pourrait-elle montrer de ces particularités sans sortir de sa portée généralisatrice ? 

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Philosophie PAR région et philosophie SUR la région 

En 2012, le sociologue Jean-Pierre Le Goff faisait paraître son livre La fin du village.
Loin de l’approche sociologique habituelle faite de statistiques et de questionnaires, il décide d’y mêler souvenirs, discussions avec les habitants, habitudes et expériences de ce village de Cadenet. Une sorte de micro-sociologie sur le terrain.

Après la première difficulté pour une philosophie locale d’articuler particularité et universalité, une deuxième difficulté pourrait être celle du terrain : un concept doit-il et peut-il s’éprouver sur le terrain ? Mais comment ? Comment envisager une micro-philosophie, une pensée où des concepts sont usés, confrontés sur de petites échelles ? Si une philosophie par grande région est possible, en fonction des langues et cultures, pourquoi ne pas le faire pour de plus petites régions ? 

Ça n’aurait peut-être pas trop de sens de distinguer la question du bonheur par région, mais ce serait particulièrement opérant pour des concepts politiques et moraux comme l’autorité ou la famille. Mais il faut encore distinguer une chose : faire de la philosophie par région et faire de la philosophie sur la région. On a par exemple le philosophe Thierry Paquot spécialiste de la ville, et plus largement, on trouve des réflexions sur le lieu chez Aristote ou Heidegger. À quand alors une pensée du village, comme lieu qui n’est ni urbain ni naturel, symbole de l’authentique et pourtant chargé de clichés ?

Sons diffusés :

  • Bande annonce du film Visages Villages d’Agnès Varda et JR, 2017
  • Extrait du documentaire La fin du village, le début de… de Bertrand Belais, 2015, adaptation du livre de Jean-Pierre Le Goff, La fin du village
Références

L'équipe

Anaïs Ysebaert
Collaboration