"L'objectif d’une restauration de la démocratie américaine"
"L'objectif d’une restauration de la démocratie américaine"
"L'objectif d’une restauration de la démocratie américaine"  ©AFP - Getty Images
"L'objectif d’une restauration de la démocratie américaine" ©AFP - Getty Images
"L'objectif d’une restauration de la démocratie américaine" ©AFP - Getty Images
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Résumé

Le président américain vient de prononcer son discours devant le Congrès. Il aura tenté de convaincre les élus de voter en faveur de son ambitieux plan de relance.

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1 900 milliards de dollars pour sortir de la crise sanitaire adoptés début mars, un investissement de 2 000 milliards de dollars dans les infrastructures à moyen terme. "C’est un plan de sortie de crise plus courageux que celui de Barack Obama, qui avait eu une réaction très timide à la crise financière de 2008" soulignait dans Libération l’économiste Pavlina Tcherneva, conseillère de Bernie Sanders. Tout en précisant que les emplois créés par le New Deal ne seront pas synonymes d’une exploitation accrue de l’environnement puisqu’ils sont "de l’ordre de la maintenance, de la réparation ou de l’entretien, ou encore du care des personnes". Des activités qui n’ont pas en soi pour objet de générer de la croissance, "si par croissance on entend l’augmentation massive de la production basée sur le profit. Les emplois ainsi créés ont une utilité sociale, plus qu’une finalité lucrative". Et elle rappelle la faiblesse du secteur public aux États-Unis : "il reste donc beaucoup à faire".

Un « plan pour les familles américaines ».

Le président américain a développé sa vision pour les familles américaines, avec un investissement "historique" dans l’éducation et l’enfance, notamment ce projet d’école maternelle universelle. Côté financement, Biden propose de doubler l’impôt sur les revenus du capital de 20 à 39,6 % pour les Américains les plus riches et de taxer les multinationales. Dans Les Echos, Véronique Le Billon évoque "Le pari de Joe Biden : redonner sa noblesse à la classe moyenne". Selon elle, le président "n'a qu'un parti : celui de la classe moyenne. Il l'a assuré pendant la campagne électorale et l'a répété depuis son arrivée à la Maison-Blanche".

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Le message de Joe Biden à la "working class" est le pendant démocrate de la ligne populiste de l'"America First".

Le discours n'est pas original mais il est devenu chez lui "une grille de lecture universelle. La politique étrangère ? Elle doit être faite pour la classe moyenne. La lutte contre le changement climatique ? Des emplois pour la classe moyenne". Joe Biden estime ainsi que les syndicats "ont construit la classe moyenne" et qu'il faut donner aux salariés "les moyens de se syndiquer et de négocier avec leurs employeurs". Il soutient le projet de loi PRO Act adopté par la Chambre des représentants, honni par le patronat, "et vient de créer un groupe de travail sur la syndicalisation à la Maison-Blanche".

Le président thaumaturge

L’hebdomadaire Le 1 est consacré au président thaumaturge, dont l’action en 100 jours a non seulement contribué à surmonter la crise sanitaire, mais su instaurer un climat politique nouveau. En témoignent les sondages qui le créditent de 59% d’opinions favorables. Evan Osnos, auteur d’une biographie de référence de Joe Biden, y insiste.

Il a compris que l’espace même de la gauche avait changé. Des réformes qui auraient semblé radicales il y a dix ans peuvent paraître aujourd’hui quasi inévitables : l’extension de l’Obamacare à de nouveaux pans de la population, la création d’une allocation familiale dans le cadre du plan de relance...

Et si, comme le relève la politiste Célia Belin, on retrouve dans ses premières actions "un grand nombre des priorités portées par la gauche du Parti démocrate ces dernières années : la lutte contre le racisme systémique au sein de la police et de la justice, la hausse de l’impôt sur les sociétés, l’action climatique à tous les échelons du gouvernement", la question de l’emprunt étudiant, il a aussi un côté conservateur sur d’autres plans – la réforme des institutions, par exemple. Politiquement, il est réticent à ce qu’on ajoute de nouveaux juges à la Cour suprême ou à ce qu’on mette fin à l’obstruction parlementaire, "car il a confiance dans les outils actuels de la démocratie" souligne Evan Osnos. "Et il souhaite éviter de nourrir de nouvelles divisions en donnant l’impression qu’il roule pour son propre parti". N’ayant pas pour objectif l’idée d’une révolution, "mais celle d’une restauration de la démocratie américaine", il situe son mandat dans l’horizon de l’histoire. C’est sans doute aussi la raison de sa discrétion - notamment sur les réseaux sociaux - en quoi il tranche avec son prédécesseur compulsif. Son agenda n’est pas celui de la contamination idéologique en 180 signes par minute. Et l’on se souvient que lors de son investiture, la jeune poète Amanda Gorman avait prononcé ces mots : "Si nous posons notre regard sur l’avenir, l’histoire a le sien sur nous." 

Par Jacques Munier

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