Publicité
En savoir plus

Beaucoup de mises en cause du politique dans les pages Idées des journaux ce matin

De gauche à droite et d’est en ouest, puisque certains quotidiens élargissent la focale à nos voisins européens, comme Les Échos , dont le correspondant à Rome rappelle que la défiance envers les partis traditionnels y est encore plus marquée que chez nous. « La vague Le Pen déferlera sur l’Italie » exulte le leader de la Ligue du Nord, même si sa formation est très loin du compte. Le tonitruant Lombard dont le parti règne sur les deux régions les plus riches de la péninsule n’est pas vraiment crédible quand il vocifère contre le « système » alors que la Ligue a participé au gouvernement Berlusconi. L’épouvantail de l’islam peine à rameuter dans un pays où la population musulmane est sept fois moins importante qu’en France, et qui ignore le « phénomène des banlieues ». Reste que « si un Français sur trois a voté pour le Front national, près d’un Italien sur deux est disposé à donner sa voix à un « parti antisystème », et le Mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo est crédité de 27,6 %, la nébuleuse de la droite extrême oscillant autour de 20 %. L’addition est sévère. Dans les pages Forum&débats de La Croix David Hanley s’inquiète quant à lui de l’avenir du Parti travailliste désormais dirigé par – je cite « un vétéran gauchiste. Est-ce que le Labour saura découvrir en ses rangs un leader ou une équipe capable d’imiter la génération de Healey et ses pairs ? Ou doit-il subir une lente glissade vers l’oubli ? » Denis Healey, brillant universitaire, européen pratiquant et polyglotte, fut le chancelier de l’Échiquier qui guida son pays à travers les tempêtes financières des années 1970. Même souci du renouvellement de la classe politique pour Edouard Tétreau dans **Le Figaro ** : « ceux qui peuvent incarner le relèvement de la France dès 2017 sont à chercher d’abord dans la nouvelle génération de responsables politiques, d’Emmanuel Macron à Valérie Pécresse, en passant par Fleur Pellerin ou Bruno Le Maire. » Il suggère de constituer un « ticket » à l’américaine entre, d’une part un « chairman » issu du monde ancien de la politique française et d’autre part « un dirigeant exécutif pas nécessairement issu du monde politique mais qui aura l'autorité et la légitimité nécessaires pour mettre en œuvre le relèvement du pays », manière de couper la poire en deux, ou de concilier expérience et audace. Et dans Libération Fabien Truong, ancien prof de lycée dans le 9-3, qui a mené l’enquête sur la jeunesse des quartiers populaires en voie de concrétiser l’idéal méritocratique, plaide pour une « politique de la considération : arrêter de raisonner en termes de catégories et d’identités, pour raisonner plutôt en termes de statuts dans les interactions quotidiennes ». Le sociologue observe que cette génération a « intégré l’idée que la reproduction sociale et scolaire se faisait à travers le bras armé du capital culturel légitime » mais éprouve trop souvent le sentiment de ne pas être à sa place.

Publicité

« L’apathie libérale avancée » * : La Quinzaine littéraire * fait écho au recueil des articles publiés par François Chatelet entre 1961 et 1985

C’est une prodigieuse chronique intellectuelle des deux décennies qui encadrent Mai 68. Le philosophe rend compte en direct dans la presse des travaux de ses collègues, d’Althusser ou Raymond Aron à Sartre, en passant par Bachelard, Deleuze, Derrida et Foucault. Le spécialiste de la pensée grecque pratique ici ce que Foucault désignait comme du « journalisme radical », le rôle de la philosophie à l’époque contemporaine. Dans l’article qui donne son titre à l’ensemble, *L’apathie libérale avancée * il évoque l’ouvrage de Moses Finley qui compare la démocratie antique et la démocratie moderne. « Ce qu’on appelle démocratie au sein de nos Etats savants offre une image inversée de ce que proposait la cité athénienne. Celle-ci réalisait une intégration dans la liberté. » Par rapport à cette implication citoyenne la démocratie libérale s’accommode très bien, voire encourage une forme d’apathie publique, comme l’illustrent les théoriciens que cite le philosophe, de Schumpeter à Lipset ou Morris-Jones. Pour ce dernier, par exemple, l’apathie serait « un contrepoids aux fanatiques qui constituent le véritable danger qui menace la démocratie libérale » Bref, conclut François Chatelet, « tout le pouvoir à la techno-bureaucratie »

Jacques Munier

chatelet
chatelet

François Châtelet : L'Apathie libérale avancée (inédit) et autres textes critiques (1961-1985) Points Essais / Seuil

François Châtelet a été le témoin et l’acteur d’une période exceptionnelle de la vie intellectuelle française. Ce volume rassemble les principaux textes critiques que, entre 1961 et 1985, il consacra aux travaux les plus marquants de cette époque, portant un regard d’une extraordinaire acuité, enthousiaste ou corrosif, sur les œuvres qui allaient devenir nos classiques ? Sartre, Lacan, Foucault, Derrida, Althusser, Bachelard, Lévi-Strauss, Deleuze, etc. ?, comme sur celles qui les irriguaient ? Marx, Freud, Nietzsche ou Heidegger.

À la croisée de ses propres recherches, des polémiques dans lesquelles il était engagé, des causes qu’il défendait, son « activité journalistique » s’est affirmée comme une défense de la philosophie qu’il pensait indissociable d’une critique de la philosophie. Présentation de l’éditeur

François Châtelet (1925-1985)

Historien de la philosophie, philosophe politique et penseur de l’histoire, il est notamment l’auteur, au Seuil, de La Naissance de l’histoire et d’Une histoire de la raison .