"L'expérience magique devient science" W. Benjamin
"L'expérience magique devient science" W. Benjamin
"L'expérience magique devient science" W. Benjamin ©Maxppp - L. Vadam
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Résumé

Les élèves ont repris le chemin de l’école, leurs camarades de collège et de lycée les suivront la semaine prochaine. Parents et enfants s’en réjouissent, car l’école est bien plus qu’un lieu d’apprentissage des savoirs. C’est une des leçons du confinement.

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Lors de l’hommage rendu à Samuel Paty, le président avait cité la lettre de Jean Jaurès Aux instituteurs et institutrices, en soulignant que ce professeur incarnait la tâche de "faire des républicains". La question revient au fil des réformes successives de l’enseignement : l’éducation à la citoyenneté. Elle est portée par l’enseignement moral et civique mais les textes officiels y insistent : même si celui-ci "doit avoir un horaire spécialement dédié", "il ne saurait se réduire à être un contenu enseigné à côté des autres. Tous les enseignements doivent y être articulés en sollicitant les dimensions émancipatrices et les dimensions sociales des apprentissages scolaires." Le philosophe Denis Kambouchner s’interroge dans la revue Cités (PUF) sur cet "humanisme" transdisciplinaire. En relevant d’abord dans l’enseignement civique "la disproportion entre l’extension des matières - en quatre rubriques : la sensibilité, la règle et le droit, le jugement, l’engagement, où les éléments de pure instruction civique voisinent avec des points d’histoire et avec de nombreux thèmes philosophiques - et la modicité des horaires dédiés à un enseignement pourtant censé articuler des valeurs, des savoirs et des pratiques." C’est que justement, l’éducation morale et civique doit par nature déborder son cadre strict en soulignant par exemple "l’histoire laborieuse des découvertes, contre l’idée que l’esprit humain connaît la vérité directement". C’est ce qu’affirmait Durkheim dans L’Éducation morale, et Jaurès, dans la lettre que j’ai citée, évoquait "la grandeur de la pensée", à mettre en valeur pour éveiller "le sentiment de l’infini". Talleyrand le disait déjà - je cite son Rapport sur l’instruction publique de 1791.

Dans une société bien organisée, quoique personne ne puisse parvenir à tout savoir, il faut néanmoins qu’il soit possible de tout apprendre.

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Aujourd’hui, "l’écart potentiellement considérable" entre l’école et son environnement extérieur impose de cultiver deux autres aspect de la formation à la citoyenneté : la justice, d’abord. Dans son livre L’école, question philosophique, Denis Kambouchner la déclinait en quatre fonctions : l’accueil, l’apport, les demandes et les décisions. 

Qualité humaine et matérielle de l’accueil, caractère substantiel en même temps qu’ajusté de l’apport cognitif et culturel, clarté et mesure dans les demandes adressées aux élèves et à leurs familles, discernement dans les décisions les concernant.

Reste l’autre aspect, celui que Durkheim désignait comme "l’esprit de discipline", le "premier élément de la moralité", avant même "l’attachement aux groupes sociaux" et "l’autonomie de la volonté". C’est un principe pratique "d’organisation de la vie de la classe" et de maintien de la paix intérieure des établissements. Il s’incarne dans le "caractère ritualisé du temps scolaire".

Faire l’appel 

Le langage courant conserve la trace de cette harmonie postulée, comme le montre Jean Pruvost dans un savoureux ouvrage publié chez Honoré Champion sous le titre L’école et ses mots. "Faire l’appel" est la clé d’entrée "pour que commence dans la classe cette communion particulière autour des savoirs". Or l’appel est justement l’origine du mot classe, du latin classis "signifiant initialement l’appel des citoyens romains susceptibles de prendre les armes", ou encore l’ensemble des citoyens répartis en catégories pour les impôts - le cens. D’où l’usage ultérieur du mot pour définir la condition sociale... Le chahut, à proscrire dans l’enceinte de la classe, est à l’origine selon Larousse "une danse indécente, aujourd’hui interdite dans les lieux publics", et le chahuteur ou la chahuteuse un ou une habitué.e des bals publics. Entre buvards et tablettes, le stylo bille a fait l’intérim, comme entre l’ardoise et l’écran. La tablette désignait au Moyen-Âge une planchette destinée à faire office d’étagère de bibliothèque, et plus tard, au Grand Siècle, "une espèce de petit livre ou agenda qu’on met en poche".

Les éditions Allia ont réédité le livre de Walter Benjamin Rue à Sens unique dans la nouvelle traduction d’Anne Longuet Marx. Pour l’enfant arrivé en retard - dans le chapitre Agrandissements - "l’horloge, dans la cour de l’école semble détraquée par sa faute. Elle marque En retard "

Par Jacques Munier