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*Les pages Idées de nos journaux se sont ouvertes au vent de l’histoire. Elles relaient la redécouverte des Empires qui est à l’affiche de la 18ème édition des Rendez-vous de Blois *

« Qu’il est beau l’aigle impérial! Mais que ses griffes sont acérées! », la formule placée en exergue aux rencontres de Blois dit clairement l’ambivalence de la réalité culturelle et sociale de ces vastes formations politiques. Pourtant « face à la résurgence du nationalisme et à l’apparente faillite des Etats, faut-il regretter les empires ? – se demande Robert Franck dans Libération – Sans doute ont-ils su créer un « vivre ensemble » qui reposait plus sur la contrainte que sur le consentement », mais on ne peut oublier la nostalgie de Stefan Zweig dans Le Monde d’hier , souvenirs d’un Européen face au nazisme, écrits peu avant son suicide en 1942, « un hymne à la culture d’avant 1914, dans une Europe qui avait moins de frontières » avec les regrets exprimés « pour la Vienne de la Belle Epoque et cet Empire habsbourgeois si plein de charmes et de diversités culturelles ». L’Empire romain fait rêver également, la « pax romana » qu’il a instaurée deux siècles durant, et la citoyenneté qu’il a étendue au-dessus des identités locales. « Civis romanus sum », « je suis citoyen romain », la formule utilisée par Cicéron et saint Paul fascine les hommes politiques de tous bords et de toutes les époques. L’historien évoque le célèbre discours de John Kennedy en 1963, face au « mur de la honte », où il proclame que, « dans le monde libre, le meilleur équivalent à la fière formule de l’antique civilisation est : «Ich bin ein Berliner». Mais c’est aujourd’hui la tâche des historiens de faire la part du mythe et de la réalité, eux qui s’intéressent sous un angle renouvelé aux empires.

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Cette tâche, notre invité des * Matins * Serge Gruzinski la revendique, lui qui rappelle dans ces mêmes pages de Libé l’importante contribution de l’étude des empires à l’émergence de ce qu’on appelle aujourd’hui l’histoire globale, ou connectée.

Le spécialiste de l’histoire des Amériques a revisité dans l’Aigle et le Dragon la conquête du Mexique à la lumière de la Chine des Ming, laquelle a su intégrer « Lisbonne, au jeu pluriséculaire des échanges qui animaient cette région de l’Asie et que dominait l’empire chinois ». Il affirme que – je cite « c’est le mérite d’une histoire des empires d’avoir secoué les horizons étroits de la nation et même du continent » et que celle-ci « a préparé la voie à l’histoire globale » attentive aux processus de mondialisation avant la lettre. C’est ainsi que « le XVIe siècle constitue une période privilégiée pour comprendre le rapport entre empires, mondialisation et origines de la modernité ». « L’histoire des empires – ajoute-t-il – conduit vers une histoire au pluriel, qui rend au paysage historique une épaisseur et une complexité que des siècles d’histoire nationale et occidentale ont souvent effacées. »

Les pages Forum de * La Croix * consacrent également un dossier substantiel à cette question, avec un angle inédit et révélateur : Dieu au service des empires

Quand on voit les popes bénir les avions russes au nom de la croisade en Syrie, on se dit que c’est loin d’être antique ou exotique. Deux contributions majeures étoffent ce dossier : celle de Maurice Sartre, l’historien de l’antiquité grecque et hellénistique qu’on a hélas beaucoup lu ces derniers temps à propos des destructions sur le site de Palmyre, et celle du professeur à l’université d’Istanbul Edhem Eldem, qui rappelle que l’empire ottoman – je cite « n’est pas né de l’islam, mais se l’est approprié en cours d’expansion. Il repose donc sur un passé et des traditions beaucoup plus hétérodoxes, plurielles, hybrides », et que « si Dieu réside toujours à la Mecque, son pouvoir semble bien avoir été capturé par Istanbul ». Maurice Sartre indique quant à lui que dans les empires hellénistiques et romain « le culte des souverains possède une dimension politique indéniable en ce sens qu’il s’agit d’un culte d’État destiné à manifester la loyauté des communautés envers le souverain » mais qu’ « il n’entraîne aucune croyance particulière dans le caractère divin ou surnaturel du souverain, et ne constitue pas davantage une pratique de légitimation ». Enfin, et plus près de nous, dans L’Humanité on revient sur la position critique des socialistes et de Jaurès à l’égard de cette notion biopolitique d’empire à l’époque où la France était une puissance coloniale.

Jacques Munier

A lire sur le sujet et à retrouver dans L'Essai et la revue du jour

empires
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Frederick Cooper et Jane Burbank : Empires De la Chine ancienne à nos jours, Payot

Les empires, ces vastes Etats composés de territoires et de peuples assemblés par la force et l'ambition, ont dominé le paysage politique depuis plus de deux mille ans. Entamant leur histoire par la Chine et la Rome anciennes, la poursuivant avec l'Asie, l'Europe, les Amériques et l'Afrique, Burbank et Cooper étudient les conquêtes, les rivalités, les stratégies de domination, éclairant tout particulièrement la manière dont les empires s'adaptent aux différences entre les peuples, les créent ou les manipulent. Ils expliquent aussi le monothéisme militant de Byzance, les califats islamiques, les Carolingiens, mais aussi les lois tolérantes et pragmatiques des Mongols et des Ottomans, qui combinèrent protection religieuse et loyauté des sujets. Ils discutent enfin, notamment, la question de l'influence des empires sur le capitalisme et la souveraineté populaire, ou encore les limites et l'instabilité des projets coloniaux européens.

La parution d'Empires, qui s'est vu décerner le prix 2011 de la World History Association, a été saluée comme un événement intellectuel.

Présentation de l’éditeur

stoler cooper
stoler cooper

Ann Laura Stoler et Frederick Cooper : Repenser le colonialisme, Payot

http://www.franceculture.fr/emission-l-essai-et-la-revue-du-jour-repenser-le-colonialisme-la-quinzaine-litteraire-2013-02-05

Ce texte a bouleversé la façon de penser le colonialisme. Plutôt que de raconter les colonisations d'un seul point de vue (celui de la métropole ou celui de la colonie devenue indépendante), Ann Laura Stoler et Frederick Cooper proposent en effet de les englober dans une histoire des empires qui permet d'étudier ensemble, dans leurs interactions réciproques, les dominants et les dominés. Les colonies n'étaient pas des espaces vierges qu'il suffisait de modeler à l'image de l'Europe ou d'exploiter selon ses intérêts ou ses désirs ; et les Etats européens n'étaient pas des entités autonomes qui, à un moment de leur histoire, se sont projetés outre-mer. Les unes et les autres se sont mutuellement construits. Un livre capital pour tous ceux que passionnent les sociétés coloniales. Présentation de l’éditeur

stanziani
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Alessandro Stanziani : Bâtisseurs d’empires. Russie, Chine et Inde à la croisée des mondes, XVe-XIXe siècle (Raisons d’agir)

http://www.franceculture.fr/emission-l-essai-et-la-revue-du-jour-batisseurs-d%E2%80%99empires-la-revue-internationale-et-strategique-201

Références

L'équipe

Jacques Munier
Production
Didier Pinaud
Collaboration